Mauvais temps pour les sucres

Pour une saison normale à la cabane de... (Le Soleil, Steve Deschênes)

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Pour une saison normale à la cabane de Francis Côté, à L'Ange-Gardien, il faudrait que les érables coulent encore deux semaines

Le Soleil, Steve Deschênes

(Québec) Printemps hâtif, saison des sucres ratée? Pour certains acériculteurs, la récolte aura effectivement été chiche. Mais la majorité devrait «passer à travers» l'étonnant coup de chaleur qui est tombé sur le Québec cette semaine.

Pendant que bon nombre de Québécois se promènent nez au ciel en se réjouissant de ce soleil préestival, quelques milliers de producteurs acéricoles assistent impuissants à un phénomène qu'ils ne contrôlent absolument pas. Qui aurait imaginé que la saison des sucres puisse se terminer en mars au pays de la Beauce? C'est pourtant ce qui pourrait arriver aux propriétaires d'«érablières chaudes», celles qui sont orientées plein sud, croit Marcel Larochelle, président du Syndicat des producteurs acéricoles de la Beauce.

Néanmoins, il gardait bon espoir mercredi de voir celles qui bénéficient d'une exposition moindre au soleil se rendre à la nuit de demain, première à l'horizon à afficher un mercure sous la barre du zéro. Car, la condition pour faire du sirop est toute là : gel la nuit, dégel le jour.

Âgé de 60 ans et courant les érables depuis qu'il est gamin, M. Larochelle n'a jamais rien vu de tel. Vivement le retour du froid et du mauvais temps (!), disait-il mercredi.

Serge Beaulieu, lui, n'aura pas eu la chance de bénéficier d'un tel retour. En Montérégie, les producteurs commençaient mercredi à «laver leurs pans», et lui-même évaporait sa dernière eau. Le président de la Fédération des producteurs acéricoles aura bouilli 19 jours plutôt que 23 ou 24 comme à l'habitude, ce qui en soi n'est pas si mal.

«Mais, ce qui a été surprenant cette année, c'est que l'eau n'était pas très sucrée», dit-il. En conséquence, il en faut davantage pour faire un gallon de sirop, alors que le ratio normal est de 40 pour 1. Au total, M. Beaulieu estime avoir fait 70 % de sa production moyenne.

La situation est tout autre dans le Bas-Saint-Laurent, où la saison ne fait que commencer et où les conditions météorologiques actuelles et annoncées sont idéales.

À Sainte-Agathe-de-Lotbinière, les érables coulaient, semble-t-il, encore très bien mardi, et devraient donc «se rendre» sans problème à demain.

Sur la rive nord du fleuve, les producteurs croisent les doigts. Francis Côté, à L'Ange-Gardien, espère lui aussi arriver sans trop de mal à demain, mais voit malgré tout le couvert de neige fondre un peu trop vite à son goût. Pour une saison normale, dit-il, il faudrait que ça dure encore deux semaines. «On surveille MétéoMédia...»

Rassurer les consommateurs

Même si la production de sirop est pratiquement terminée dans le sud et l'ouest du Québec, il ne faut pas oublier que ces régions ne représentent que 10 millions des 43 millions d'entailles que compte la province. «Il en reste 33 millions qui ont encore la possibilité de faire une grosse saison», souligne Serge Beaulieu.

Ainsi que le mentionne Simon Trépanier, directeur adjoint de la Fédération, «il faudra attendre au 15 avril» pour conclure à une bonne ou à une mauvaise récolte.

La Fédération compte par ailleurs sur une réserve de 40 millions de livres, dont le but est justement de stabiliser l'approvisionnement des marchés pour éviter les pénuries.

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