Les jeunes Taïwanais choisissent l'emploi avant les principes

Une femme présente les postes à pourvoir dans... (AFP, Sam Yeh)

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Une femme présente les postes à pourvoir dans la province de Fujian, en Chine, lors d'une foire aux emplois à Taipei. La Chine, par sa politique d'influence culturelle et économique à l'étranger, vise à attirer de jeunes taïwanais sur son territoire.

AFP, Sam Yeh

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Agence France-Presse
Taipei

Taïwan est depuis longtemps habituée à voir ses alliés internationaux changer leur fusil d'épaule et se ranger du côté de la puissante Chine. Aujourd'hui, l'île redoute une fuite de ses cerveaux alors que les jeunes vont chercher du travail chez sa rivale.

Depuis l'arrivée au pouvoir en 2016 de Tsai Ing-wen, la présidente issue d'un parti traditionnellement hostile à Pékin, les relations se sont dégradées entre les deux rives du détroit de Formose. La Chine a coupé toute communication officielle avec Taipei.

Pékin considère toujours l'île qui vit sa propre destinée depuis 1949 comme partie intégrante de son territoire.

Les Taïwanais, en particulier les jeunes, sont fiers de leur identité taïwanaise. Ces dernières année, la jeunesse a été à l'avant-garde du ressentiment antichinois, comme en 2014 pendant le «mouvement des Tournesols», campagne contre un accord de libre-échange avec Pékin.

Mais les salaires des jeunes sortis de l'université n'ont pas bougé depuis les années 90, stagnant sous les 30 000 dollars de Taïwan mensuels (1245 $CAN). Les prix à la consommation et l'immobilier se sont envolés, ce qui incite au pragmatisme.

Dans le cadre du soft power, politique d'influence culturelle et économique à l'étranger, la Chine tente de séduire les jeunes talents taïwanais.

Katherine Wang, 33 ans, a quitté son emploi d'enseignante de maternelle pour cofonder une société à Xiamen, dans le sud-est de la Chine, qui offre aux jeunes Chinoises des cours divers.

Elle «n'a aucun espoir» pour l'économie taïwanaise. «Je suis heureuse de travailler à Xiamen. Je veux me faire un nom, qu'on s'étende dans toute la Chine».

Le logement et le bureau de Mme Wang sont gratuits, résultat des largesses de la ville de Xianmen en direction des entrepreneurs.

D'après le Bureau chinois des affaires taïwanaises, plus de 6000 jeunes Taïwanais travaillent ou font des stages dans une cinquantaine de pépinières d'entreprises en démarrage ouvertes depuis 2015.

De hauts responsables politiques et de grands patrons, comme le Premier ministre Li Keqiang et le fondateur d'Alibaba Jack Ma y ont aussi mis du leur pour attirer les Taïwanais.

Mme Wang dit qu'elle n'a pas d'opinions politiques, mais d'autres les laissent de côté pour trouver du travail.

Le travail d'abord

Un Taïwanais d'une vingtaine d'années explique à l'AFP sous couvert de l'anonymat qu'il a choisi de travailler en Chine même s'il est pour l'indépendance de Taïwan, un concept jugé intolérable par Pékin.

Taïwan, une démocratie à part entière, n'a jamais officiellement déclaré son indépendance. Pékin l'a menacée d'intervenir militairement dans un tel cas.

«J'essaye simplement de faire bien mon boulot», dit l'employé anonyme, qui espère que la Chine lui servira de tremplin pour une carrière internationale.

«Mes collègues chinois disent parfois des trucs comme "Taïwan fait partie de la Chine" mais ça, c'est leur liberté d'expression».

Les relations économiques bilatérales sont déjà bien établies.

Après la levée des restrictions à la fin des années 80, les entreprises taïwanaises s'étaient ruées en Chine pour exploiter ses ressources et sa main d'oeuvre bon marché.

La Chine est le plus important partenaire commercial et marché de Taïwan. L'année dernière, Taipei y a exporté pour 112 milliards $, soit 40 % du total.

Mais Pékin sait aussi «qu'elle doit adopter la manière douce et se servir de carottes pour attirer [les jeunes] dans l'espoir que cela aura des conséquences à des moments cruciaux, comme pendant l'élection présidentielle», explique à l'AFP Shih Cheng-feng, analyste à l'Université nationale Dong Hwa.

«Les jeunes ne sont peut-être pas prochinois, mais leur hostilité peut être atténuée, et pour Pékin, c'est un investissement qui vaut le coup».

À Taïwan, il n'y a pas de chiffres officiels sur le nombre de jeunes qui travaillent en Chine.

Mais une enquête publiée en mars par le magazine Global View de Taipei montrait que 60 % des sondés âgés de 20 à 29 ans étaient d'accord pour y travailler.

Récemment, plus de 1500 Taïwanais ont fait acte de candidature pour 80 postes basés à Pékin proposés par la compagnie chinoise Hainan Airlines, selon la presse officielle chinoise.

Certains se félicitent d'un courant qui favorisera la stabilité à un moment où les relations officielles se dégradent.

D'autres dénoncent la fuite des cerveaux.

Récemment, le Liberty Times de Taïwan accusait Pékin de tenter de diviser le territoire et de détourner la jeunesse de ses idéaux.

«Si les jeunes générations n'ont pas d'espoir dans Taïwan, si la pauvreté est un état de fait, comment pourraient-ils se sentir obligés de défendre la démocratie?»




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