«Nous allons étudier le rapport, mais nous avons été clairs et continuerons d'être clairs : notre gouvernement se concentre sur la réduction des taxes et des impôts que paient les Canadiens et les Canadiennes, et non sur des augmentations», a commenté le ministre des Finances Jim Flaherty dans un courriel envoyé au Soleil. Son homologue québécois, Raymond Bachand, est plus catégorique. «Il est hors de question pour nous, au Québec, de taxer les aliments», a-t-il clairement fait savoir à son attachée de presse, Catherine Poulin.
Le directeur de l'École de politique publique de l'Université Calgary, Jack Mintz, ainsi que Michael Smart, de l'Université de Toronto, affirment que l'application de la TPS sur les aliments et les autres produits actuellement exemptés de taxe permettrait d'augmenter les revenus du gouvernement fédéral de 39 milliards$ par année.
Avec cette somme, disent-ils, Ottawa pourrait réduire l'impôt sur le revenu, financer les programmes sociaux ou diminuer de 40 % la taxe de vente harmonisée que les Canadiens de la majorité des provinces doivent acquitter. Une proposition qui divise bien des économistes au pays et qui soulève de nombreuses réactions du côté des regroupements de commerçants et de consommateurs.
Sylvain Charlebois, le doyen intérimaire du Collège en management et études économiques de l'Université de Guelph en Ontario, soutient qu'«une telle politique peut assurément miner les moins nantis de notre société». Selon lui, une augmentation du coût du panier d'épicerie doit permettre à l'industrie alimentaire de mieux servir les consommateurs, «non pas renflouer les coffres d'un gouvernement qui dépense trop».
Pour le responsable des communications de l'Union des consommateurs, Charles Tanguay, «il serait catastrophique d'envisager de taxer les aliments, en particulier dans un contexte où les banques alimentaires sont pleines à craquer». Son organisme croit qu'il serait préférable d'envisager la modulation des taxes en fonction des biens consommés, comme les produits dommageables pour l'environnement, les produits de luxe et les services financiers, ce qui permettrait de rendre le système plus progressif, estime-t-il.
Du côté de ceux qui appuient la proposition, le titulaire de la Chaire de recherche sur la fiscalité et les finances publiques de l'Université de Sherbrooke, Gilles Larin, considère que le crédit d'impôt pour solidarité pourrait être ajusté de manière à compenser les dépenses supplémentaires des moins bien nantis, de sorte à faire payer, au bout du compte, seulement ceux qui en ont les moyens.
L'Association des détaillants en alimentation du Québec s'est prononcée contre la taxe sur la nourriture, mais le Conseil canadien du commerce de détail a préféré ne pas se prononcer pour le moment.