Les abeilles clairement affectées par les pesticides

Les néonicotinoïdes peuvent engendrer des modifications des enzymes... (Photothèque Le Soleil)

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Les néonicotinoïdes peuvent engendrer des modifications des enzymes du cerveau de l'abeille. L'insecte peut alors avoir de la difficulté à voler, à s'orienter ou à communiquer avec les membres de sa colonie.

Photothèque Le Soleil

(Québec) Des chercheuses québécoises viennent de démontrer que les abeilles qui butinent aux champs sont clairement affectées par les nouveaux pesticides utilisés en enrobage des semences. Cette démonstration serait une première mondiale, selon l'une des scientifiques impliquées.

Madeleine Chagnon est entomologiste et professeure associée à l'Université du Québec à Montréal (UQAM) et s'intéresse depuis des années à l'effet des pesticides sur les abeilles, et tout particulièrement des néonicotinoïdes, ces pesticides systémiques qui enrobent les semences et se diffusent dans la plante à mesure qu'elle pousse. Ils sont utilisés au Québec sur de très grandes superficies, dans la culture du maïs et du canola.

Dans le cadre d'une recherche de trois ans, elle a démontré dans un premier temps que des abeilles soumises en laboratoire à des doses connues de néonicotinoïdes développent des modifications au niveau des enzymes de leur cerveau. Sans nécessairement faire mourir l'abeille, ces modifications peuvent avoir un impact majeur sur le petit insecte pollinisateur: difficulté à voler, à s'orienter, à communiquer avec les membres de sa colonie. Des observations semblables ont d'ailleurs été faites ailleurs dans le monde.

Mme Chagnon et sa collègue toxicologiste Monique Boily, aussi de l'UQAM, seraient toutefois les premières à démontrer l'impact de ces pesticides sur les abeilles qui butinent librement aux champs, et dont, par définition, on ignore la quantité de pesticides ingérée. Cette démonstration a été faite grâce à l'analyse des biomarqueurs de quelque 6000 abeilles prélevées dans six régions du Québec, expliquait mardi Mme Chagnon en entrevue téléphonique.

Les ruches ont été déposées près de champs de maïs cultivé avec le pesticide en question, de même que près de champs de maïs biologique et dans des zones éloignées de ces cultures.

L'opération consistait à capturer des abeilles qui volaient et à les tuer rapidement en les posant sur de la glace sèche. Elles étaient ensuite conservées à une température de moins 80 degrés Celsius, jusqu'à l'analyse des enzymes de leur cerveau. Les chercheuses ont alors constaté que celles qui butinaient dans des champs de cultures utilisant les néonicotinoïdes présentaient les mêmes modifications que celles qui avaient été exposées au pesticide en laboratoire. En outre, des abeilles présentant un comportement erratique ou mortes ont aussi été découvertes dans ces ruches.

À l'inverse, les abeilles ne présentant pas d'anomalies provenaient d'endroits éloignés des cultures génétiquement modifiées, et les colonies y étaient davantage en santé.

Accumulation de preuves

Les recherches des deux Québécoises, dont le résultat a été remis mardi au ministère québécois de l'Agriculture, constituent une preuve de plus de ce que dénoncent depuis des années bien des apiculteurs sur le terrain, croit Jean-Pierre Chapleau, de la Fédération des apiculteurs du Québec.

Bien sûr, il n'y a pas que les pesticides qui affectent les butineuses, dit-il, et les apiculteurs ont du travail à faire pour améliorer la survie de leurs colonies. La Fédération est d'ailleurs en train d'élaborer un plan d'action à cet égard. L'une des phases de ce plan se déroulera en collaboration avec la Table agro-environnementale de l'Union des producteurs agricoles, pour sensibiliser les agriculteurs aux effets des pesticides.

Le plan vise aussi à développer une meilleure gestion des parasites, en collaboration avec les vétérinaires. La tendance croissante à louer les ruches pour polliniser sera aussi regardée, en raison du stress qu'elle peut occasionner. «Il y a des abeilles qui vont aux bleuets, aux pommes et aux canneberges, ça fait beaucoup de transport, ça!», s'exclame cet ancien reproducteur de reines, qui exploite encore 250 ruches en Estrie.

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