Airbnb: un mois de loyer en quatre jours

Olivier Donzelot a loué son ancien appartement pour... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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Olivier Donzelot a loué son ancien appartement pour deux jours sur la plateforme Web d'hébergement Airbnb. La facture pour chaque nuitée : 325 $. Son objectif : faire cesser les activités.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

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(Québec) «Bonjour, je suis votre nouveau propriétaire. Je souhaite résilier votre bail, car mon père et sa conjointe vont s'installer dans ce logement.» Quelques mois plus tard, l'appartement revampé du Vieux-Québec figure sur le site Airbnb tout comme les deux autres logements de l'édifice.

Olivier Donzelot digère encore bien mal ce tour de passe-passe de son ancien propriétaire qui a acheté l'établissement en août 2016. Au départ, celui qui a déboursé au cours des dernières années d'importantes sommes pour rénover son hôtel, le Château Fleur de Lys, n'avait pas l'intention de déménager. Cet investissement ne figurait pas dans son budget. Surtout que son logis où il habitait depuis mai 2014 se trouvait à environ 100 mètres de son boulot.

Aujourd'hui, il habite dans un condo du Vieux-Québec et mène une croisade contre les utilisateurs d'Airbnb non conformes à la loi. Mardi soir, il s'est présenté avec un responsable de la Ville de Québec dans son ancien appartement situé sur l'avenue Sainte-Geneviève. Il a loué l'endroit pour deux jours sur la plateforme Web d'hébergement. La facture pour chaque nuitée : 325 $. Son objectif : faire cesser les activités.

«Mon loyer était de 1125 $ par mois, cela représentait environ 35 $ par jour. En quatre jours, le propriétaire fait davantage d'argent avec Airbnb qu'avec des locataires. [...] C'est déplorable, car le centre-ville est sur le point de devenir un musée où il n'y a plus personne qui y demeure à l'année», avance M. Donzelot. Ce dernier a eu une période de six mois pour faire ses valises. 

«Je n'ai rien contre l'utilisation d'Airbnb, mais cela doit se faire dans la légalité afin d'avoir une concurrence loyale. Actuellement, le propriétaire de mon ancien appartement ne détient aucune attestation et il ne paie pas de taxes [liées à l'hébergement]. Pour mon hôtel, je débourse 44 000 $ en taxes municipales par année», poursuit-il. «C'est frustrant, surtout qu'il ne m'a pas donné la bonne raison dans l'avis de reprise de logement. C'était un faux prétexte.»

Effectivement, Tourisme Québec a confirmé au Soleil que l'édifice comptant trois appartements ne détient aucune attestation touristique.

Selon des données du site Inside Airbnb, on compte présentement 1085 logements entiers et 794 chambres individuelles à louer à travers la capitale. Le marché de la ville de Québec représente des revenus annuels d'environ 16 millions $. Airbnb a annoncé mardi que l'entreprise américaine versera au gouvernement du Québec la taxe sur l'hébergement de 3,5 %, un pas dans la bonne direction selon plusieurs hôteliers. Cela aurait représenté 3,7 millions $ pour 2016.

Toutefois, selon M. Donzelot, le gouvernement et les municipalités doivent agir davantage dans le dossier des plateformes Web d'hébergement, car les propriétaires illégaux sont «encore très nombreux».

«Il faut que les villes défendent leurs citoyens. Il y a des règles à suivre. C'est une forme de crime organisé. Je pense qu'en période électorale, les politiciens devraient prendre position sur Airbnb», dit-il.

Pas une surprise

Pour le Regroupement des comités logements et associations de locataires du Québec, le cas de M. Donzelot n'est pas une surprise. 

«Il y a de plus en plus de propriétaires qui transforment leur établissement pour faire du Airbnb. C'est une situation déplorable. On met à la rue des locataires pour faire plus d'argent», confie le porte-parole Maxime Roy-Allard. «On voit assez souvent des reprises de mauvaise foi. D'ailleurs, on constate de plus en plus de cas», ajoute-t-il, précisant que les locataires ont des recours juridiques.

En effet, selon l'article 1968 du Code civil du Québec : «Le locataire peut recouvrer les dommages-intérêts résultant d'une reprise ou d'une éviction obtenue de mauvaise foi, qu'il ait consenti ou non à cette reprise ou éviction. Il peut aussi demander que celui qui a ainsi obtenu la reprise ou l'éviction soit condamné à des dommages-intérêts punitifs».

Du côté du Bureau d'animation et d'information logement du Québec métropolitain, le phénomène Airbnb entraîne une pression supplémentaire sur les épaules des locataires. 

«Nous avons déjà entendu des locataires avoir des menaces. Par exemple, si tu n'acceptes pas la hausse de loyer, je vais reprendre l'appartement pour faire du Airbnb», raconte au bout du fil le responsable des communications Jonathan Carmichael. «Ce n'est pas un cas d'espèce, les pratiques abusives des propriétaires», ajoute-t-il.

Pour la Régie du Logement, il est illégal d'utiliser un faux motif pour reprendre un appartement. Toutefois, le propriétaire peut évincer un locataire pour agrandir, subdiviser ou changer d'affectation son établissement. 

Selon l'article 1966 du Code civil, «le locataire peut, dans le mois de la réception de l'avis d'éviction, s'adresser au tribunal pour s'opposer à ces changements. S'il y a opposition, il revient au locateur de démontrer qu'il entend réellement subdiviser le logement, l'agrandir ou en changer l'affectation et que la loi le permet».

M. Donzelot n'a pas voulu confirmer s'il se tournerait maintenant vers les tribunaux.

Mardi, il n'a pas été possible de parler au propriétaire de l'immeuble du Vieux-Québec.

Qui et où est Mary?


Comme pour plusieurs utilisateurs d'Airbnb, Olivier Donzelot a effectué sa réservation d'un logement par Internet. Les échanges se sont déroulés par courriel. Mardi, Le Soleil a essayé de joindre Mary, la responsable du logement. 

Le numéro de téléphone se retrouve dans la confirmation de réservation pour l'appartement du Vieux-Québec. 

«Contactez Mary pour vous entendre sur l'arrivée et organiser la remise des clés», peut-on lire dans le courriel. Un homme répond au bout du fil. Il ne connaît pas de Mary. «Le propriétaire de l'immeuble est à l'extérieur du pays pour un mariage», souligne-t-il. 

«Je ne m'occupe pas de sa business. Parfois, il communique avec moi pour faire des petites réparations. Je ne sais pas pourquoi mon numéro est dans les réservations», poursuit-il. 

Lorsqu'on regarde le profil Airbnb de Mary, elle serait de Victoria, en Colombie-Britannique. Elle est membre de la plateforme depuis juin 2017. 

Lorsqu'on clique sur le profil des personnes ayant laissé un message de satisfaction sur la page de Mary, on peut remarquer que la femme a également commenté de façon positive l'établissement de chacune de ces personnes.

Airbnb au Québec

2600 $ : revenus annuels d'un hôte-type 

22 300 hôtes actifs

38 nuits d'hébergement pour une inscription-type, par année 

Recouvrement de la taxe sur l'hébergement : le total des taxes perçues pour 2016 aurait été de l'ordre de 3,7 millions $ pour la province de Québec

Dans la dernière année, presque un million de voyageurs ont visité le Québec en utilisant les services d'Airbnb

Source : Airbnb




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