Un groupe sommé de démanteler son potager à D'Estimauville

La Ville de Québec a demandé au groupe... (Le Soleil, Pascal Ratthé)

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La Ville de Québec a demandé au groupe Valorisons SMA, dont on aperçoit la porte-parole, Mélissa Poirier, de démanteler son potager aménagé sans autorisation près du terminus d'autobus D'Estimauville.

Le Soleil, Pascal Ratthé

(Québec) Décidément, l'agriculture urbaine est parsemée d'obstacles. Après le couple de Drummondville qui en arrache avec son potager installé en façade, c'est au tour du groupe Valorisons SMA d'être sommé par la Ville de Québec d'enlever ses plants de tomates de l'ancienne terre des Soeurs de la Charité.

Dans une lettre datée du 25 juillet, l'administration met l'organisation en demeure de démanteler le jardin de démonstration qu'il a aménagé «sans autorisation» sur un petit lopin en friche situé à l'arrière du terminus d'autobus D'Estimauville. Les lieux devront avoir été remis «en état» au plus tard le 3 août, à défaut de quoi la Ville procédera elle-même sans autre avertissement, aux frais de l'organisme.

Les bénévoles de Valorisons SMA regrettent quant à eux cette position, et aimeraient bien pouvoir plutôt compter sur l'appui de la Ville envers leur projet.

Valorisons SMA (www.valorisonssma.org) est né dans la foulée de la liquidation de la ferme de l'ancien Hôpital Saint-Michel-Archange par les religieuses, et du «dézonage» de la partie sud de cette terre, qui a été acquise par la Ville de Québec en 2010 pour y installer un parc technologique. Les militants croient qu'il est possible d'y aménager aussi un parc-jardin.

Cet été, explique leur porte-parole Mélissa Poirier, des bénévoles ont aménagé un petit potager pour illustrer les possibilités qu'offre ce terrain. La population y a justement été conviée à un pique-nique la semaine dernière.

Approbation verbale

La jeune femme affirme que le groupe avait reçu une approbation verbale d'une directrice de service pour aller de l'avant. Par la suite, une réponse écrite venait contredire cette permission, mais tout était déjà planté. Les jardiniers ont donc continué d'arroser leurs légumes répartis sur une superficie d'environ 6 mètres sur 10.

À la Ville de Québec, le porte-parole Jacques Perron affirme quant à lui qu'il n'y a jamais eu de OK en bonne et due forme. Il indique par ailleurs que malgré la mise en demeure, le potager devrait être toléré jusqu'aux récoltes, mais devra ensuite être démantelé.

Terre louée

La terre acquise par la Ville est louée cet été à l'entreprise Semican, de Plessisville, qui y cultive du soya sur environ 80 % de la surface, mais à environ 150 mètres du lieu où a été planté le potager. Son représentant, Martin Godbout, indique que celui-ci ne dérange aucunement les travaux de culture. Au contraire, il se dit content que cette terre abandonnée soit cultivée.

Semican s'est retrouvée malgré elle au coeur du différend, puisqu'elle s'est vu signifier par la Ville qu'elle serait responsable en cas d'accident, ce qu'elle ne peut accepter.

Il faut savoir toutefois que, potager ou pas, la partie sud de la terre n'est pas clôturée, et que n'importe qui peut y circuler, ce qui est d'ailleurs le cas.

Accompagnée de quelques bénévoles, Mélissa Poirier a indiqué jeudi au Soleil qu'une demande officielle sera faite pour l'an prochain. Tant que cette terre est en friche, dit-elle, il y a là une occasion de faire valoir le projet. Elle rappelle à cet effet les propos du maire Régis Labeaume aux citoyens : «Rêvez votre capitale.»

Christine Gingras, directrice générale adjointe de Nature Québec et porte-parole du Regroupement pour l'agriculture urbaine de Québec, estime pour sa part que cet événement illustre l'urgence pour la Ville de se doter d'un répondant et, surtout, d'une position en matière d'agriculture urbaine.

Présentement, dit-elle, c'est le parcours du combattant pour un citoyen qui veut s'informer de ce qu'il peut faire, par exemple s'il veut installer un potager ou une ruche sur un toit.

À Québec comme ailleurs, le mouvement est lancé, dit-elle, et la Ville devrait se questionner sur la façon d'intégrer l'agriculture urbaine dans son développement plutôt qu'être à la remorque des événements.

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