Couillard prône une «union sacrée» sur le bois d'oeuvre

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Le gouvernement américain a décidé, lundi, de frapper l'industrie forestière canadienne d'un droit préliminaire antidumping de 6,87 %, qui s'ajoute à un droit compensateur de 19,88 %. Cette mesure coûtera 1,7 milliard $ en un an aux producteurs canadiens.

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Caroline Plante
La Presse Canadienne
Québec

Tous les acteurs de la société québécoise doivent se serrer les coudes et former une «union sacrée» face à une nouvelle crise du bois d'oeuvre, a déclaré le premier ministre Philippe Couillard, mardi, lors d'une rencontre à l'Assemblée nationale.

L'union sacrée fait référence au mouvement de rapprochement politique qui a soudé les Français de toutes tendances lors du déclenchement de la Première Guerre mondiale.

M. Couillard a dit s'inspirer de ce mouvement «toutes proportions gardées, parce qu'heureusement on n'est pas dans une situation de conflit militaire», en rappelant qu'en France, les forces de la société s'étaient alliées sans partisanerie pour «assurer le succès de la collectivité», lors d'une période particulièrement éprouvante et importante pour l'avenir de leur pays.

Le chef du gouvernement était entouré, mardi, de représentants du monde des affaires, du secteur agricole, du milieu syndical et artistique, ainsi que de plusieurs ministres de son cabinet.

Il les avait conviés à une table ronde - une première aussi élargie - afin de faire le point sur les relations commerciales entre le Québec et les États-Unis.

Mais un thème s'est rapidement imposé: la décision du gouvernement américain, lundi, de frapper l'industrie forestière canadienne d'un droit préliminaire antidumping de 6,87 %, qui s'ajoute à un droit compensatoire de 19,88 %.

S'adressant aux participants en début de rencontre, M. Couillard a plaidé pour que tous accentuent le dialogue avec leurs vis-à-vis respectifs, en multipliant les interventions, afin de faire la «promotion des marchés ouverts».

Les ministres de son gouvernement ont déjà effectué 19 missions aux États-Unis depuis janvier, a-t-il illustré.

«Vous savez le Québec ne peut pas fonctionner sans exporter et notre principal partenaire, c'est le partenaire américain, a renchéri Yves-Thomas Dorval, du Conseil du patronat, en disant comprendre que les Québécois puissent être «préoccupés».

Les droits compensatoires visent à contrebalancer ce que les États-Unis considèrent comme des subventions illégales au Canada alors que les tarifs antidumping constituent une réplique à des prix de vente qui seraient inférieurs à ceux du marché.

Perte de 2200 emplois

Le Conference Board du Canada a déclaré, lundi, que les droits compensatoires américains coûteront 1,7 milliard $ en un an aux producteurs canadiens et se traduiront par une réduction de 2200 emplois.

Au Québec, ce sont quelque 300 millions $ en droits compensatoires et antidumping qui seront versés d'ici un an, estime l'industrie forestière. Par contre, les droits compensatoires sont surtout refilés aux consommateurs américains. Le ministre des Forêts, Luc Blanchette, parle d'un contexte «plutôt favorable» compte tenu du taux de change et d'une demande très forte pour le bois d'oeuvre sur le marché américain.

S'il n'y a pas de pertes d'emplois à l'horizon dans l'immédiat, la ministre de l'Économie, Dominique Anglade, assure rester très «vigilante». Le gouvernement aidera les entreprises et les communautés à traverser la tempête, a-t-elle dit.

Une vingtaine d'entreprises sont d'ailleurs en discussions «actives» avec le gouvernement afin d'obtenir une forme d'aide. Une seule en a fait la demande officielle en date d'aujourd'hui, a-t-elle précisé.

«Il faut appuyer notre industrie du bois d'oeuvre; tout le monde est enligné dans la même direction et il faut être ensemble aussi pour la renégociation de l'ALENA», a affirmé Serge Cadieux, secrétaire général de la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ), au sortir de la rencontre.

C'est que l'avenir de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) était aussi au coeur des discussions de la table ronde sur les relations Québec-États-Unis.

Certains, dont les chercheurs de l'Institut économique de Montréal, prétendent qu'il pourrait être bénéfique d'abolir la gestion de l'offre canadienne, qui protège la production de lait, oeufs et volaille, en échange d'un règlement sur le bois d'oeuvre.

Les deux secteurs sont exclus de l'ALENA actuel et emploient plus de 200 000 personnes au Canada.

«Ça démontre une méconnaissance des enjeux commerciaux», a lancé le président de l'Union des producteurs agricoles (UPA), Marcel Groleau, avant de quitter l'Assemblée nationale, mardi.

«Ça ne fonctionne pas comme ça. Ce ne sont pas les mêmes états qui ont des intérêts dans ces dossiers-là. L'Oregon n'a pas d'intérêts dans le secteur laitier; le Wisconsin a beaucoup moins d'intérêts dans le secteur forestier», a t-il ajouté.

Une entente ou les tribunaux

En dépit d'une nouvelle mesure punitive imposée sur les exportations canadiennes de bois d'oeuvre, Ottawa continuera de travailler avec Washington pour tenter de trouver une entente, affirme le premier ministre Justin Trudeau.

À Ottawa, mardi, M. Trudeau a rappelé que le Canada avait toujours obtenu gain de cause devant les tribunaux commerciaux lors des dernières disputes sur le bois d'oeuvre avec les États-Unis.

Le premier ministre a ajouté qu'il s'attendait à un dénouement similaire si les deux pays doivent emprunter la voie juridique pour régler le litige actuel.

Les travailleurs devraient être épargnés pour l'instant

Bien que les nouvelles sanctions à l'endroit du bois d'oeuvre canadien laissent l'industrie forestière sur le qui-vive, ses travailleurs ne devraient pas faire les frais de licenciements massifs à court terme.

Le portrait pourrait toutefois changer lorsque les autorités américaines auront pris leurs décisions définitives sur les droits punitifs plus tard cette année ou si les prix du bois chutent.

«C'est une tuile additionnelle qui nous tombe sur la tête», a affirmé mardi le directeur québécois du syndicat Unifor, Renaud Gagné, en commentant le droit antidumping préliminaire de 6,87 % imposé la veille par le département américain du Commerce.

En combinant cette mesure au droit compensatoire moyen de 19,88 % annoncé en avril, les exportations canadiennes de bois de sciage sont maintenant frappées d'une taxe frontalière d'environ 27 %.

Cela n'empêchera pas le Canada de continuer de travailler avec Washington pour tenter de trouver un terrain d'entente, a affirmé le premier ministre Justin Trudeau, à Ottawa.

«À chaque fois, les tribunaux [commerciaux] finissent par nous donner raison et rejettent ces décisions américaines», a-t-il dit en conférence de presse, ajoutant qu'il s'attendait à un dénouement similaire dans la dispute actuelle.

Même si Québec et Ottawa ont prévu respectivement 300 et 867 millions $ pour épauler l'industrie forestière, «tout le monde est sur le qui-vive», affirme M. Gagné, qui souhaite que la dispute sur le bois d'oeuvre se règle d'ici la mi-août, avant que ne débute la renégociation de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA).

Unifor représente quelque 13 500 travailleurs du secteur forestier, soit environ deux fois moins par rapport à il y a une décennie.

Réduction des heures

Depuis avril, Produits forestiers Résolu (TSX : RFP) a réduit le nombre d'heures de travail dans sept de ses scieries en plus de retarder le début d'activités en forêt, ce qui a touché 1282 travailleurs. L'entreprise refuse de dire si elle compte prendre d'autres mesures similaires prochainement.

Selon le directeur québécois d'Unifor, certaines scieries pourraient profiter des vacances de leurs employés au cours de la saison estivale pour interrompre temporairement leurs activités afin de s'adapter aux conditions du marché.

Le Conference Board du Canada estime que les droits punitifs américains coûteront 1,7 milliard $ en un an aux producteurs canadiens et se traduiront par une réduction de 2200 emplois.

Pour le moment, au Québec, certaines entreprises semblent avoir les reins assez solides pour éviter les mises à pied.

Le marché du bois d'oeuvre au sud de la frontière représente environ 40 % des ventes de l'entreprise. Quelque 500 de ses 850 emplois sont également liés à ce secteur.

Malgré les sanctions du département du Commerce, l'appétit des Américains pour le bois de sciage canadien est rendez-vous et les prix demeurent élevés, a constaté M. Verreault.

De son côté, Raynald Martel, président de Groupe Martel, qui exploite une scierie de 25 employés à Alma, au Lac-Saint-Jean, ne s'inquiète pas pour la saison estivale, étant donné que l'entreprise n'exporte pas aux États-Unis.

Il y a toutefois un «gros point d'interrogation» à moyen terme, advenant que les droits punitifs à la frontière freinent les envois.

«Si on exporte moins de bois aux États-Unis, il va y en avoir plus au Québec et les prix vont baisser, a raconté M. Martel. C'est ce qui m'inquiète le plus. Pour le moment, puisque le prix du bois est élevé, on peut s'organiser.»




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