Producteurs alimentaires: l'avenir passe par les ressources humaines

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Gilles Gagné, collaboration spéciale
Le Soleil

(New Richmond) Les producteurs alimentaires gaspésiens devront consacrer plus de ressources humaines, donc financières, s'ils veulent poursuivre leur pénétration de marché, que ce soit dans leur région ou ailleurs au Québec, notamment dans les grands centres.

Ils ont généralement intérêt à réaliser cet effort de mise en marché de façon commune, un point qui semble rallier tout le monde ayant participé jeudi à un colloque sur le développement de leurs débouchés, organisé par la Table de concertation bioalimentaire de la Gaspésie.

Éric Dubé, propriétaire de la Conserverie de la baie, de New Richmond, est en affaires depuis 20 ans et il voit dans son cas des gains à faire dans le merchandising, c'est-à-dire le suivi une fois ses confitures et marinades livrées dans les supermarchés.

«Dans certains supermarchés, j'ai des étagères entières, mais elles sont à moitié vides. Ils ont mes caisses dans l'entrepôt. Ça prend une structure pour faire ce bout-là, entre l'entreposage du magasin et les tablettes. Il faut payer pour le faire. Pourquoi Kraft est bien placé dans les épiceries? Ils ont quelqu'un qui passe et qui fait ce travail. Il faut que les producteurs soient conscients que ça coûte quelque chose», précise M. Dubé, qui vend aussi à Québec et à Montréal.

Le défi, selon Éric Caron, directeur de l'association Gaspésie gourmande, un regroupement de 140 producteurs et vendeurs de denrées alimentaires de la région, c'est de trouver une façon de concilier les intérêts variés.

«J'ai 140 membres, et ils ont tous des besoins différents. Certains ont besoin juste de transport, d'autres ont besoin d'un distributeur, d'autres de représentation. J'ai des membres qui vendent pour 4 millions$ et d'autres qui produisent pour 10 000$ par an», précise M. Caron.

Il verrait bien les transformateurs de produits agricoles adopter le modèle mis de l'avant par neuf transformateurs gaspésiens de poissons et de crustacés.

«Ce sont tous des concurrents, mais ils ont décidé de travailler ensemble pour le transport de leurs produits. Dans la van [remorque], ils ne sont pas concurrents. Ça les aide à descendre leurs coûts. Ils redeviennent concurrents une fois le camion à destination. Ils ont intérêt à être partenaires à une certaine étape du développement des marchés», ajoute M. Caron.

Supermarché ou épiceries fines?

En raison de la diversité de leurs intérêts, les producteurs gaspésiens se demandent souvent s'ils orienteront leur mise en marché vers les supermarchés ou les épiceries fines, et s'ils resteront dans la région ou viser les grands centres.

Aurèle Doucet, du secrétariat aux exportations GIMxport, croit que plusieurs producteurs alimentaires de la région devraient concentrer leur mise en marché dans les épiceries fines.

«On ne peut essayer d'empêcher le producteur de vendre dans les grandes surfaces, mais quand il est à côté d'un produit fait en Chine à un ou deux dollars de moins, le consommateur va souvent choisir le moins cher à cet endroit. Dans les boutiques spécialisées, le prix a moins d'importance [...] Je pense aussi qu'on aurait intérêt à créer des minibars dans nos endroits les plus peuplés, l'été. Ce serait des lieux de dégustation. L'hiver, la population locale pourrait s'approprier nos produits régionaux. Nous sommes 100 000 personnes, mais nous n'avons pas 100 000 ambassadeurs. Aux Îles-de-la-Madeleine, ils sont 12 500, mais on dirait qu'ils sont deux millions. On en entend parler partout», voit-il.

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