OGM: trois lettres qui font peur

Trois petites lettres qui enflamment les esprits. Honnies par certains,... (Photothèque Le Soleil)

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Claudette Samson

(Québec) Trois petites lettres qui enflamment les esprits. Honnies par certains, présentées par d'autres comme LA révolution technologique en agriculture. Et entre les deux, un public qui cherche à comprendre quels sont les enjeux. Bienvenue dans le merveilleux monde des OGM.

Les organismes génétiquement modifiés (OGM) ont mauvaise presse. Spontanément, on imagine des créatures étranges, monstrueuses. Pourtant, dans la vraie vie, rien ne les distingue de leur modèle «régulier». Un épi de maïs GM ressemble tout à fait à celui que l'on cultive depuis des lunes. En fait, il est probable que la sélection et les croisements traditionnels ont davantage modifié son apparence que l'ajout d'un gène le rendant tolérant à un herbicide ou aux insectes.

Plus encore: des études révèlent qu'un grand nombre d'aliments transformés que nous consommons et dont on sait qu'ils contiennent des ingrédients transgéniques n'en révèlent aucune trace (lire l'autre texte). Pourquoi s'inquiéter alors?

Pour Dominique Michaud, biochimiste et professeur au Département de phytologie de l'Université Laval spécialisé dans ce champ de recherche, cette réaction est normale, car il y a un petit côté «Frankenstein» qui émane de ces productions. Et comme cela touche à ce que l'on mange, l'effet symbolique et émotif est grand. On l'a bien vu la semaine dernière lorsqu'on a appris que du maïs sucré GM, destiné à l'alimentation humaine et commercialisé par la compagnie Monsanto, serait cultivé pour la première fois au Québec.

Jeudi, le réseau Vigilance OGM a annoncé qu'il réalisera des tests génétiques aléatoires pour débusquer les variétés qui seront commercialisées; les résultats de ces tests seront publicisés, et les consommateurs invités à s'informer avant d'acheter du maïs. L'ACEF de Québec a de son côté appelé les producteurs «non OGM» à s'inscrire sur une liste au bénéfice des consommateurs voulant être certains d'acheter des aliments non manipulés génétiquement.

Pour l'heure, ce sont surtout des plantes qui sont l'objet de recherches et de commercialisation. Le site Internet du gouvernement du Québec (www.ogm.gouv.qc.ca) dresse le portrait de l'état des cultures ici et ailleurs dans le monde. Bien que la plupart soient destinées à l'alimentation animale, plusieurs se retrouvent dans notre assiette à titre d'ingrédients, notamment les huiles (canola, maïs, soja). Selon les informations disponibles, 52% du soja, 74% du maïs et 85% du canola cultivés en 2011 au Québec étaient GM.

Le code PLU

Selon le Conseil québécois de l'horticulture, plus de 25% du maïs sucré cultivé sur la côte est des États-Unis ainsi qu'une grande proportion des courges importées des États-Unis sont issues des biotechnologies, c'est-à-dire des OGM. Bien qu'ils ne soient pas étiquetés comme tels, il est en principe possible de le vérifier à partir du code PLU qui permet chez les détaillants de distinguer les fruits et légumes cultivés de façon conventionnelle (quatre chiffres), biologique (cinq chiffres commençant par un 9) ou transgénique (cinq chiffres commençant par un 8).

Il n'y a par ailleurs aucun animal génétiquement modifié présentement au Canada.

***

L'avenir du maïs sucré entre les mains des détaillants

L'avenir du nouveau maïs sucré génétiquement modifié de Monsanto qui sera cultivé cet été au Québec repose entre les mains des grands détaillants.

Cette analyse est celle du chercheur Dominique Michaud, spécialiste des cultures génétiquement modifiées. La semaine dernière, deux sources ont déclaré au Soleil que des détaillants avaient dit aux agriculteurs ne pas être intéressés par le nouveau maïs sucré résistant à plusieurs insectes et à l'herbicide Roundup. Or, les choses ne sont pas si claires, a constaté Le Soleil par la suite.

Aucune décision n'a en effet été prise, selon Nathalie Saint-Pierre, du Conseil canadien du commerce de détail. Bien que Le Soleil ait communiqué avec chacun des trois grands détaillants présents au Québec, c'est Mme Saint-Pierre qui a rappelé, preuve que le sujet est jugé délicat. L'article du Soleil a cependant ouvert les discussions, a-t-elle mentionné.

Les agriculteurs sont pragmatiques, avance M. Michaud. Si le marché est là, plusieurs en cultiveront. Mais pas de marché, pas de culture. Si les grands de l'alimentation ne posent pas de questions à leurs fournisseurs, il croit donc que les quantités cultivées iront en augmentant avec le temps. S'ils leur envoient au contraire un message clair disant qu'ils n'en veulent pas, il arrivera à ce maïs la même chose qu'à la pomme de terre GM à la fin des années 90, quand la compagnie McCain a dit qu'elle n'en achèterait pas. Elle a cessé d'être cultivée.

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