Or, un monde sépare les chiffres avancés par les scientifiques et ceux que brandissent les opposants quant à la proportion d'aliments qui en contiennent. On l'a vu récemment lorsque le ministre de l'Agriculture, Pierre Corbeil, a opposé une fin de non-recevoir aux 14 500 citoyens ayant signé une pétition en faveur de l'étiquetage obligatoire. M. Corbeil a fait état de deux études québécoises selon lesquelles environ 3% du contenu du panier d'épicerie contiendrait des dérivés d'OGM.
À des années-lumière de là, les opposants affirment quant à eux que ce serait le cas pour 70 à 75% des aliments transformés (et non de l'ensemble des aliments, ce qui exclut lait, oeufs, viandes, fruits et légumes...). Cette proportion est obtenue en tenant compte de la présence importante d'huiles végétales dans de nombreux produits, gâteaux, biscuits, etc. Or, une forte proportion de ces huiles provient de céréales GM, canola, soja, maïs.
Dominique Michaud, du Département de phytologie de l'Université Laval, est coauteur de l'une des deux études citées par le ministre Corbeil. Il est vrai, dit-il, que beaucoup d'aliments transformés contiennent des huiles issues de plantes GM. Toutefois, certains procédés de transformation ont pour effet d'éliminer ce qui différencie la plante conventionnelle de la plante modifiée. C'est particulièrement vrai pour les huiles, ce qui explique que le résultat soit limité à 3%, dit-il.
Selon lui, identifier tous les produits réalisés à partir d'ingrédients OGM équivaut à afficher le «mode de production» plutôt que le contenu alimentaire. Mais «c'est faisable», dit-il. En l'occurrence, une quarantaine de pays imposent désormais l'étiquetage, dont ceux de l'Union européenne.
Selon Dominique Michaud, cela pourrait représenter au maximum un peu plus de 40% du panier d'épicerie, et non 70%.
Lui-même dit n'avoir aucune crainte à en manger, car, contrairement aux pesticides, les OGM sont digérés et ne s'accumulent pas à long terme dans l'organisme. Il se dit davantage «agacé» par toute la «grosse business» entourant cette industrie que par son effet potentiel sur la santé.
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Les avantages conférés aux OGM sont essentiellement de nature agricole. Trouver des cultivateurs qui acceptent ouvertement de dire qu'ils en cultivent est toutefois mission presque impossible, tant il est vrai qu'ils appréhendent les réactions des consommateurs. Dans un bulletin sur les OGM publié récemment, le Conseil québécois de l'horticulture (www.cqh.ca) résume ainsi les avantages et les désavantages des OGM :
Avantages
+ Rendement plus élevé
+ Amélioration de la qualité
+ Réduction d'intrants (engrais et pesticides)
+ Régie plus facile
+ Réduction du nombre de passages de la machinerie dans les champs
+ Amélioration de la compétitivité
Désavantages
- Croisement possible avec les cultures indigènes
- Perte d'efficacité (N.D.L.R.: du caractère amélioré de la plante) dans le temps
- Développement de la résistance (des mauvaises herbes ou des insectes)
- Augmentation de la monoculture
- Droit de propriété exclusif des multinationales sur les semences
- Effet inconnu sur la biomasse
- Impact inconnu sur les écosystèmes et la biodiversité
- Perception négative des OGM par les consommateurs