Il y a deux semaines, j'ai eu le malheur de qualifier de droite agricole le nouveau Conseil des entrepreneurs agricoles (CEA), qui regroupe l'Association des jardiniers maraîchers du Québec (AJMQ), les Céréaliers du Québec et l'Association des érablières-transformateurs des produits de l'érable. Ces associations sont membres de la Coalition pour la liberté d'association en agriculture du Québec (CLAAQ), qui milite en faveur de l'abolition du monopole syndical de l'Union des producteurs agricoles (UPA). L'Union paysanne, associée à la gauche, en fait aussi partie.
Les réactions n'ont pas tardé. Ceux-là ne seraient pas assez à gauche, les autres, pas si à droite. Quant au centre, occupé par l'UPA, il serait trop disparate. Visiblement, les positionnements sur l'échiquier politique indisposent plusieurs Québécois. Sans être parfaite, la référence à la gauche et à la droite a toutefois le mérite de situer des acteurs encore peu connus du grand public. Habitués au mélange des genres sur la scène politique québécoise, il serait d'ailleurs surprenant que les citoyens cantonnent les associations dans une position caricaturale.
Retournons tout de même au dictionnaire. Pour définir la droite, le Petit Robert parle de «fraction de l'opinion publique conservatrice ou réactionnaire». Oublions les réactionnaires pour nous concentrer sur les conservateurs, qui font aujourd'hui la promotion d'un État minimal et d'un libéralisme économique total, entre autres choses.
Lors de son lancement, le Conseil des entrepreneurs agricoles (CEA) a insisté sur son intention de «regrouper les agriculteurs qui se caractérisent par leur esprit d'entreprise et leur désir de gérer eux-mêmes leur ferme». Son président, Gilles Brouillard, parle de «droit de choisir» et ne se gêne pas pour critiquer le contrôle exercé sur la mise en marché par plusieurs branches de l'UPA.
Son groupe d'attache, les Céréaliers du Québec, est d'ailleurs engagé depuis plusieurs années dans une lutte juridique avec la Fédération des producteurs de cultures commerciales du Québec, qui tente d'organiser la mise en marché des céréales. Les producteurs-transformateurs de sirop d'érable ont également tenté de s'extirper du plan conjoint qui contrôle la production et fixe le prix minimal de la matière première. Ce qui ne les empêche pas de profiter de la hausse phénoménale de la demande et des prix des dernières années. Quant aux maraîchers, ils ont maintes fois rejeté l'idée de pouvoirs accrus pour la Fédération des producteurs maraîchers du Québec, associée à l'UPA.
Rôle de l'État
Sur la question du rôle de l'État, les positions sont toutefois plus floues. En effet, il se trouve très peu de céréaliers pour dire que les gouvernements du Québec et du Canada devraient cesser de subventionner l'agriculture, surtout que leurs homologues américains et européens ne se gênent pas pour le faire. Les maraîchers, par contre, peuvent se vanter d'être des self made farmers puisque les budgets de recherche et les programmes de sécurité du revenu ne leur étaient pas destinés jusqu'à tout récemment.
Nouveau retour au dictionnaire. Pour la gauche, le Petit Robert parle de la fraction de l'opinion publique qui «professe des idées avancées, progressistes». Ce ne sont pas les membres de l'Union paysanne qui vont rouspéter ici puisque les qualificatifs sont plutôt flatteurs.
Il est d'ailleurs vrai qu'en huit ans d'existence, le regroupement a poussé des concepts novateurs, bien que souvent inspirés de ce qui se fait ailleurs, particulièrement en Europe. Produits différenciés et à valeur ajoutée, circuits courts de distribution, modes de production plus respectueux de l'environnement ont ainsi trouvé leur place dans les campagnes et, depuis peu, dans les politiques gouvernementales.
Mais dans la tête des électeurs, la gauche est aussi synonyme d'égalitarisme et d'interventionnisme étatique. S'il est vrai que l'Union paysanne dénonce l'inégalité des aides versées aux différentes productions agricoles, il n'est pas vrai de dire qu'elle considère le trésor public comme un puits sans fond. À preuve, elle a été la première à applaudir la proposition de limiter les sommes investies dans les programmes de sécurité du revenu... à condition d'en redistribuer une partie à ceux qui en étaient exclus jusqu'à maintenant.
Quant au centre, il se situe tout simplement entre ces deux extrémités. L'UPA est un incroyable mélange des genres. De la droite et de la gauche, elle doit faire émerger un consensus, quitte à couper les demi-poires en deux. C'est ce message passé au tamis qu'elle porte au gouvernement, qui serait bien malvenu de l'ignorer. Le problème, c'est qu'en ces années d'individualisme débridé, de plus en plus de membres sont mal à l'aise avec la formule et veulent faire valoir eux-mêmes leurs idées, sans filtre, quitte à devoir jouer du coude avec le voisin. On appelle ça faire de la politique.
Cette chronique fait relâche pour la belle saison et sera de retour en septembre. Bon été!