Dans une entrevue accordée en marge de l'assemblée générale de la Coop fédérée, la semaine dernière, à Québec, le président-directeur général Réjean Nadeau a bien voulu s'exprimer sur ce dossier, maintenant qu'il s'en est retiré.
Olymel a en effet été jusqu'à tout récemment un sérieux prétendant pour venir au secours de la Fédération des producteurs de bovins du Québec, propriétaire de l'abattoir de Saint-Cyrille-de-Wendover depuis 2006.
Acheté au prix fort, l'équipement spécialisé dans l'abattage de bovins de réforme (principalement les vaches qui ont fini leur production laitière) n'a jamais réussi à trouver la rentabilité. Depuis la fin de 2010, le gouvernement du Québec, qui a prêté 19 millions$ pour son achat, garantit sa marge de crédit de 10 millions$ et souhaite trouver un partenaire pour relancer l'usine. C'est dans ce contexte qu'Olymel, qui affiche un chiffre d'affaires de 2,3 milliards$, s'est retrouvée autour de la table.
L'invitation est venue de la Fédération et de «certaines instances gouvernementales», indique M. Nadeau. Bien que les activités bovines soient peu naturelles pour l'entreprise spécialisée dans le porc et la volaille, «on a accepté de regarder l'offre parce qu'on est partie intégrante de la filière agroalimentaire au Québec». La démarche a été prise au sérieux. «On a fait nos devoirs, les discussions ont duré presque deux ans», déclare le pdg.
Or, malgré «d'intéressantes conditions d'entrée» offertes tant par la Fédération que par le gouvernement, l'investissement est apparu «trop risqué par rapport à la rentabilité possible».
Dans un engagement de cette nature, les questions d'approvisionnement sont à considérer. On sait qu'en 2011, Levinoff-Colbex a enregistré une baisse de 20 % de ses livraisons. Des producteurs préfèrent notamment livrer leurs animaux en Ontario, où ils obtiennent un meilleur prix. Mais il y a plus.
Un client compétiteur
Selon le pdg, le plus important client de l'abattoir, Cargill, s'apprêterait à intensifier ses propres activités d'abattage en Ontario. «Quand tu deviens en concurrence avec ton principal client, ça crée des questions au niveau de l'avenir de l'entreprise», analyse M. Nadeau.
Dans une entrevue récente au Soleil, le président de la Fédération des producteurs de bovins, Michel Dessureault, disait espérer qu'un nouvel investisseur permette de développer la filière du bouvillon, les bovins élevés pour la viande.
Il est vrai, de dire M. Nadeau, que le bouvillon a été perçu un temps comme une «planche de salut». Mais l'analyse de l'«historique» du bouvillon et la situation difficile des producteurs ont mis un bémol. «On a réalisé qu'on n'aurait pas eu assez de marge de manoeuvre.»
À ce jour, Olymel est le seul associé potentiel pour l'abattoir dont le nom ait filtré officiellement. La Fédération, qui donne toujours les informations au compte-gouttes dans ce dossier, dit toujours discuter avec plusieurs autres partenaires possibles.
«Le boeuf n'est pas notre secteur. Peut-être que d'autres qui connaissent ça pourraient trouver une meilleure synergie? Pour nous, ce n'était pas le cas», conclut M. Nadeau.