Grèce: les saisies se feront en ligne

Afin d'éviter la présence indésirable de manifestants lors... (AFP, Sakis Mitrolidis)

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Afin d'éviter la présence indésirable de manifestants lors des ventes aux enchères des biens saisis, ces opérations se feront sur Internet à partir de septembre.

AFP, Sakis Mitrolidis

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John Hadoulis
Agence France-Presse
Athènes

«Sors d'ici, corbeau!» En Grèce, les notaires responsables des enchères judiciaires sont confrontés à des publics souvent très remontés. Pour y parer, les ventes se feront bientôt sur Internet, avec la bénédiction des créanciers du pays.

Le site ouvrira en septembre, avec quelque 15 000 biens, explique Georgios Rouskas, président du Conseil national du notariat hellénique.

«Ce sera un peu comme eBay», peste Victor Tsiafoutis, un avocat qui soutient les personnes endettées pour l'association de consommateurs Ekpizo. «Tout est fait pour faciliter les saisies... Tout est fait pour les banques», ajoute-t-il.

Ces derniers mois, les notaires ont dû jouer au chat et à la souris avec les activistes anti-saisies, qui se mobilisent à chaque vente.

Les membres de ces groupes, dont certains ex-ministres du premier gouvernement de gauche radicale d'Alexis Tsipras, interrompent les ventes, avant d'escorter les notaires à l'extérieur du tribunal, sous le nez de la police.

Lassés, les notaires ne s'occupaient plus depuis octobre que des cas les plus pressants, grève du zèle à laquelle ils ont mis fin vendredi.

«Le problème était devenu aigu... Nous étions devenus des punching bags [des sacs de boxe]», remarque Me Rouskas.

Enclins aux extrêmes

Pourtant, soulignent les notaires, ces ventes ne concernent pas les personnes les plus démunies puisque dans la plupart des cas, les biens vendus valent plus de 300 000 euros (445 000 $CAN).

En 2010, au début de la crise qui plombe la Grèce depuis sept ans, une loi avait été édictée pour protéger les logements familiaux des saisies.

Et les années suivantes, tant les créanciers publics que privés se sont abstenus d'ordonner celles-ci avec trop de sévérité.

Dans les milieux bancaires, on considère que de toute façon, dans un pays à l'économie paralysée, les biens saisis auraient eu du mal à trouver preneur.

Mais des débiteurs bien moins fragiles en ont profité pour essayer de protéger l'ensemble de leurs biens, assure Me Rouskas.

«Les Grecs sont enclins aux extrêmes», observe le notaire. «On nous demande à présent de stopper toutes les enchères, qu'il s'agisse d'un entrepôt, d'une usine, d'une villa, d'un hôtel ou d'un bateau, bref, tout ce qui peut s'appeler ''propriété individuelle''.»

Les banques poussent aussi à une réforme, même si elles ont pendant des années été peu regardantes à accorder des prêts à tous ceux qui en demandaient, du simple particulier au parti politique, en passant par les groupes de médias.

Mais leurs portefeuilles de prêts sont à présent plombés par un tiers à une moitié de créances douteuses.

La future plateforme électronique, conçue avec des experts de l'UE et du FMI, «profitera surtout aux fonds et aux investisseurs étrangers, étant donné qu'il n'y a pas de liquidités en Grèce», pronostique Me Tsiafoutis.

Les enchères auront lieu trois fois par semaine, de 11h à 17h, avec un droit de participation proportionnel à la valeur du bien.

«Pourquoi me faire frapper?»

Le logiciel a été développé par Newsphone Hellas, compagnie plutôt connue en Grèce pour ses émissions de télémarketing nocturnes.

«C'était les plus avancés», remarque Me Rouskas, soulignant également qu'avec cet opérateur, le coût sera de 20 000 euros (un peu moins de 30 000 $CAN) pour chacune des neuf chambres notariales grecques, soit cinq fois moins qu'envisagé au début du projet.

Y aura-t-il encore des oppositions avec le nouveau procédé? «Sans doute, mais je pense que ça marchera.»

Le 15 juin néanmoins, des anarchistes, visages masqués, ont pénétré en force dans le hall de Newsphone Hellas, et jeté de la peinture.

Me Rouskas affirme que les notaires ne sont pas intimidés. «Nous sommes habitués à mener des enchères en public, donc nous n'avons pas peur». Il souligne aussi de ce que les notaires ont aidé à repousser les ventes les plus cruelles.

D'autres ne sont pas aussi optimistes. «Je ne vois pas pourquoi je devrais me faire frapper sous prétexte que quelqu'un n'a pas payé ses dettes à temps», avance un autre notaire, sous couvert d'anonymat.

Ni le ministère de la Justice ni deux grandes banques interrogés par l'AFP n'ont souhaité s'exprimer sur la future plateforme.




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