Ce portrait est en toile de fond du Ve Congrès mondial des agronomes, qui se déroule à Québec cette semaine. Ainsi que l'a souligné Luc Guyau, président indépendant de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), «un homme affamé est un homme dangereux». À l'inverse, l'avenir de l'humanité et la paix dépendront du fait que chacun ait à manger.
Près d'un milliard d'individus ne mangent pas à leur faim présentement, quelques dizaines de millions en meurent chaque année. Et la réalité est implacable : il faudra faire plus avec moins, ont indiqué les premiers conférenciers à cet événement qui rassemble 800 personnes provenant de 25 pays.
Le Canada est loin de jouer un rôle mineur dans cette dynamique, puisqu'il est le cinquième plus grand pays exportateur de denrées alimentaires, les expédiant dans 190 pays.
Le paradoxe de la malnutrition est que 70 % des affamés sont des paysans, mentionne Luc Guyau. C'est là le résultat, dit-il, des politiques de la Banque mondiale en faveur d'une agriculture industrielle au détriment des productions vivrières et de proximité.
La spéculation sur les marchés boursiers est aussi source d'incertitude. Il juge anormal que le prix du blé ait connu 45 modifications en 2010. «Le temps où chacun pensait que le marché peut tout régler est révolu», croit l'orateur.
Selon lui, le problème de la faim en est plus un de répartition que de capacité de production. À cela s'ajoute le gaspillage, alors que plus de 30 % des denrées produites dans le monde (jusqu'à 50 % dans les pays émergents) va à la poubelle.
À cause des bas revenus
Ken Ash, directeur des échanges et de l'agriculture pour l'Organisation de coopération et de développement économique, a pour sa part avancé que le problème de la faim n'est pas tant une conséquence de la montée des prix des aliments que des bas revenus. Pour renforcer la sécurité alimentaire, il faut lutter contre la pauvreté de façon large, par l'éducation, la formation, l'accès au travail. Si on met l'accent seulement sur l'agriculture, il n'y aura pas autant de progrès, affirme-t-il.
À son avis, la pire contrainte à l'agriculture est la distribution inégalitaire de l'eau.