Grève dans la construction: la ministre convoque les parties d'urgence

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Des travailleurs en grève manifestent sur un chantier de l'autoroute 73, à Québec.

Le Soleil, Patrice Laroche

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Lia Lévesque
La Presse Canadienne
Montréal

Quelques heures seulement après le début de la grève générale illimitée des 175 000 ouvriers de la construction du Québec, le premier ministre Philippe Couillard, en mission en Israël, s'est fait pressant en brandissant encore la menace d'une loi spéciale pour forcer le retour au travail, alors que la ministre du Travail, Dominique Vien, a convoqué d'urgence les parties à Montréal.

«Il faut absolument que j'envoie ce signal-là très tôt, parce que c'est l'économie du Québec qui est en jeu, c'est l'intérêt supérieur du Québec qui est en jeu», a prévenu le premier ministre.

Il a prévenu que vu l'importance économique de cette industrie, le gouvernement «ne laissera pas la grève durer très longtemps».

Au cours d'un point de presse mercredi matin, la ministre du Travail, de son côté, a convoqué une rencontre d'urgence entre les parties, à Montréal.

Encore une fois, la ministre Vien a prévenu qu'elle était prête à déposer une loi spéciale pour forcer le retour au travail, puisque la grève entraîne des pertes économiques de 45 millions $ par jour, selon les chiffres qu'elle a cités.

Elle a vivement déploré le déclenchement de la grève et souhaité que les parties poursuivent plutôt la négociation et concluent une entente. Le ministère a déjà mis ses effectifs à la disposition des parties, en médiation et en conciliation, pour favoriser les échanges.

Le premier ministre Couillard a prévenu que s'il y a loi spéciale, il y aura nécessairement des mécontents, puisque «chacun aura des sacrifices à faire». Donc, pour les deux parties, «ce ne serait pas un bon calcul» d'attendre la loi, a-t-il avancé.

Entre-temps, les parties ont négocié jusqu'après minuit. Dans certains cas, elles ont négocié jusqu'à 5h du matin, alors que la grève a débuté à 5h15.

Les principaux points en litige varient selon le sous-secteur de l'industrie: les salaires, les horaires, les heures supplémentaires, la mobilité de la main-d'oeuvre, la conciliation travail-famille.

Les syndicats ont fait une grande campagne sur la volonté de plusieurs employeurs de pouvoir reprendre le travail qu'ils n'ont pu faire à cause du mauvais temps en payant les ouvriers à taux simple le samedi.

Mais l'Association de la construction du Québec assure pourtant avoir laissé tomber certaines de ses demandes patronales durant les dernières heures. Les parties n'en sont quand même pas venues à une entente.

La question de la mobilité de la main-d'oeuvre est particulièrement sensible dans les régions, où les ouvriers en chômage veulent avoir un accès prioritaire aux emplois dans les chantiers de leur région, alors que les entrepreneurs qui décrochent ces contrats dans des régions autres que la leur veulent également pouvoir faire appel à leurs ouvriers d'expérience avec lesquels ils sont habitués à travailler.

L'Alliance syndicale regroupe les cinq organisations syndicales de la construction, à savoir la FTQ-Construction, le Conseil provincial du Québec des métiers de la construction (International), le Syndicat québécois de la construction, la CSD-Construction et la CSN-Construction.

Face à elle se trouvent quatre associations patronales: l'Association des entrepreneurs en construction, qui négocie les clauses communes à l'ensemble; l'Association de la construction du Québec, qui négocie pour les secteurs institutionnel, commercial et industriel; l'Association des constructeurs de routes et grands travaux, qui négocie pour le secteur du génie civil et voirie; et l'Association des professionnels de la construction et de l'habitation du Québec, qui négocie pour le secteur résidentiel.

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Le chantier du manège militaire à Québec, mercredi

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

Le seul choix

Michel Trépanier, porte-parole de l'Alliance, affirme que la grève était le seul choix qui restait.

Il soutient que le syndicat a accepté de collaborer avec la conciliatrice afin d'accepter un règlement qui évite un conflit, mais que les employeurs se sont entêtés à conserver leurs demandes qu'il qualifie de déraisonnables.

Il s'agit de la deuxième grève générale illimitée dans l'industrie de la construction du Québec en quatre ans. Tous les secteurs de la construction sont en arrêt de travail et à l'aube, des piquets de grève ont été installés à l'entrée de plusieurs chantiers.

Mardi, le porte-parole de l'Association des professionnels de la construction et de l'habitation du Québec (APCHQ), François-William Simard, a soutenu que depuis le tout début des négociations, il n'avait jamais senti une réelle volonté des syndicats d'en arriver à une entente.

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Des travailleurs en grève sur un chantier de l'autoroute 73, à Québec

Le Soleil, Patrice Laroche

Les horaires de travail et le temps supplémentaire sont au coeur du litige dans le secteur industriel, institutionnel et commercial, où la partie patronale cherche à obtenir une plus grande flexibilité des travailleurs, alors que ceux-ci estiment que les demandes patronales portent atteinte à la conciliation famille-travail.

Dans le cas des secteurs résidentiels et de la voirie et du génie civil, la pierre d'achoppement se situe davantage du côté des salaires, l'écart entre les demandes syndicales et l'offre patronale étant considérable.

Loi spéciale dénoncée

Déjà, au moins deux centrales syndicales, la FTQ et la CSN, dénoncent l'adoption éventuelle d'une loi spéciale, accusant le gouvernement de faire le jeu des associations patronales en empêchant le rapport de force de s'exercer. La FTQ rappelle que les travailleurs de la construction sont parmi les rares syndiqués québécois qui n'ont pas droit à la rétroactivité ce qui encourage, selon elle, la partie patronale à laisser traîner les négociations.

Les sinistrés des inondations printanières devraient être épargnés par le conflit: l'Alliance syndicale a déjà annoncé que les travaux dans les résidences situées en zones inondées pourront se poursuivre pendant la grève.

Les conventions collectives sont arrivées à échéance le 30 avril.




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