Le maire de Saint-Marcel-de-Richelieu, Yvon Pesant, a livré en une quinzaine de minutes un portrait saisissant de sa petite communauté, qui, depuis cinq ans, a vu sa population passer de 630 à 550 âmes, perdu son centre d'hébergement pour personnes âgées, sa caisse populaire et son garage de mécanique automobile. L'école primaire a survécu grâce à la location de locaux par la municipalité.
Plus personne ne produit de concombres sur cette terre pourtant bénie pour la production maraîchère; il reste deux entreprises de transformation, dont l'une à l'avenir incertain. Dans cette ancienne «capitale du concombre», on achète des cornichons de l'Inde à l'épicerie, ironise M. Pesant.
La culture du gazon, qui se pratique à Saint-Marcel-de-Richelieu «depuis les calendes grecques», a presque disparu. Des 11 fermes laitières qui existaient il y a une trentaine d'années, il n'en reste qu'une.
Sur ces terres qui sont parmi les plus riches du Québec, les grandes cultures de maïs-grain (des organismes génétiquement modifiés à 80 %) et les porcheries font désormais la prospérité d'entrepreneurs efficaces, qui procurent toutefois très peu d'emplois.
Développement limité
Oui, il y a des entrepreneurs qui ont très bien réussi. Mais on s'interroge sur la dimension des fermes, alors que quatre producteurs accaparent la moitié des terres cultivées, souligne le maire.
La question se pose d'autant plus, dit-il avec conviction, que ce modèle est soutenu par l'ensemble de la population, les productions du maïs et du porc ayant grandement profité des programmes d'assurance de la Financière agricole ces dernières années.
Avec un territoire zoné agricole à 99,4 %, la communauté a essuyé le refus de la Commission de protection du territoire agricole pour plusieurs projets, incluant une garderie en milieu familial, et la construction de bâtiments destinés à l'élevage de veaux de grain, «parce que ça pourrait s'attaquer à l'homogénéité du territoire agricole», alors qu'ils auraient grugé deux hectares sur plusieurs centaines. L'absence d'autoroute à proximité rend en outre tout investissement extérieur illusoire.
Alors, si l'agriculture ne génère pas d'emplois, comment le village marcellois pourra-t-il se développer et se maintenir? demande Yvon Pesant.
L'homme a invité le gouvernement à revoir ses stratégies et politiques, notamment quant au soutien accordé à de grands producteurs prospères. Il dit souhaiter notamment le développement de produits de niche.
Son laïus s'est conclu sur une opposition ferme à l'industrie du gaz de schiste, pour laquelle Saint-Marcel offrirait un bon potentiel, et a réclamé un moratoire.