De l'opposition au saumon transgénique

Le saumon transgénique mis au point par la... (AquaBounty)

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Le saumon transgénique mis au point par la compagnie AquaBounty a été modifié génétiquement pour grossir deux fois plus vite, et représente donc un enjeu économique majeur pour l'industrie.

AquaBounty

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Claudette Samson

(Québec) L'autorisation d'un saumon génétiquement modifié rencontre des obstacles aux États-Unis. Réagissant aux commentaires négatifs du public et à l'opposition d'un groupe de sénateurs, les autorités viennent de prolonger de deux mois la consultation des citoyens. Pendant ce temps, une pétition internationale visant à manifester contre l'arrivée du premier animal transgénique sur le marché approche du million de signatures convoitées.

La période de réception des commentaires qui devait prendre fin lundi est prolongée jusqu'au 26 avril. Une minivictoire pour les opposants aux organismes génétiquement modifiés (OGM) en général, et au poisson surnommé «Frankenfish» en particulier.

Une première ronde de consultation réalisée auprès de scientifiques a amené la Food and Drug Administration à conclure que le saumon transgénique n'était pas dangereux pour la santé et pour l'environnement. La procédure prévoit ensuite une consultation de la population avant de déclarer le poisson propre à la consommation.

Ce saumon nommé Aquadvantage a été mis au point par des chercheurs de l'Université de Toronto et de la Memorial University of Newfoundland. Grâce à l'introduction de deux gènes provenant l'un du Chinook, le plus gros des saumons du Pacifique, et l'autre de la loquette d'Amérique, une sorte d'anguille, il croît deux fois plus vite que les saumons d'élevage réguliers.

La technologie a été acquise par la compagnie AquaBounty, du Massachusetts. Il est prévu que les oeufs seront produits à l'Île-du-Prince-Édouard et que les poissons seront élevés en milieu clos au Panama. Malgré cette précaution, les groupes écologistes craignent que les poissons mutants se retrouvent un jour dans la nature et contaminent les espèces sauvages.

Il est par ailleurs impossible de savoir où en est ce dossier au Canada. «Le gouvernement du Canada ne divulgue aucune information relative aux demandes susceptibles d'avoir été reçues, ou non [...] car il s'agit de renseignements commerciaux confidentiels», a indiqué un porte-parole fédéral, en précisant cependant qu'il y a eu des rencontres avec AquaBounty.

Attention: danger

Louis Bernatchez est professeur au Département de biologie de l'Université Laval et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en génomique et conservation des ressources aquatiques. La génétique des poissons, il connaît. La génétique naturelle, s'entend. A priori, il n'est pas contre les OGM. Les manipulations génétiques peuvent représenter une avancée pour certains végétaux, croit-il.

Pour les animaux, il pourrait concevoir de telles manipulations sur des animaux domestiques dont on contrôle totalement la reproduction. «Mais pas sur des animaux pour lesquels il existe encore une contrepartie sauvage dans la nature!»

Le scientifique partage les inquiétudes des opposants quant aux dommages irréversibles qui pourraient résulter d'une dissémination accidentelle dans la nature.

Si la compagnie réussit sa mise en marché aux États-Unis, la production panaméenne sera vite incapable de suffire à la demande, dit-il. Il craint que sous les pressions politiques, de nouveaux sites d'élevage soient autorisés plus près des populations sauvages. Et comme dans l'aquaculture en général, il y aura des enclos qui se brisent et le poisson GM se retrouvera dans la nature, prédit-il.

La gravité d'une telle perspective ne fait aucun doute à ses yeux. Apport de maladies, compétition inégale pour la nourriture... En outre, la technologie qui permet de ne produire que des femelles stériles, ainsi que le prévoit la compagnie, connaît un taux d'échec de 5 %. Il pourrait donc y avoir hybridation avec les espèces sauvages et donc modification de leur génétique naturelle.

L'impact serait également économique. Tant la pêche que l'aquaculture sont des activités importantes au Canada. Mais comment faire compétition à un poisson qui grossit deux fois plus vite?

M. Bernatchez n'est pas seul à s'inquiéter. Des opposants du monde entier signent une pétition réclamant l'interruption du processus d'autorisation. Hier, elle avait recueilli près de 987 000 noms (www.avaaz.org/fr/stoppez_le_poisson_mutant/?slideshow).

Pour savoir ce qu'en dit la compagnie : www.aquabounty.com.

Pour les documents soumis à la consultation par le gouvernement américain, www.regulations.gov/#!documentDetail;D=FDA-2011-N-0899-0685.

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