L'adolescence du blé québécois

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Pour les meuneries, la qualité du blé québécois n'est plus à discuter; c'est plutôt la constance qui pose problème.

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(Québec) Les petits producteurs de blé panifiable biologique ou sans intrants chimiques sont victimes du succès de leurs grains. Maintenant que des boulangeries semi-industrielles les adoptent, les minoteries réclament des lots plus imposants et plus uniformes qui favorisent les gros joueurs ayant flairé la bonne affaire.

Robert Beauchemin, président de la meunerie La Milanaise et partenaire des Moulins de Soulanges, ne cache pas qu'il préfère s'approvisionner auprès de producteurs capables de livrer de grosses quantités de blé de la variété souhaitée, et ce, au moment où il le désire.

«C'est rassurant de faire affaire avec de plus gros agriculteurs parce qu'ils ont une capacité de stockage à l'année», explique le plus important acheteur de blé panifiable non conventionnel au Québec, rappelant que «le pain se mange à l'année». Les plus petits producteurs veulent plutôt écouler leur blé rapidement, parfois dès la récolte ou au plus tard en début d'année suivante, entraînant une congestion sur le marché.

C'est ce qui se passe en ce moment. Des petits producteurs de blé biologique se plaignent de ne pas trouver preneur pour les grains battus l'été dernier. Et quand il y a de l'intérêt, les prix sont beaucoup plus bas qu'ils ne l'étaient ces dernières années. Après avoir atteint des sommets, dépassant parfois les 1000 $ la tonne, les cours du blé et des autres céréales sont revenus à des niveaux plus modestes, entre 300 et 400 $ la tonne en moyenne.

En plus de la récession, il faut accuser la pluie des deux derniers étés. L'humidité rend le blé plus susceptible aux maladies, notamment à la fusariose, qui favorise le développement de toxines dangereuses pour la santé. Résultat, beaucoup de blé destiné à la consommation humaine a été détourné vers les animaux.

Or, pour les meuneries, la qualité n'est plus à discuter. Les Moulins de Soulanges, qui approvisionnent en blé 100 % québécois Première Moisson et d'autres boulangeries semi-industrielles, veulent de la constance dans le produit. Si les boulangers artisans sont capables d'ajuster les recettes pour tenir compte des variations dans la texture et le goût, les machines qui pétrissent le pain ne font pas la différence. Les opérateurs exigent de la farine qu'elle se comporte de la même façon chaque fois qu'ils appuient sur le bouton.

«C'est pareil pour tout le monde, on ne peut pas moudre un mauvais grain», confirme Hubert Lacoste, des farines biologiques Abénakis, de Sainte-Claire, dans Bellechasse, qui achète sa matière première dans l'Ouest et complète au Québec «quand le blé est bon».

Selon lui, les petits producteurs de blé bio ou sans intrants chimiques auraient avantage à se regrouper pour nettoyer et mélanger leurs lots et ainsi offrir un produit plus uniforme, avec suffisamment de protéines et pas trop de toxines. C'est ce qui se passe avec le grain conventionnel, qui doit obligatoirement être livré aux entrepôts de la Fédération des cultures commerciales du Québec, liée à l'Union des producteurs agricoles (UPA).

Certains intermédiaires privés ont commencé à faire ce travail. David Proulx, des Semences RDR Proulx, de Nicolet, est un de ceux-là. Il constate qu'il y a plus de blé disponible sur le marché - et de moins bonne qualité - cette année. Il croit qu'il s'agit de «problèmes de logistique temporaires», mais il ne serait pas surpris que les petits producteurs trouvent refuge dans d'autres cultures.

«Moi, au prix actuel, ce n'est pas rentable que j'en fasse», confirme l'un d'eux, qui a l'impression de s'être fait «entourlouper» par les meuneries se disant à la recherche constante de blé québécois. «C'est l'adolescence : les boutons sortent!» réplique Robert Beauchemin, qui comprend que «certains peuvent se sentir mis de côté par l'évolution de l'industrie. Mais il répète que ses achats de blé québécois sont en augmentation et qu'ils représentent toujours 75 % du total de ses approvisionnements.

Pierre Labonté, président du Syndicat des producteurs de grains biologiques, estime que les producteurs devront s'adapter à la nouvelle réalité. Plus il y aura de blé produit au Québec, plus il devra être beau et bon, résume-t-il, car il n'est pas acquis qu'il sera coupé avec des grains de l'Ouest. Les lots plus stables seront donc favorisés.

En 2009, il s'est planté au moins 31 000 hectares de blé destiné à la consommation humaine au Québec, selon les statistiques de l'assurance stabilisation des revenus agricoles publiées par la Financière agricole du Québec. La quasi-totalité de cette superficie était constituée de blé panifiable. La production annuelle tourne autour de 60 000 tonnes, toutes qualités confondues.

Les prix du marché ne couvrant pas les coûts de production, des compensations de 15 millions $ ont été versées à plus de 1000 producteurs en 2009, en plus d'un montant de 924 314 $ décaissé par l'assurance récolte. Le tiers de ces sommes provient des primes payées par les producteurs eux-mêmes. Les deux années précédentes avaient été plus rentables.

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