Cette démarche intervient alors que les perspectives d'un partenariat entre Olymel et la FPBQ seraient sur le point de se concrétiser, après des mois de discussions.
La «requête en annulation d'exemptions», qui est en fait un document amendé d'une première requête déposée en avril 2011, dresse le portrait du contexte ayant précédé l'acquisition de l'abattoir de bovins de réforme de Saint-Cyrille-de-Wendover. On y retrouve certains éléments révélés en novembre par Le Soleil, notamment quant aux avis défavorables des fonctionnaires devant cette acquisition qui s'est faite à un coût qualifié de faramineux(50 millions$) et au seul avantage des vendeurs, les frères Cola.
Selon les opposants, regroupés au sein de l'Association de défense des producteurs de bovins (ADPB), la transaction n'aurait jamais dû être autorisée par la Régie. Pour ce faire, elle avait dû faire une exemption à la loi, car un syndicat ne peut pas devenir propriétaire d'une entreprise commerciale oeuvrant dans son champ d'expertise.
Une telle transaction placerait le syndicat en conflit d'intérêts, puisque son mandat, qui est d'assurer le meilleur revenu net à ses membres, entre alors en contradiction avec l'objectif de l'entreprise, qui est d'acquérir des bovins au plus bas coût possible.
Selon l'ADPB, la Régie a autorisé cette exemption parce qu'au départ, la Fédération était partenaire des frères Cola, qui conservaient 20 % des parts de l'entreprise. Toutefois, ce partenariat a pris fin après seulement trois mois, et les parts des Cola ont été acquises par la FPBQ au coût de 12,5 M$, pour un total de 62,5 M$.
Dès ce moment, la Régie aurait dû annuler l'exemption, disent les demandeurs.
Le montant de cet achat, ajoutent-ils, a été caché pendant deux ans aux producteurs, et dépassait le mandat qui avait été donné aux administrateurs. L'assemblée générale avait autorisé un investissement de 6 M$, assorti d'un partenariat avec les deux gouvernements. À la place, la Fédération a endetté les producteurs pour 59 M$, rendant la rentabilité de l'entreprise impossible. Les producteurs doivent toujours verser une contribution de 53,86 $ par bovin de réforme pour supporter cet endettement, même s'ils vendent leurs animaux en Ontario.
Partenariat
Depuis plusieurs mois, le gouvernement provincial supporte la marge de crédit de 10 M$ de Lévinoff-Colbex afin de lui éviter la faillite, tout en essayant de trouver un partenaire à la Fédération des producteurs de bovins. Selon le président de la Fédération, Michel Dessureault, une annonce serait imminente.
Dans leur requête, les membres de l'ADPB font référence à une déclaration récente (27 janvier) du chef de la direction de la Coopérative fédérée, dont Olymel est une filiale, qui ne cache pas son intérêt pour Lévinoff-Colbex. Tout en soulignant qu'une fermeture de l'abattoir serait «catastrophique» pour les producteurs, les opposants jugent inacceptable le secret entourant une vente éventuelle.
Ils demandent à la Régie de préserver les intérêts des producteurs, tout en rendant responsables les personnes impliquées dans l'administration déficiente de l'abattoir.
Ils demandent aussi à ce que la présidente de la Régie des marchés agricoles, Françoise Gauthier, demeure à l'écart des discussions. Mme Gauthier est l'ancienne ministre libérale de l'Agriculture qui a autorisé l'achat de Lévinoff-Colbex par la FPBQ, malgré l'avis défavorable des fonctionnaires.