Terres agricoles: la politique du moins pire

La MRC La Côte-de-Beaupré cherche toujours à mettre... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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La MRC La Côte-de-Beaupré cherche toujours à mettre la main sur des centaines d'hectares pour répondre à la demande de terrains résidentiels.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

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(Québec) Pris entre l'arbre et l'écorce, ou plutôt entre le champ et la banlieue, les agriculteurs tentent de préserver les terres agricoles sans faire obstacle au développement des villes et des entreprises. Mission impossible?

Les dossiers de dézonage font beaucoup de bruit dans la région de Québec depuis quelques années. Sur la Rive-Sud, le tracé du pipeline d'Ultramar a beaucoup fait jaser. Idem pour le projet de terminal méthanier de Rabaska. Plus récemment, sur la Rive-Nord, la Ville de Québec a demandé d'exclure de la zone verte les anciennes terres de la ferme SMA en bordure du boulevard D'Estimauville, tandis que la MRC La Côte-de-Beaupré cherche toujours à mettre la main sur des centaines d'hectares pour répondre à la demande de terrains résidentiels dans l'est. Saint-Augustin s'en vient avec une demande similaire pour l'ouest.

Dans chacun de ces cas, l'Union des producteurs agricoles (UPA) ne s'est pas opposée aux demandes présentées à la Commission de la protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ). De là à dire que c'était le parfait accord, il y a toutefois un pas. Car en cette matière, aucun oui n'est donné sans un mais.

Profitant d'un statut d'intervenant privilégié, l'UPA est tenue de se prononcer sur chacun des quelque 3000 dossiers traités chaque année par la CPTAQ. Chaque fois, ses représentants locaux se posent deux questions, inspirées par la législation. Est-ce que le projet peut se faire ailleurs? Si c'est oui, fin de la discussion. Si c'est non, comment faire pour épargner au maximum la zone agricole?

Dans des petits dossiers, souvent résidentiels, il arrive qu'il soit possible de déménager. Pour les gros morceaux, les villes ont toutefois le don de présenter les changements comme incontournables et l'UPA de se laisser convaincre. Arrive donc la deuxième question, qui consiste à trouver une solution de «moindre impact» sur la zone agricole.

La Côte-de-Beaupré vient de passer au travers du processus. Conscients que les municipalités environnantes affichaient presque complet, les élus du syndicat de base de l'UPA ont négocié avec la MRC et remanié la demande d'exclusion initiale qui visait plus de 300 hectares de bonnes terres agricoles, soit l'équivalent de 725 terrains de football. Les agriculteurs ont laissé aller des secteurs qui les intéressaient moins, plus près des zones urbanisées, et ont insisté pour en conserver d'autres à proximité des fermes existantes.

Ensemble, les deux parties ont ramené les demandes à 190 hectares. En moins d'une dizaine de rencontres. Ils ont même innové en s'entendant sur le transfert de la couche de terre la plus productive (les 30 centimètres du dessus) des lots sacrifiés vers des sols plus pauvres.

«Quand on perd des terres agricoles, personne n'est jamais très content», soupire Réjean Morency, président du syndicat de base de la Côte-de-Beaupré, qui refuse d'être présenté comme un partisan du dézonage. Mais en même temps, il se réjouit de l'entente signée avec la MRC parce que «ça va permettre à tout le monde de souffler et d'investir». Le flou qui entoure la spéculation foncière - dézonera, dézonera pas - empêche souvent les agriculteurs de planifier toute expansion.

Développement obligé

Et puis il y a cette idéologie du développement à tous crins, dans laquelle les producteurs agricoles baignent comme le reste de la société. «Si on ne fait rien, on a l'air des méchants!» résumait la semaine dernière Alain Juneau, président du syndicat de base

Québec-Jacques-Cartier, interrogé sur le laisser-aller de l'UPA dans le dossier de l'ancienne ferme SMA.

«Ça prend tellement de temps que les gens se découragent. Ils ont peur de perdre davantage», alors ils négocient avec les envahisseurs pour limiter les dégâts, admet Christian Lacasse, président de l'UPA, qui laisse aux représentants locaux le soin de gérer les dossiers d'aménagement. Quand elle y met son nez, il arrive d'ailleurs parfois que l'administration centrale soit plus intransigeante. Ce fut le cas pour le projet Rabaska, approuvé au niveau local, puis invité à déménager par les instances nationales.

La solution magique à tous ces chassés-croisés existe. C'est la planification à long terme des besoins pour chacun des usages de la terre (résidentiel, industriel, commercial, agricole) consignée dans un document légal qui s'appelle schéma d'aménagement. Les communautés métropolitaines devraient en avoir un nouveau depuis 2000, mais tardent à s'exécuter. Le gouvernement annonce la fin de la récréation. Reste à voir si les élèves vont rentrer dans le rang. Pour ne pas prendre de risque, les groupes environnementaux et les simples citoyens feraient bien de se joindre aux agriculteurs pour leur pousser dans le dos.

 

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