Le prix des terres agricoles assomme la relève

Non seulement les agriculteurs en herbe n'arrivent-ils pas... (Photothèque Le Soleil, Erick Labbé)

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Non seulement les agriculteurs en herbe n'arrivent-ils pas à acheter leur premier lopin, mais la porte est également grande ouverte à la spéculation et aux financiers à la recherche de bons rendements.

Photothèque Le Soleil, Erick Labbé

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(Québec) Le problème de la relève agricole au Québec et ailleurs dans le monde n'est pas tant lié au manque d'intérêt des jeunes qu'à leur difficulté à acquérir une ferme, en raison de la hausse fulgurante du prix des terres.

Près de 400 étudiants ont participé récemment à l'Université Laval, en direct ou par webdiffusion, au colloque 100% relève, où ils se sont penchés sur les enjeux entourant leur capacité future à se tailler une place dans les champs.

Dans une conférence sur le phénomène de l'accaparement des terres (voir plus bas), Charles-Félix Ross, directeur des recherches et des politiques à l'Union des producteurs agricoles, a indiqué que la valeur de celles-ci a augmenté au Québec de 400 % depuis 1990, passant même dans certaines régions de 500 $ à 7000 $ l'hectare (10 000 mètres carrés).

Dans un tel contexte, non seulement les agriculteurs en herbe n'arrivent-ils pas à acheter leur premier lopin, mais la porte est également grande ouverte à la spéculation et aux financiers à la recherche de bons rendements.

Une telle situation est particulièrement susceptible de se produire dans les régions où l'agriculture est fragilisée, comme en Abitibi, au Lac-Saint-Jean ou dans le Bas-Saint-Laurent, disait-il en entrevue au Soleil. Et comme de tels achats se font souvent au-delà de la valeur du marché, ils créent une pression à la hausse sur le prix de l'ensemble des terres.

En outre, comme les sols ainsi acquis demeurent habituellement en culture sous un mode locatif ou à forfait, on voit se développer une agriculture où ceux qui travaillent la terre en sont de moins en moins souvent les propriétaires et n'ont plus un mot à dire sur les choix de cultures. Et les profits, eux, s'envolent de la région.

Pour l'instant, dit M. Ross, il n'y a pas à proprement parler de problème d'accaparement des terres au Québec, du moins au sens strict du terme, mais la province n'est pas à l'abri du phénomène pour autant.

On l'a vu, rappelle-t-il, lorsque la Banque Nationale du Canada (BNC) et un courtier privé ont acquis, dans le courant de la dernière année, quelques milliers d'hectares de terres arables au Lac-Saint-Jean. La BNC a mis fin à ces opérations devant le tollé qui a entouré leur mise au jour, mais elle est toujours propriétaire de ce qu'elle avait acheté, a indiqué M. Ross.

L'acquisition à fort prix de terres situées en milieu urbain par des propriétaires immobiliers qui espèrent qu'elles seront un jour dézonées, comme cela se produit à Québec ainsi que l'a démontré Le Soleil cet été, est aussi une forme d'accaparement, dit M. Ross, même si les superficies sont limitées.

Par ailleurs, des groupes se sont constitués dans la province avec l'intention d'acquérir des terres pour les inclure dans un portefeuille de fonds, tels Partenaires agricoles S.E.C., basé à Pointe-Claire, ou Gestion Agriterra inc., à Trois-Rivières. Ils sont encore peu actifs, mais rien ne les empêche de passer à l'action.

Pistes de solution

Selon le conférencier, seule une véritable politique agricole forte peut permettre de contrer le phénomène d'accaparement des terres. Il faut, à son avis, une stratégie d'ensemble qui tienne compte de divers facteurs, qu'il appelle le «kit de base» : nécessité de protéger la vocation agricole du sol, volonté de favoriser la relève, programmes d'épargne-transfert permettant aux agriculteurs de jouir d'une retraite décente tout en maintenant les prix de vente à un niveau raisonnable, etc.

Quant au «kit de pro», dit-il, il pourrait inclure une structure comparable à celle qui existe en France (lire l'autre texte), qui compilerait toutes les transactions de terres agricoles et pourrait intervenir pour contrer la spéculation.

L'accaparement des terres en quelques mots

Ce n'est que récemment dans l'histoire de l'humanité que les terres agricoles sont devenues objet de convoitise à des fins de spéculation, donnant naissance à l'expression «accaparement des terres».

Selon Charles-Félix Ross, de l'Union des producteurs agricoles, ces mots désignent le phénomène d'acquisition des terres agricoles par de grandes sociétés privées ou des fonds d'investissement, dans un but de placement à long terme. On considère qu'il y a accaparement lorsqu'il y a achat de grandes superficies, soit au moins 10 000 hectares (l'équivalent de la moitié de l'île d'Orléans) dans une même région.

La principale raison de ce phénomène récent est la hausse fulgurante du prix des terres. Dans un contexte où la population de la planète ne fait qu'augmenter et qu'elle aura toujours besoin de manger, ces espaces ne peuvent que gagner en valeur, même dans un contexte de crise économique.

On trouve derrière ces transactions des entreprises de transformation alimentaire ou pétrolières (pour les biocarburants) voulant sécuriser leurs approvisionnements, mais aussi de plus en plus des groupes financiers qui y cherchent une valeur refuge à ajouter à leur portefeuille. Selon l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture, 55 millions d'hectares de terres ont été transigés sur la planète selon cette définition entre 2000 et 2010, dont 90 % en Afrique et en Asie.

Ces derniers jours, des organisations comme OXFAM dénonçaient la situation, déclarant que les cultures ne servaient plus à nourrir les populations locales, mais à produire des céréales destinées à la fabrication d'agrocarburants

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