Abattoir Levinoff-Colbex: les syndiqués réclament des salaires impayés

L'abattoir Levinoff-Colbex... (Perfoto, Ghyslain Bergeron)

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L'abattoir Levinoff-Colbex

Perfoto, Ghyslain Bergeron

(Québec) Pendant que l'abattoir Levinoff-Colbex se retrouve sous la coupe d'un syndic, les quelque 300 employés voient leurs pires craintes se réaliser : il ne semble plus y avoir d'argent pour payer leur dernière semaine travaillée. Le syndicat a mandaté ses avocats pour étudier toutes les possibilités de recours.

Les évènements se bousculent depuis l'annonce d'une fermeture «temporaire» de l'abattoir de bovins de réforme de Saint-Cyrille-de-Wendover et de sa salle de découpe de Montréal, la semaine dernière.

Vendredi, la Banque Nationale, principal créancier de l'entreprise avec un prêt de 32 millions $, a obtenu le feu vert de la Cour supérieure pour sa mise sous séquestre. Cette mesure met son actionnaire, la Fédération des producteurs de bovins du Québec (FPBQ), complètement hors jeu. C'est désormais le syndic RSM Richter Chamberland qui possède les clés de l'usine. Il n'a pas été possible d'en apprendre davantage de ce côté mardi.

Côté syndical, les nouvelles n'étaient guère encourageantes.

«On s'aperçoit que pas un sou ne va être distribué», a mentionné le président de la section locale 1991-P des Travailleurs unis de l'alimentation et du commerce, Mario Maisonneuve. En fait, ce sont non seulement les salaires de la dernière semaine travaillée - à 19 $ ou 20 $ l'heure - qui sont dus, mais également les vacances, les sommes reliées au régime d'assurance collective, et peut-être même celles du fonds de retraite. Même les cadres n'auraient pas été payés. «On dirait qu'il n'y a plus d'argent pour personne», disait M. Maisonneuve.

Pas question, toutefois, d'attendre les bras croisés. Le syndicat étudiera tous les moyens juridiques qui s'offrent à lui, et a bien l'intention de venir manifester sa colère à Québec.

Pour le syndicaliste, «c'est un dossier très politique, et le gouvernement a une certaine responsabilité».

Et les vaches?

Pendant ce temps, des centaines de vaches de réforme (vieilles laitières ou reproductrices) prennent le chemin de l'abattoir de Guelph, en Ontario, ou des États-Unis, pour y être abattues. Les autres petits abattoirs québécois ne peuvent en effet remplacer le plus grand équipement du genre à l'est de l'Ontario. Au plus fort de ses opérations, Levinoff-Colbex recevait 3000 animaux par semaine, selon Sonia Dumont, de la FPBQ.

Maintenant qu'elle est mise à l'écart, la Fédération s'assure surtout que les producteurs puissent trouver preneurs pour leurs animaux, principalement à travers le réseau des encans, ainsi qu'un juste prix. Tout le monde tente de se réorganiser, dit la porte-parole, qui souligne que dans l'urgence actuelle, tout bouge très vite.

Pour Daniel-Mercier Gouin, professeur d'agroéconomie à l'Université Laval, la situation pourrait avoir de déplorables conséquences à long terme. La perte d'un joueur risque en effet d'entraîner une baisse des prix d'ici quelques mois, dit-il. Dans une telle situation, il craint non seulement les pertes de revenus pour les producteurs, mais aussi que certains soient tentés de se débarrasser de leurs animaux de façon inappropriée.

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