L'homme de 63 ans, qui a mené une longue carrière au sein de la haute fonction publique québécoise, est devenu pour bien des agriculteurs la figure de proue de leur débandade. Sa gestion stricte des mesures de redressement de la Société d'État imposées par le gouvernement a suscité de nombreuses critiques, notamment dans le secteur porcin, qui en a subi les contrecoups.
Le dg, qui n'a pas voulu accorder d'entrevue au Soleil, sera en poste jusqu'au 17 février. Son remplaçant par intérim sera Jean-François Brouard, présentement vice-président aux affaires corporatives de La Financière.
M. Brind'Amour était à la tête de La Financière depuis janvier 2005, alors qu'il avait été muté de son poste de directeur général de la Société d'assurance automobile du Québec deux ans avant la fin de son mandat. À cet égard, la porte-parole de la Financière, Mélanie Fiset, a tenu à préciser qu'il est dans l'ordre des choses que les hauts fonctionnaires se voient proposer de nouveaux défis, et qu'ils ne choisissent pas le moment où ces offres se présentent.
Il en était à son deuxième mandat à la Financière, et à sa 37e année comme fonctionnaire, si bien qu'il aurait déjà pu prendre sa retraite il y a deux ans.
Commission parlementaire
Le dg s'est particulièrement retrouvé sous les feux de la rampe à partir de juin 2011, lorsque la commission parlementaire sur l'agriculture (CAPERN) a entrepris un mandat d'examen sur la gestion de la Financière agricole.
Sur le terrain, on lui a reproché son apparente indifférence au drame vécu par de nombreux agriculteurs, et le lien de confiance était visiblement rompu.
Les parlementaires de tous les partis siégeant à la CAPERN ont montré une rare unanimité dans leurs demandes répétées à la Financière pour qu'elle mette des solutions de l'avant, mais celles-ci ont tardé à venir.
Plusieurs se souviendront également de la déclaration malheureuse de M. Brind'Amour, lors d'une manifestation regroupant quelque 300 producteurs aux portes des bureaux de la société d'État, à Lévis, en mai 2010. «Je paie 80 000 $ d'impôt par année. Comment vous payez d'impôt, vous?» avait-il lancé avec colère à un agriculteur qui lui barrait le chemin. Dans le contexte des difficultés financières vécues par plusieurs d'entre eux, cette remarque a fait bien mauvaise impression.
Pour André Simard, porte-parole du Parti québécois en agriculture, ce départ «était écrit dans le ciel».
«Bouc émissaire»
Néanmoins, il estime que même si M. Brind'Amour «a souvent été montré du doigt dans ses façons de faire», il ne faut pas oublier que les changements apportés dans les programmes de la Financière agricole sont les «choix du gouvernement actuel». En ce sens, le dg a été un «bouc émissaire», croit-il. «C'est lui qui écope de ce gâchis.»
Le ministre de l'Agriculture, Pierre Corbeil, n'a pas souhaité commenter ce départ jeudi.
Le député libéral Pierre Paradis, président de la CAPERN, qui a eu des mots parfois durs à l'endroit de M. Brind'Amour au cours de la dernière année, ne pouvait être joint avant quelques jours. Le président de l'Union des producteurs agricoles, Marcel Groleau, n'a pas voulu commenter non plus.