L'abattoir Levinoff-Colbex a été acquis le 1er janvier 2006 par la fédération affiliée à l'Union des producteurs agricoles. Cette acquisition faisait suite à la découverte d'un cas de vache folle, en 2003, qui avait entraîné la fermeture de la frontière américaine, faisant chuter dramatiquement le prix des animaux auprès des abattoirs canadiens. Dans le contexte, elle est apparue à la Fédération comme la solution à sa dépendance.
Mais selon des documents obtenus par le Parti québécois et consultés par Le Soleil, l'entente convenue entre la FPBQ et le Groupe Cola (les frères Philip, Jack et Louis) contenait «de nombreux avantages en faveur du vendeur».
«Le contexte de la transaction en est un qui favorise le vendeur. Ce dernier qui ne souhaitait pas vendre a imposé un prix ferme de 50 millions $ en déclarant que les profits du présent exercice seront de l'ordre de 50 millions $», peut-on lire dans le compte rendu d'une réunion tenue le 11 février 2005 entre la FPBQ et le groupe de travail interministériel mis sur pied pour déterminer comment le gouvernement pouvait soutenir cette transaction.
Cette somme a permis d'acquérir 80 % des parts de la société en commandite créée pour l'occasion, le Groupe Cola conservant les 20 % restants. Dès avril 2006, toutefois, la Fédération rachetait la part des frères Cola pour 12,5 millions $, portant ainsi le coût d'achat final à 62,5 millions $.
Malaise des fonctionnaires
Les comptes rendus des réunions du comité interministériel tenues à l'hiver et au printemps 2005 montrent bien le malaise de ceux qui y siégeaient.
«On juge [...] le dossier comme étant très à risque», concluent les fonctionnaires lors de leur première rencontre, le 9 février 2005.
Dans une conférence téléphonique tenue le 16 février, le représentant du ministère du Développement économique se dit «surpris de la rentabilité des opérations de l'entreprise» déclarée par le vendeur. Son collègue de la Société générale de financement agroalimentaire s'interroge quant à lui «sur le bien-fondé pour le gouvernement d'injecter 20 millions $ dans un projet que l'on dit très rentable».
On apprend aussi dans ce document que la FPBQ n'a pas évalué les autres possibilités qui s'offraient à elle. Le représentant des Finances parle d'«un acheteur qui se braque sur une seule option sans envisager les alternatives».
Le 14 avril, les fonctionnaires font état d'un prix de vente «faramineux» et «excessif».
Le 25 mai, des propositions sont émises, mais il est encore question «d'irritants» dans le protocole signé entre la FPBQ et le Groupe Cola. L'octroi d'une subvention est jugé non pertinent. Le représentant d'Investissement Québec souligne «que le gouvernement fédéral devrait faire sa part dans le financement du projet», ce qui n'a pas été le cas, bien qu'Agriculture et Agroalimentaire Canada ait participé aux discussions.
Le gouvernement de Jean Charest a finalement adopté le 31 août un décret autorisant Investissement Québec à prêter 19 millions?$ à la FPBQ. Ce prêt est d'une durée de 10 ans, les trois premières années sans intérêt, apprend-on dans un autre document. En mars 2010, Levinoff-Colbex situait sa dette à 19,5 millions $.
Lors de l'étude des crédits du ministère de l'Agriculture, en avril 2011, le ministre Pierre Corbeil a rétorqué à la représentante du Parti québécois qui l'interrogeait sur les avis défavorables des fonctionnaires, en 2005, que ce n'était pas ce «genre d'enquête» qui allait permettre de régler le dossier aujourd'hui.