Abattoir Levinoff-Colbex: Françoise Gauthier en position délicate

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La présidente de la Régie des marchés agricoles, Françoise Gauthier, a scellé la transaction pour l'achat de l'abattoir Levinoff-Colbex du temps qu'elle était ministre de l'Agriculture.

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Annie Morin
Le Soleil

(Québec) La Régie des marchés agricoles est invitée à faire la lumière sur l'acquisition à gros prix et la gestion fort critiquée de l'abattoir Levinoff-Colbex par la Fédération des producteurs de bovins du Québec (FPBQ). Or, le quasi-tribunal est présidé depuis l'automne par Françoise Gauthier, ex-ministre de l'Agriculture, qui a scellé la fameuse transaction pour le gouvernement Charest.

Hier, le président de l'Union paysanne, Benoît Girouard, a demandé publiquement la mise sous tutelle de la FPBQ. Il s'affaire à monter un dossier qui sera déposé devant la Régie, à qui revient ce pouvoir et qui l'a déjà exercé. Le Syndicat des producteurs de lapins du Québec a été mis sous tutelle en 2008.

L'Association de défense des producteurs de bovins (ADPB), qui regroupe les contestataires, réclame aussi l'annulation de l'exemption accordée au syndicat agricole pour acquérir un abattoir, une manoeuvre autrement interdite. La Régie a prévu six jours d'auditions en avril et en mai.

Les deux groupes d'opposants demandent à ce que la présidente de la Régie des marchés agricoles, Françoise Gauthier, se tienne loin de ces causes puisqu'elle a participé en 2004 et 2005 aux négociations entre l'Union des producteurs agricoles (UPA) et les frères Cola, anciens propriétaires de Levinoff-Colbex et donateurs du Parti libéral du Québec. C'est elle qui a autorisé la transaction de 50 millions $ pour le gouvernement Charest, malgré les avis défavorables de fonctionnaires qui trouvaient le prix exagéré.

Adrien Breault, président de l'ADPB, prévient que son organisation contestera la présence de l'ex-ministre sur le banc et toute décision à laquelle elle pourrait être mêlée de près ou de loin.

Il se demande «à quoi le gouvernement a pensé» en procédant à cette nomination le 29 septembre dernier, alors que le dossier Levinoff-Colbex soulevait toujours les passions dans le milieu agricole. «Si ce n'était pas voulu, c'était maladroit», dit-il.

Benoît Girouard est tout aussi catégorique : «La première chose qu'on va demander, c'est que Mme Gauthier ne touche pas à notre dossier». Celui-ci estime que la Régie des marchés agricoles «a rarement été considérée comme indépendante. Elle a longtemps été inféodée à l'UPA». Le gouvernement provincial semble vouloir reprendre le contrôle, mais d'une façon politique, constate le représentant de l'Union paysanne, qui conteste le monopole syndical de l'UPA inscrit dans la loi.

L'identité des trois régisseurs qui entendront la cause de l'APBQ sera connue le premier jour des auditions. Ils sont 10, incluant Mme Gauthier, à pouvoir siéger. Il est courant que les dirigeants d'organismes réglementaires et de tribunaux administratifs s'impliquent personnellement dans les dossiers majeurs et controversés.

Marie-Claude Sirois, porte-parole de la Régie, a refusé de nous dire, hier, si la présidente et ex-politicienne avait l'intention de se tenir à l'écart. «La Régie est un tribunal. Elle a un devoir de réserve», a répondu Mme Sirois à la plupart de nos questions.

Interrogée sur la conception que sa patronne a de son rôle compte tenu de son passé politique, la fonctionnaire a répondu qu'il n'y avait «pas de commentaires» à faire.

Malgré une demande formelle, il a été impossible de parler à Mme Gauthier, hier.

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