Louis Têtu, créateur de richesse

Louis Têtu, président de Coveo... (Le Soleil, Patrice Laroche)

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Louis Têtu, président de Coveo

Le Soleil, Patrice Laroche

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(Québec) N'allez surtout pas dire à Louis Têtu que l'ouverture du nouveau centre de recherche et développement de Coveo à Québec, un investissement de 3 millions $, va permettre de créer de nouveaux emplois dans la capitale.

«Coveo va embaucher 150 personnes, dont une centaine à Québec, mais ne créera aucun emploi. De la richesse, par contre, nous allons en créer.»

Embaucher. Créer.

Deux mots qui ne sont pas des synonymes dans le discours du président et chef de la direction de Coveo, une société de calibre international spécialisée dans les technologies de recherche et de personnalisation par intelligence artificielle qui réinvente la façon pour les entreprises d'accéder et de personnaliser l'information sur leur clientèle.

«Dans les technologies de l'information (TI) au Québec, il n'y a pas une maudite job qui est créée par les temps qui courent. Il n'y a que des déplacements. Il n'y a pas de création d'emplois - que des embauches - car en TI, c'est le plein emploi. Au Québec, il y a 67 000 talents dans le domaine des TI. Pour répondre à la nécessité de numériser leurs façons de faire, les entreprises en ont besoin de 100 000. Simons en a besoin. Desjardins en a besoin. Meubles South Shore en a besoin. Industrielle Alliance, elle, en a besoin de 300 tout de suite», expose Louis Têtu, qui recevait Le Soleil, jeudi dernier, au siège social de Coveo situé sur le chemin des Quatre-Bourgeois à Québec.

L'entrepreneur en série attire l'attention par ses sorties en faveur du nationalisme économique - «je suis un nationaliste sans être un séparatiste» - et de la nécessité pour le Québec de développer une économie de propriétaire et non pas de sous-traitant. 

Son opinion tranchée - c'est le moins que l'on puisse dire - contre les avantages accordés par les gouvernements aux entreprises étrangères du secteur des TI qui s'installent dans la Belle Province est connue. Il ne rate d'ailleurs jamais l'occasion d'enfoncer le clou.

«Ça fait une décennie que je suis en maudit!» se défoule celui qui se souvient encore d'avoir perdu 13 programmeurs en trois mois, au début des années 2000, aux mains d'Ubisoft au moment où l'entreprise française de développement, d'édition et de distribution de jeux vidéo s'installait alors dans la capitale. Le gouvernement lui accordait une subvention salariale de 15 000 $ pour chaque emploi créé à Québec. «Pour inciter mes programmeurs à sauter la clôture, Ubisoft leur offrait un boni de 10 000 $. Ubisoft venait me livrer concurrence en dépliant de l'argent reçu du gouvernement du Québec!»

Louis Têtu n'arrive toujours pas à comprendre la logique économique qui pousse les pouvoirs publics à s'agenouiller devant les entreprises étrangères du secteur de TI et à leur faire des ponts d'or pour qu'elles établissent leurs pénates ici.

«Quand nous nous retrouvons dans une pénurie de ressources, comme c'est le cas dans le secteur des TI, nous ne pouvons nous permettre de subventionner des compagnies étrangères qui vont faire du gain de capital à l'étranger tout en privant nos entreprises des talents dont elles ont cruellement besoin pour en arriver à maintenir leur compétitivité.»

Coveo-Taleo : un copier-coller

Appelé à décrire ce que fait Coveo, Louis Têtu met les cartes sur la table.

«Coveo est une entreprise 100 % québécoise qui génère du gain de capital au Québec.»

Il a mis beaucoup de sous dans l'entreprise fondée par Laurent Simoneau. Le Fonds Tandem, le Fonds de solidarité FTQ et Investissement Québec aussi. Pas moins de 75 millions $ ont été investis dans la compagnie qui compte 300 employés à Québec, à Mont-réal, à San Francisco, à Londres et à Amsterdam. Coveo réalise 94 % de son chiffre d'affaires à l'extérieur du Canada.

«Nous allons chercher de l'argent à l'étranger et nous le rentrons au Québec. Nous créons de la richesse ici. Nous payons pour les écoles et pour les hôpitaux. Nous le disons haut et fort et nous en sommes fiers.»

La poussée de Coveo s'apparente à celle de Taleo, une entreprise que Louis Têtu et Martin Ouellet ont vendue, en 2012, à Oracle pour 1,9 milliard $US. 

«On a pris 22 millions $ de capital québécois et on en a retourné 600 millions $, une fois la transaction complétée. De l'argent injecté au Québec pour créer d'autres Taleo. Moi, je trouve ça pas pire.»

Les occasions pour se pousser en Californie, Louis Têtu ne les compte plus.

«La croissance de Coveo va se faire ici», assure-t-il. «Pourquoi? Parce que c'est important. Je viens d'ici. Je vis ici. Je crois au Québec. Nous sommes capables de bâtir des entreprises dominantes et de créer de la richesse.»

***

Tout savoir... avec l'aide de l'intelligence artificielle

Des clients, Coveo en compte environ 1500.

Des noms?

Adobe, American Express, L'Oréal, Johnson & Johnson.

Ils ne demandent qu'une chose à Coveo. Les aider à tout savoir - et même davantage - sur le commun des mortels qui consulte leur site Internet.

Comment? Avec l'aide de l'intelligence artificielle.

Toute l'information recueillie par Coveo - soit un milliard d'événements par mois - se retrouve quelque part dans un nuage.

Derrière Photoscop, les moteurs de recherche de Coveo sont à l'oeuvre. Ils permettent à Adobe de connaître qui fait appel au logiciel de retouche assisté par ordinateur - un novice ou un expert - et de lui acheminer un contenu pertinent.

C'est aussi Coveo qui «suggère» aux clients de Comcast, le premier câblo-opérateur aux États-Unis, les films ou les séries qui pourraient les intéresser sur Netflix. Coveo fait le travail à partir de l'analyse du comportement et des goûts personnels de chacun des utilisateurs.

L'équipe de développement de produits fait bien les choses.

Gartner et Forrester Research, deux sociétés indépendantes qui fournissent à leurs clients des études de marché sur l'impact des technologies dans le monde des affaires, considèrent la compagnie de Québec comme un leader dans les solutions de recherche en entreprise. Elle joue du coude avec les Microsoft, IBM et Hewlett Packard de ce monde.

Bâtir un hôpital ou remplir des bâtisses dans Saint-Roch?

En éliminant les avantages fiscaux consentis, entre autres, aux sociétés technologiques étrangères qui s'installent dans le Centre national des nouvelles technologies de Québec, le gouvernement québécois contribuerait-il à vider le quartier Saint-Roch?

À cette question, Louis Têtu répond du tac au tac par une autre.

«Notre objectif doit-il être de créer de la richesse pour bâtir le prochain hôpital ou pour remplir des bâtisses dans le quartier Saint-Roch?», pose le président et chef de la direction de Coveo. «Je pense que l'on peut faire les deux en même temps. Je pense aussi que le premier objectif est plus important que le second. On ne bâtit pas une économie avec l'objectif de remplir du pied carré», ajoute-t-il.

«En tirant la plug sur les crédits d'impôt accordés aux entreprises étrangères, tu ne leur suggères pas de plier bagage. Tu leur passes seulement le message que tu arrêtes de les subventionner pour qu'elles viennent embaucher les talents que nos entreprises ont besoin.»

Bien sûr, il pourrait y avoir des pertes d'emploi.

De l'avis de Louis Têtu, rares sont ceux et celles qui resteront sur le carreau bien longtemps. 

«Rapidement, nos entreprises comme Simons, Desjardins ou Industrielle-Alliance vont les recruter et deviendront encore meilleures.

Quant aux espaces libérés dans Saint-Roch, M. Têtu estime que la «nature ayant horreur du vide» quelqu'un finira par les louer.

***

Air... Coveo!

La veille de l'entrevue avec Le Soleil, Louis Têtu était à Seattle.

«Je prends l'avion 120 fois par année», confie le président et chef de la direction de Coveo et aussi pilote d'hélicoptère à ses heures.

Membre du conseil d'administration de l'Aéroport international Jean-Lesage de Québec, il ne part jamais de Montréal.

«Toujours de Québec. Il le faut. Il faut prendre l'avion de Québec. Le monde qui va prendre l'avion de Montréal, je ne comprends pas ça.»

Surtout que le nombre de vols a augmenté et que les travaux d'agrandissement ont permis de faire grimper le nombre de passagers de 600 000, il y a quelques années, à 1,6 million en 2016.

«Si l'on parvient à faire fonctionner le centre de prédédouanement, ça va être fantatisque. Ça va faire décupler le nombre d'avions qui arrêteront à Québec.»

Chose certaine, Coveo contribue à accroître le nombre de passage à l'Aéroport Jean-Lesage. 

L'an dernier, l'entreprise qui possède sa propre agence de voyage à planifier 1200 vols d'employés à travers le monde.

«Pour une société qui réalise 94 % de son chiffre d'affaires à l'extérieur du Canada, il est fondamental de pouvoir bénéficier de bonnes connexions aériennes. Ça te permet de pouvoir continuer à opérer ton entreprise internationale à partir d'une ville comme Québec», constate Louis Têtu.

***




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