Charles Tanguay, de l'Union des consommateurs, ne rejette pas l'idée d'un étiquetage en fonction du mode d'abattage, halal, casher ou «conventionnel», en réponse aux préoccupations soudaines de certains citoyens par rapport à ces questions. Mais, à son avis, il est au moins aussi important que les acheteurs aient accès à bien d'autres informations cachées au public, entre autres quant au traitement des animaux de leur vivant.
Maryse Guenette, d'Option consommateurs, va dans le même sens : tout ce qui permet aux consommateurs d'en savoir davantage sur ce qu'ils achètent est souhaitable. Dans le cas de l'abattage rituel, halal ou casher, il faudrait probablement aller plus loin que l'étiquetage et expliquer d'une façon ou d'une autre en quoi cela consiste, puisque bien des gens l'ignorent, dit-elle.
Sachant que des journalistes se sont informés auprès d'Olymel de l'existence possible de porc halal, alors que les musulmans ne mangent pas de porc, il y a lieu de penser qu'elle a raison.
Le débat lancé par le député péquiste André Simard, qui réclamait mercredi un portrait de la situation de l'abattage rituel au Québec au ministre de l'Agriculture Pierre Corbeil, s'est vite enflammé, et dans toutes les directions.
Lors d'un entretien téléphonique, M. Simard réitérait hier sa seule préoccupation, à savoir le bien-être des animaux. L'abattage rituel, halal ou casher, qui consiste à saigner les animaux sans les engourdir préalablement, devrait être restreint aux seuls besoins des marchés spécifiques auxquels il est destiné, dit-il.
Il dit ne pas savoir si l'étiquetage est la solution, mais en appelle à une transformation des pratiques actuelles, alors que certaines entreprises abattent tous leurs animaux de cette façon pour des raisons de commodité.
Réglementation
Au Canada, l'étiquetage alimentaire est réglementé par l'Agence canadienne d'inspection des aliments. Le principe de base est que les allégations inscrites sur les aliments ne doivent être ni fausses ni trompeuses.
La réglementation traite déjà des allégations casher, très nombreuses sur nos tablettes d'épicerie, pas seulement dans le domaine des viandes. Depuis quelques mois, l'agence «a commencé à examiner la possibilité de modifier la réglementation sur l'étiquetage pour y intégrer les allégations halal», indiquait récemment un porte-parole au Soleil.
Loi sur les aliments
L'organisme fédéral rappelait en outre que «toute la viande produite au Canada, y compris les produits étiquetés "halal", doit satisfaire aux exigences de la Loi sur les aliments et drogues relativement à la salubrité. [...] Conformément au Règlement sur l'inspection des aliments, "l'animal pour alimentation humaine abattu selon un rite conforme aux lois judaïques ou islamiques doit être immobilisé et abattu par le sectionnement rapide, complet et simultané des jugulaires et des carotides, de façon qu'il perde conscience immédiatement"».
Au Conseil canadien des viandes, qui représente 95 % de la production au pays, le directeur technique Jorge Correa n'a pas voulu intervenir sur la dimension politique du débat. Mais il se demande si un étiquetage supplémentaire ne représenterait pas une trop grande contrainte pour les commerçants.