Les dernières terres en ville: une ferme tournée vers l'avenir

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Passionnés de leur métier, Denis Bédard et Raymonde... (Le Soleil, Erick Labbé)

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Passionnés de leur métier, Denis Bédard et Raymonde Blouin ont transmis leur amour de la terre à leurs enfants Nicolas et Sarah, prêts à prendre la relève de la ferme horticole.

Le Soleil, Erick Labbé

Claudette Samson
Le Soleil

(Québec) L'agriculture québécoise souffre d'un manque de relève. Dans ce contexte, Denis Bédard et Raymonde Blouin ont d'autant plus de raisons de se réjouir, puisque leurs enfants Nicolas et Sarah sont déjà auprès d'eux pour assurer l'avenir de la ferme.

Denis Bédard en est fier, son entreprise est prospère. Il faut dire qu'il occupe un créneau «tendance», celui de l'horticulture, une activité en croissance en ville. Autant dire que le marché est à la porte. Et de plus en plus, il développe l'auto-cueillette des petits fruits et des citrouilles. À l'automne, les champs parsemés de gros fruits orangés sont devenus un véritable spectacle pour les citadins qui montent l'avenue Saint-David.

De toute la zone agricole enclavée dans le secteur de Beauport, la ferme Bédard et Blouin est certainement celle qui a les plus solides perspectives d'avenir.

Située sur le boulevard Louis-XIV, à peu près à mi-chemin entre l'avenue du Bourg-Royal et la rue Seigneuriale, la ferme a même presque doublé sa superficie en 2008, avec l'achat d'une parcelle appartenant aux Soeurs de la Charité. Avec ses quelque 120 hectares (1 hectare = 100 m X 100 m) et sa «belle relève passionnée», elle pourra maintenant durer encore «25 à 30 ans en toute quiétude», avance M. Bédard.

Coup de chance

«Un agriculteur aime bien marcher sur ses terres. Quand on cohabite avec la ville, il faut être en sécurité. Moi, j'avais basé mon avenir sur la durabilité des Soeurs», dit celui qui a dû réagir vite lorsque les religieuses ont cessé d'exploiter la ferme SMA. Il est d'ailleurs conscient d'avoir été chanceux, puisqu'il a pu acheter «à un prix agricole, ce qui ne serait plus possible aujourd'hui».

Il y a maintenant 70 ans que la ferme est dans sa famille. Denis l'a reprise de ses parents il y a 40 ans et l'exploite avec sa conjointe Raymonde. Et maintenant, le couple dans la cinquantaine prépare le transfert à deux de ses trois enfants, Nicolas et Sarah, qui ont acquis des parts dans l'entreprise.

La ferme comprend aussi un boisé et une érablière de 1500 entailles, qui n'est pas exploitée présentement, mais qui pourrait l'être. Les chevreuils, et parfois les orignaux, s'y promènent, «ce qu'on ne voyait pas il y a 25 ans», observe M. Bédard.

D'une certaine façon, l'intégrité de la terre est protégée par son voisinage, puisque le nord et l'ouest sont bordés par la ligne électrique, le sud par le boulevard et l'est par des maisons.

Les poumons de la ville

Pour le cultivateur, les terres qui subsistent au coeur et en bordure de Québec sont les «poumons de la ville». C'est pourquoi il se sent à sa place.

Mais le principal défi de l'agriculture en ville, c'est de résister à la pression des spéculateurs.

N'a-t-il pas été tenté de faire comme d'autres et de vendre à gros prix? «Pas du tout, ça me chatouille même pas. Moi, je suis un agriculteur dans l'âme. Mais ça prend une passion démesurée», convient-il.

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Un fier résistant

À l'extrémité est de la rue du Vignoble, là où elle se termine en cul-de-sac, Armand Lortie fait partie du miniclub des agriculteurs qui résistent encore à l'assaut de la ville.

L'homme de 93 ans ne cultive plus la terre lui-même, mais la confie à ses neveux qui y produisent des légumes. Il occupe toujours la belle vieille maison où lui et sa femme ont élevé leurs 12 enfants.

Justement, l'un d'eux est en visite au moment de notre passage. Paul habite aujourd'hui Montréal. Pilote de ligne comme d'autres hommes de la famille, il a participé à la fondation d'Air Transat. Aucun des enfants n'a voulu reprendre la terre. Lorsqu'ils étaient tous à la maison, la famille n'était pas riche, mais ne manquait de rien. Mais ce n'est plus suffisant pour vivre, ce n'est pas possible de produire un gros volume, observe le fils.

Il constate que les terres du coin ont été divisées, et qu'il n'y a plus beaucoup de perspectives de développement. «On aime notre coin de pays. Mais acheter un tracteur, aujourd'hui, ça coûte au moins 50 000$, c'est dur pour la relève.»

Pendant longtemps, les communautés religieuses du secteur ont servi d'appui aux autres fermes, dit-il. Mais ce temps est terminé, celui des promoteurs est arrivé. «On a eu des appels d'agents. Ils ne sont pas loin, mais je ne suis pas prêt», conclut le père.

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