Réagissant à ces chiffres, le chercheur Sylvain Charlebois, de l'Université de Guelph, en Ontario, qui jouit d'une certaine audience médiatique, a signé mardi un billet dans lequel il applaudit cette diminution et affirme qu'il y a encore trop d'établissements agricoles.
Selon lui, «une ferme dont les ventes annuelles dépassent le million de dollars nécessite 2,31 $ d'actif pour générer chaque dollar de revenu. Dans le cas des plus petites fermes, il faut 18 $ d'actif pour générer un seul dollar de revenu. C'est tout simplement une question d'efficacité opérationnelle et financière».
Il souligne également que l'an dernier, pour chaque dollar généré par l'agriculture canadienne, les différents paliers gouvernementaux ont investi 3,53 $ dans des programmes de toutes sortes liés à l'agriculture et au domaine agroalimentaire, ce qui coûte cher aux contribuables.
Pour Charles-Félix Ross, économiste en chef à l'Union des producteurs agricoles, ce point de vue ne tient toutefois pas la route.
Laisser agir les seules forces du marché en agriculture entraînerait selon lui la perte pour les Québécois de plusieurs filières de production, au profit des mégafermes américaines. Il donne pour exemple les fermes avicoles, qui comptent ici en moyenne 35 000 poules pondeuses, contre 1,1 million aux États-Unis. Trois fermes américaines en comptent même plus de 20 millions, ce qui rendrait chacune d'elles apte à répondre aux besoins du Canada entier.
Mais selon M. Ross, ce n'est pas le modèle agricole souhaité par les Québécois, qui favorisent la ferme familiale.
Depuis 20 ans, la productivité des fermes québécoises n'a cessé de croître et les moins performantes ont déjà dû quitter les champs. Mais il y a une limite à en faire des industries, croit-il.
Lui-même préfère s'attarder aux aspects positifs du recensement, comme ceux démontrant que ce sont les agriculteurs québécois qui retirent le meilleur revenu net de leur travail, même si le Québec représente 15 % de l'agriculture au pays, contre 25 % en Ontario. Les Québécois ont aussi le meilleur taux de transfert de leurs fermes, et sont bons premiers dans plusieurs filières de production.
L'agriculture coûte un milliard de dollars à l'État québécois et lui rapporte quatre milliardsde dollars en taxes et impôts, en plus de créer 174 000 emplois, dit-il. «Oui, c'est un investissement, mais il y a un retour sur l'investissement.»