À la défense de l'achat local

(Québec) Les allégations du géographe Pierre Desrochers, selon qui l'achat local en agriculture serait moins avantageux que le système d'échange commercial à grande échelle, font bondir des organisations d'horizons divers.

Le Soleil rapportait dimanche les propos de ce chercheur de l'Université de Toronto qui vient de publier The Locavore's Dilemma: In Praise of the 10 000 Miles Diet, dans lequel il affirme qu'à prix égal, il n'y a aucun intérêt économique, social ou environnemental à acheter une denrée produite à proximité plutôt qu'à des milliers de kilomètres. Au contraire, dit-il, cette pratique suscite pauvreté, gaspillage et pertes d'emplois.

Alexandre Bancarel, du réseau de l'Agriculture soutenue par la communauté de l'organisme Équiterre, dénonce l'absence de données scientifiques à l'appui de l'argumentaire du chercheur. Lui-même enligne les résultats de diverses études sur le réseau de fermiers de familles d'Équiterre. Parmi ceux-ci :

>> retombées économiques de 8 millions $ pour le commerce des paniers, et ce, avec seulement une centaine de petites fermes;

>> remise de 45 ¢ par dollar en salaire au fermier, contre 12 en agriculture traditionnelle;

>> soutien à la relève agricole, avec un âge moyen chez les fermiers de 39 ans contre 51 dans l'ensemble des fermes québécoises;

>> création de plus d'emplois, 2,1 «unités de travail annuel» par ferme contre 1,3 en agriculture traditionnelle.

Dans un contexte de perte du nombre de fermes au Canada à raison de deux par jour en moyenne, le modèle de l'agriculture soutenue par la communauté a fait ses preuves, dit-il, tant sur le plan social que sur ceux économique et environnemental, ce dernier point étant favorisé par l'agriculture biologique.

Agriculture traditionnelle

Mais l'achat local n'est pas l'apanage du seul secteur biologique. Il est d'ailleurs fortement soutenu par le gouvernement du Québec, à travers la campagne Aliments du Québec, et par l'Union des producteurs agricoles, pour lesquels la sécurité alimentaire et le développement des régions constituent des arguments de poids.

Une autre organisation, l'Association des jardiniers maraîchers du Québec, a réagi aux propos de M. Desrochers. Son directeur, André Plante, estime que l'universitaire banalise l'impact environnemental du transport sur de longues distances. Bien que le géographe affirme que le transport par train ou par bateau ne coûte pas cher au regard de la conservation de pommes ou du chauffage de serres durant tout l'hiver, il omet de dire qu'en Amérique du Nord, c'est par camion ou par avion que voyagent les légumes - deux modes de transport coûteux, dit M. Plante. L'hiver dernier, on a même vu «des concombres d'Espagne arriver par avion», dit-il.

Il rappelle en outre que l'agriculture crée 172 000 emplois ici même, en plus d'être fortement encadrée sur le plan environnemental, ce qui donne une garantie de qualité à laquelle bien des pays ne peuvent prétendre.

À l'Union des consommateurs, le porte-parole Charles Tanguay qualifie pour sa part les thèses de M. Desrochers d'«inepties». Le chercheur, qui s'est déjà commis dans le passé avec l'Institut économique de Montréal (IEDM), dont il était l'invité la semaine dernière, est à ses yeux un «idéologue» qui utilise des «raccourcis grotesques» pour défendre une «logique productiviste».

L'Union des consommateurs a d'ailleurs déjà réagi dans le passé aux propos de M. Desrochers et de l'IEDM. On peut lire cette réaction à uniondesconsommateurs.ca, en tapant achat local dans l'onglet Recherche.

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