L'agriculture bio moins productive que la conventionnelle

Jean-François Cliche
Le Soleil

(Québec) L'agriculture biologique produit des rendements d'environ 25 % plus faibles que l'agriculture conventionnelle, mais la différence est étonnamment mince pour certaines cultures, vient de trouver une revue de littérature menée par une doctorante de l'Université McGill.

Dans le cadre de son doctorat en géographie, Verena Seufert a passé en revue toutes les comparaisons des agricultures bio et conventionnelle de la littérature scientifique, et en a retenu 66 qui respectaient ses critères de rigueur et de comparabilité. Résultat : «Le ratio des rendements des agricultures biologique et conventionnelle dans notre méta-analyse est de 0,75; cela signifie que dans l'ensemble, la biologique est 25 % moins productive que la conventionnelle», écrit-elle avec deux coauteurs.

Mais leurs travaux montrent aussi que la question est fort complexe et qu'elle a été trop souvent simplifiée pour des motifs idéologiques dans le passé. La «performance» des champs biologiques est en effet une question controversée s'il en est une, parce que l'une des principales critiques adressées au bio veut que, étant moins productive, cette forme d'agriculture doit occuper des surfaces inutilement grandes - qui sont autant d'endroits arrachés à la nature, disent ses détracteurs. D'un autre côté, ses défenseurs invoquaient depuis 2007 une étude douteuse qui suggérait que le bio était en fait plus productif que l'agriculture conventionnelle.

Problème d'azote

Les travaux de Mme Seufert démontrent que c'est faux, mais aussi que «ce ne sont pas des questions qui se répondent par oui ou par non, ce n'est pas tout noir ou tout blanc», dit-elle en entrevue.

L'écart entre les deux types d'agriculture n'est en effet que de 3 % pour les fruits et de moins de 10 % pour les légumineuses et les plantes vivaces. Mme Seufert l'explique par le fait que l'azote est souvent l'élément qui vient le plus rapidement à manquer dans le sol, en particulier dans les champs bio qui ne reçoivent aucun engrais chimique. Or, les légumineuses sont connues pour faire des symbioses (des «associations», si l'on préfère) avec des bactéries qui fixent l'azote de l'air dans le sol; les vivaces, quant à elles, ont des réseaux de racines beaucoup mieux développés que les annuelles, et peuvent ainsi mieux exploiter l'azote du sol.

De là à conclure que l'on peut nourrir l'humanité avec du bio, cependant, il y a un grand pas que l'on s'abstiendra de franchir. En plus des 25 % d'écart général, Mme Seufert montre aussi que quelques-unes des cultures de base de l'alimentation humaine s'accommodent plutôt mal des pratiques biologiques - les champs de blé bio sont près de 40 % moins productifs, et la différence est de plus de 30 % pour l'avoine. En outre, les légumes (- 33 %) semblent eux aussi avoir un certain mal à se passer d'engrais et de pesticides chimiques.

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