Finances des ménages: «Une bombe à retardement»

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(Québec) Lorsqu'on regarde la situation financière des ménages, «la grande région de Québec est une petite bombe à retardement».

Le propriétaire du syndic Jean Fortin & Associés, Pierre Fortin, ne mâche pas ses mots lorsqu'il est question de dresser un portrait de l'endettement des ménages de la grande région, regroupant les municipalités de Lévis, Québec, Portneuf et de la Côte-de-Beaupré. Les nuages sont sombres et rien n'indique que la situation s'améliorera, craint-il, et ce, même si la capitale semble en santé avec un taux de chômage de 4,6 %, l'un des plus fiables au pays. 

Selon des données fournies par le portail Nominis, pour l'année 2016, 180 propriétaires de la région ont dû délaisser leur résidence à la suite d'un jugement de délaissement ou par délaissement volontaire. Il s'agit d'un petit volume de personnes touchées vis-à-vis l'ensemble de la population, mais tout de même un record peu élogieux de la dernière décennie. Après cinq mois, si la tendance se maintient, 2017 devrait éclipser cette marque, a constaté Le Soleil.

Entre janvier et mai, les nouvelles sont mauvaises. Les reprises de maisons et d'entreprises par les créanciers hypothécaires ont bondi dans la région de 14,5 %, par rapport à la même période en 2016, alors qu'elles ont baissé de 3,93 % à travers la province (1125 délaissements). Au total, 87 mauvais payeurs ont été contraints de remettre les clés de leur demeure, comparativement à 76 l'an dernier et 60 en 2015.

Seulement pour la Ville de Québec, ce sont 46 propriétaires qui ont perdu leur toit, comparativement à 39 l'an dernier durant les cinq premiers mois de l'année.

«Lorsqu'on compare cette situation avec le volume de dossiers d'insolvabilité [faillites et propositions] pour le premier trimestre de 2017 dans la Capitale-Nationale, on constate une hausse de 6,9 % alors qu'à travers la province, on parle d'une diminution de 1,9 %», indique M. Fortin. «Seulement pour les faillites dans la région, c'est un bond de 9,3 % par rapport au même trimestre en 2016. C'est beaucoup, surtout que très peu d'endroits à travers la province ont connu une augmentation», s'inquiète-t-il. 

Entre 2015 et 2016, pour les amateurs de chiffres, mentionnons que le nombre de dossiers d'insolvabilité avait grimpé de 1,1 % dans la capitale.

Le mois dernier, afin de dresser un portait de l'endettement, le syndic a analysé 18 000 dossiers d'insolvabilité répertoriés de 2005 à aujourd'hui. Conclusion : 4 cas de faillites sur 10 sont liés à l'endettement progressif. Et 58 % sont liés à des événements imprévus, comme entre autres la perte d'un emploi (25 %), une séparation (25 %) ou une maladie (10 %). 

«Même quand l'emploi est solide, il y a un risque. Lorsqu'une personne a la chance d'avoir un emploi stable et un revenu confortable, parfois, les gens se laissent un peu berner. Ils changent de maison ou de voiture, mais il y a un risque de surendettement. Il y a beaucoup de gens qui seraient surpris de voir qu'il excède la limite d'endettement de 40 %. [...] Si demain, il arrive une urgence et ils doivent trouver de l'argent, ils vont frapper un mur, car ils ne seront pas capables d'obtenir du financement», prévient M. Fortin. 

Familles monoparentales

D'ailleurs, selon des données du syndic, de toutes les familles québécoises qui se sont placées sous la protection de la Loi en 2016, 38 % étaient des familles monoparentales. Pour le nombre de dossiers d'insolvabilité, depuis 2005, les aînées (65 et plus) sont le groupe de personnes qui ont connu la plus forte croissance. Alors qu'il ne représentait que 8 % des clients du syndic, aujourd'hui, ils frôlent les 14 %. Du côté des jeunes adultes (18-30 ans), le nombre de dossiers enregistrés depuis 2011 connaît également une forte progression (10 %).

Du côté du syndic Roy Métivier Roberge, on concède également que la situation est préoccupante. 

«Depuis deux ans, on voit plus de gens remettrent les clés de leur maison aux institutions financières. Depuis 2009, lorsqu'une personne fait faillite, mais qu'elle n'est pas en défaut de paiement sur sa résidence, elle peut conserver sa maison. Malheureusement, les gens ont aujourd'hui souvent hypothéqué leur maison à 100 %», explique le président, José Roberge. «L'augmentation des évaluations municipales des dernières années a eu des impacts. C'est une augmentation indirecte de l'assurance habitation, des taxes municipales et scolaires. L'électricité a également augmenté ainsi que le coût de la vie. Certains se retrouvent incapables de payer», poursuit-il.

Quant aux préavis de délaissement (avis de 60 jours), pour la région, le portail Nominis indique que 267 préavis ont été envoyés par des institutions financières entre janvier et mai aux personnes prises avec des difficultés de paiements. Une diminution de 1,5 % par rapport à la même période l'an dernier. Toutefois, pour la Ville de Québec, le nombre de préavis est passé de 147 à 165 durant cette période.

Chute du nombre de préavis au Québec

À travers la province, le nombre de préavis a chuté par rapport à l'an dernier de 12,19 %, pour atteindre 3480. La valeur des propriétés reprises est de 194,7 millions $.

«La précarité n'est parfois pas très loin pour plusieurs Québécois. Le taux d'endettement a atteint 167 % en 2016 et il ne suffirait que d'une légère montée du taux de chômage pour exposer une tout autre catégorie de Québécois qui, grâce à de bons revenus, contrôlent présentement bien leur endettement, mais qui n'ont pas de coussin financier pour faire face à un imprévu entraînant une baisse soudaine de revenus», dit Pierre Fortin, notant qu'une hausse des taux d'intérêt aurait également un impact sur le nombre de saisies.

Face aux difficultés de payer des Québécois, Revenu Québec est plus actif depuis le début de l'année au niveau des hypothèques légales (impôts). Pour la région, le fisc a enregistré 145 hypothèques légales sur des propriétés appartenant à des gens n'ayant pas payé leurs impôts, comparative à 101 pour la même période en 2016.




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