Une agricultrice de la Côte-de-Beaupré dénonce le dézonage

Brigitte Robinet et sa fille Olivia Robinet-Pigeon cultivent... (Le Soleil, Erick Labbé)

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Brigitte Robinet et sa fille Olivia Robinet-Pigeon cultivent des fines herbes et élèvent des moutons sur leur terre à Sainte-Anne-de-Beaupré.

Le Soleil, Erick Labbé

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Le Soleil

(Québec) Ne dites surtout pas à Brigitte Robinet que sa terre est petite. Avec sept hectares, elle trouve le moyen d'élever des moutons et de cultiver des fines herbes en attendant de réhabiliter un verger ancestral, premier obstacle entre sa jolie maison jaune et le fleuve Saint-Laurent.

Il n'en faut pas plus pour faire d'elle une agricultrice à part entière. Alors quand les élus municipaux de la Côte-de-Beaupré et la Commission de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ) viennent lui dire que ses champs ne sont bons qu'à faire pousser des maisons, elle avale carrément de travers.

«Je trouve ça épouvantable que la MRC décide à ma place de la vocation de mon lopin de terre», martèle la dame en entrevue au Soleil.

Dans une orientation préliminaire publiée le 17 novembre, la CPTAQ a annoncé son intention d'exclure 166 hectares de la zone agricole afin de permettre à la MRC de la Côte-de-Beaupré de construire des maisons pendant au moins 15 ans. Les terres de Mme Robinet et de ses voisins de la côte Sainte-Anne, à Sainte-Anne-de-Beaupré, font partie du lot.

Non pas que l'espace manquait tout autour, car il a été admis devant la CPTAQ que les municipalités situées en bordure du fleuve, à l'est de Québec, possédaient déjà 7333 terrains à construire pour un flot prévu de 4200 ménages. Seulement, ils n'étaient pas toujours stratégiquement situés. La Communauté métropolitaine de Québec s'est opposée au dézonage massif, mais l'Union des producteurs agricoles (UPA) y a donné son accord dans l'espoir de consolider les fermes existantes.

Trahie

En tant que joueur émergent, Mme Robinet se sent trahie. Elle a l'impression que son choix de produire à petite échelle n'est pas compris, pas respecté. «Je veux faire de l'agriculture, mais je ne me mettrai pas la corde au cou. Je veux que mon entreprise soit viable», explique-t-elle. Fille d'agriculteur, elle a vu son père «tomber avec les prix du veau» et s'est promis que ça ne lui arriverait jamais. Aussi a-t-elle décidé d'exploiter sa terre à temps partiel, tout en conservant son emploi d'organisatrice d'événements, de façon à ne pas y laisser sa chemise.

Son projet, démarré en 2000, prévoit la production de fines herbes et d'herbes médicinales cultivées sans produits chimiques. Ses moutons Katahdin, une race rustique, ont la tâche de nettoyer le verger, situé dans la falaise de l'autre côté du chemin, en plus de donner des agneaux qui seront vendus pour la viande. Sa fille Olivia, 16 ans, voudrait ajouter des vaches Highlander.

Mais ce portrait, aussi romantique soit-il, s'accorde mal avec l'arrivée de résidants venus de la ville. Déjà, des tensions se dessinent avec des voisins qui rouspètent contre les odeurs de fumier au printemps et les braiments de l'âne, mais ne se gênent pas pour rouler en quatre-roues dans les champs de foin bio et faire du motocross dans la sablière où pousse le genévrier.

Spéculation

«C'est de la petite pression à côté de ce qui s'en vient», craint Mme Robinet. Avec un compte de taxes dépassant déjà les 3000 $, elle ne voit pas comment les agriculteurs de son rang pourront conserver leurs terres. Son voisin immédiat, qui préfère ne pas être nommé, explique que la spéculation a déjà fait monter le dernier rôle d'évaluation et que les récentes transactions - certaines dépassent le million de dollars - laissent entrevoir une hausse de la valeur foncière difficile à supporter. Avec le dézonage, cette tendance ne peut que s'accélérer, dit-il.

Si les mécontents peuvent encore demander une réinclusion dans la zone verte, ils n'y croient pas beaucoup. Le changement de zonage dans la côte Sainte-Anne devrait permettre à la municipalité de Sainte-Anne-de-Beaupré de tirer de nouveaux revenus de taxes grâce à la construction potentielle de 19 maisons. Le maire Jean-Luc Fortin a aussi clairement indiqué son intention de demander des subventions pour faire passer l'aqueduc et l'égout. «Est-il éthiquement raisonnable d'exclure de la zone agricole des parcelles de terre pour des seules fins de subventions?» demande Mme Robinet dans une lettre adressée à la CPTAQ, qui accueillait les commentaires sur ce dossier jusqu'à la semaine dernière.

Dans cette missive sous forme de cri du coeur, l'agricultrice plaide d'ailleurs pour la protection des terres de l'ensemble de la MRC. «Il est reconnu que chaque décision d'exclusion démobilise et déstructure le milieu agricole alors que l'agriculture sur la Côte-de-Beaupré tente par tous les moyens de se restructurer par des cultures adaptées aux sols et à la configuration de ceux-ci», déplore Mme Robinet.

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