Le MAPAQ bloque une publicité vantant une économie d'engrais

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L'édifice abritant les bureaux du MAPAQ

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(Québec) Le ministère québécois de l'Agriculture a bloqué la publication d'une campagne publicitaire des clubs-conseils en environnement qui devait paraître prochainement dans La Terre de chez nous. Bien qu'il invoque une raison administrative, plusieurs personnes y voient plutôt l'effet de pressions exercées par l'industrie des engrais, d'autant plus que le ministère était déjà intervenu l'année dernière pour faire modifier une autre publicité.

Les clubs-conseils en environnement, au nombre de 78 et comptant 9000 membres dans la province, ont pour mission de conseiller les agriculteurs pour qu'ils améliorent leurs pratiques environnementales. Ils sont financés au tiers par les membres eux-mêmes, au tiers par le MAPAQ et au tiers par Agriculture et Agroalimentaire Canada, qui s'en remet toutefois au ministère provincial pour la supervision. C'est ce financement partagé qui donne un droit de regard au ministère sur les campagnes de publicité qui se déroulent pendant quelques semaineschaque année.

Récemment, La Terre de chez nous rapportait dans un reportage que la campagne de cette année avait été bloquée. Le journaliste Yvon Laprade citait un extrait de correspondance signée par le directeur de la Direction de l'agroenvironnement et du développement durable au MAPAQ, Michel Riendeau, écrivant que «[...] le MAPAQ ne veut pas que ces publicités soient diffusées», et ajoutant: «Nous ne ferons aucun commentaire sur leur contenu».

Au nombre de quatre, les publicités en question présentent un agriculteur qui dit avoir économisé de l'argent grâce aux conseils de l'agronome d'un club, notamment pour l'achat de ses engrais. Elles ont pour but d'inciter de nouveaux agriculteurs à adhérer à un club.

Selon ce qu'a pu constater Le Soleil, l'avis est largement répandu dans le milieu que le Ministère a cédé aux pressions de l'industrie, bien que presque personne ne tienne à s'exprimer publiquement sur le sujet. Et pour cause: les clubs-conseils sont présentement en négociation avec le gouvernement pour le renouvellement de l'entente qui vient à échéance le 31 mars.

Denis Bilodeau, président de l'organisme Coordination services-conseils, chargé de supporter les clubs, n'hésite pas à dire que le MAPAQ subit une «énorme pression» de la part de l'industrie des engrais et fertilisants, mais ne va pas jusqu'à affirmer qu'elle a demandé le retrait des publications.

Yvan Lacroix est président-directeur général de l'Association des professionnels en nutrition des cultures (APNC), l'organisation qui regroupe les vendeurs d'engrais et fertilisants. Dans un entretien avec Le Soleil, il admet ne pas apprécier la formule utilisée dans les publicités. Il explique qu'un comité réunissant tous les groupes concernés - vendeurs d'intrants, producteurs, clubs-conseils, gouvernements, etc. - s'est entendu sur une position commune, qu'il résume sous le terme «optimisation de la fertilisation», soit la bonne dose au bon moment au bon endroit.

Selon lui, les termes d'une publicité où un cultivateur dit avoir économisé sur sa facture d'engrais ne sont pas conformes avec cette position. «Si de l'argent public doit servir à des publicités, il doit servir ce discours [sur l'optimisation]», dit-il. C'est le message qu'il dit avoir livré au comité, en se défendant d'avoir demandé l'interruption des publicités.

Au MAPAQ, la porte-parole Marie-Hélène Robert indique simplement que le ministère préfère attendre la révision du programme avant d'autoriser la publication de nouvelles pubs.

Mais dans le milieu des clubs-conseils, cette explication laisse plusieurs personnes sur leur faim, d'autant plus que le MAPAQ est déjà intervenu pour faire modifier une autre publicité l'an dernier.

Économies substantielles

Dans celle-ci, un producteur agricole disait avoir économisé 30 000$ en engrais. Or, il s'agit d'un très gros et inhabituel montant. Mais selon ce qu'a appris Le Soleil, le club-conseil a contre-vérifié cette information, qui s'est avérée exacte. Après que la publicité ait été publiée une fois, le MAPAQ est intervenu pour demander que le mot engrais soit changé par celui de fertilisant, ce qui a été accepté par le club-conseil et le cultivateur concerné. Puis, le ministère est revenu à la charge et a demandé que le mot fertilisant soit enlevé pour garder seulement la mention «j'ai économisé 30 000$». Cette fois, le cultivateur a refusé et la publicité, qui devait revenir à quelques reprises, a plutôt été retirée. Cette version a été confirmée au Soleil par deux personnes distinctes.

Dans les clubs-conseils, on comprend mal que le gouvernement refuse que les organismes qu'il subventionne fassent la promotion de leurs bons coups.

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