Lépine Cloutier, voué à ne pas mourir

Yvan Rodrigue, président et chef des opérations chez Lépine Cloutier... (Le Soleil, Patrice Laroche)

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Yvan Rodrigue, président et chef des opérations chez Lépine Cloutier devant le complexe funéraire Maison Gomin, sur le boulevard René-Lévesque

Le Soleil, Patrice Laroche

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(Québec) Le Soleil fête cette année ses 120 ans. Dans la région de Québec, plusieurs autres entreprises peuvent se vanter d'avoir atteint et même dépassé cet âge vénérable. Nous vous en présenterons quelques-unes au fil de l'année. Aujourd'hui: Lépine Cloutier

Doyen dans son domaine d'affaires, Lépine Cloutier oeuvre dans l'une des industries les plus vieilles au monde, soit celle des obsèques. Bien que la demande semble éternelle pour ses produits et ses services, l'entreprise a toutefois comme défi de s'adapter aux nouvelles générations.

«Nous sommes la deuxième plus vieille entreprise de la Ville de Québec après le détaillant Simons [1840]. Il est important de toujours innover si nous voulons être les premiers dans notre secteur», indique au Soleil Yvan Rodrigue, président et chef des opérations chez Lépine Cloutier, pour expliquer la longévité de la compagnie. Le patron se remémore d'ailleurs encore de l'époque où les avis de décès étaient écrits à la main et qu'à la fin de chaque journée, il devait faire la tournée des médias de la ville de Québec.

En 1845, la Fondation de la fabrique de cercueils... (Archives Le Soleil) - image 2.0

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En 1845, la Fondation de la fabrique de cercueils de Germain Lépine ouvre ses portes au 715 [anciennement 49], rue Saint-Vallier, dans le quartier Saint-Roch.

Archives Le Soleil

La petite histoire, plutôt la longue, de cette compagnie a débuté en 1845 en basse ville de Québec. Une jeune pousse, la Fondation de la fabrique de cercueils de Germain Lépine, ouvre ses portes au 715 [anciennement 49], rue Saint-Vallier, dans le quartier Saint-Roch. M. Lépine était apprenti ébéniste de formation. Il fabriquait et vendait avec sa femme entre autres des cercueils et des accessoires funéraires. 

Aujourd'hui, ces locaux sont toujours occupés. Ils hébergent le studio de création Le Réacteur. 

Une décennie plus tard, en 1856, un rival s'installe en haute ville, plus précisément sur la rue Scott, dans le quartier Saint-Jean-Baptiste. Charles Cloutier érige pour une poignée de dollars sa première maison funéraire.

Les années passent et ces deux compagnies consolident leur présence sur leur territoire. La famille Lépine fait entre autres d'autres petits dans Saint-Sauveur. À la recherche de connaissances et d'options pour se démarquer de ses compétiteurs, la maison Lépine réalise en 1898 le premier embaumement à Québec, «celui de Mgr Elzéar-Alexandre Taschereau», peut-on lire sur leur site Internet.

Entre 1910 et 1975, plusieurs tragédies à travers la province forcent les deux entités à travailler de concert, notamment le naufrage du paquebot transatlantique, baptisé Empress of Ireland, au large de Rimouski en 1914. Plus d'un millier de personnes ont perdu la vie. Il y a également eu la période de l'épidémie de la grippe espagnole à l'automne 1918. 

Cette période a également été marquée par le passage de la charrette tirée par des chevaux au corbillard à moteur.   

«En 1953, les frères Cloutier décident de faire construire le premier établissement destiné à servir de résidence funéraire», raconte l'homme d'affaires, copropriétaire de la compagnie. «C'était une petite révolution à l'époque. Avant, cela se passait principalement dans les maisons privées», poursuit-il. «Aujourd'hui, c'est très rare de voir des obsèques dans une demeure». 

Les années suivantes, le nombre de funérariums s'est multiplié dans la Capitale-Nationale. En 1974, la maison Lépine achète son premier four crématoire, une première dans la région. «Cela était à la suite de l'annonce du Vatican permettant aux pratiquants d'utiliser la crémation comme mode de disposition», explique le président.  

En 1975, Lépine Cloutier vient au monde à la suite de la fusion des deux entités de pompes funèbres. Chaque famille conserve 50 % de l'entreprise et souhaite augmenter ses parts de marché. 

«Les pourparlers avaient commencé en 1973. Il y avait un groupe d'Américains qui voulait prendre de l'expansion au Québec. Il souhaitait acheter les deux compagnies et après les fusionner. [Les deux familles] ont alors choisi de le faire eux-mêmes», note M. Rodrigue, ajoutant qu'en 1981, la compagnie s'est portée acquéreur du parc commémoratif de La Souvenance. «Nous avions maintenant une offre complète avec notre cimetière privé.»

Au cours des années suivantes, Lépine Cloutier a continué de bonifier son offre, avec la construction dans son cimetière d'une chapelle et d'une salle de réception. 

«On sentait que la pratique religieuse était décroissante. On se demandait comment l'Église allait réagir. Les gens ne voulaient plus nécessairement aller à l'église pour des funérailles», dit le président, notant qu'aujourd'hui plus de 50 % des événements se déroulent dans les établissements du groupe. 

Vendu à Urgel Bourgie puis à Athos

En 1988, Lépine Cloutier est finalement vendu au groupe montréalais Urgel Bourgie. Et en 2012, cette famille passe aux mains d'Athos Services Commémoratifs, un groupe d'homme d'affaires de la capitale, pour plusieurs dizaines de millions de dollars.

Aujourd'hui, l'entreprise emploie près de 400 travailleurs. Elle détient 28 complexes et salons funéraires et cinq cimetières privés dans les régions de Québec et de Montréal.

Les prochaines années s'annoncent très chargées pour ce fleuron québécois, en raison notamment du vieillissement de la population et de l'évolution des technologies. D'ailleurs, il est maintenant possible de regarder sur le Web les funérailles organisées par Lépine Cloutier de partout sur la planète.

«On sert près de 10 000 familles par année. La croissance du nombre de décès au Québec est en augmentation de 1 à 1,5 % par année. Lorsque j'ai commencé, il y avait environ 45 000 décès par année à travers la province. Aujourd'hui, c'est environ 62 000. Ce nombre pourrait atteindre le cap des 80 000 en 2040», conclut M. Rodrigue.

Le milieu funéraire représente une industrie de 30 millions $ au Québec.

Questions/réponses

Q Avec le vieillissement de la population, pensez-vous avoir besoin d'agrandir vos installations au cours des prochaines années?

R Nous avons fermé trois salons de quartier du côté de Montréal, des endroits plus petits avec très peu de stationnements. Aujourd'hui, c'est impensable de ne pas offrir d'espaces de stationnement. Nos grands salons, avec une chapelle et une salle de réception, nous permettent de servir entre 600 et 700 familles par année. Nous avons aussi nos cimetières. Pour répondre à la demande, il faudra assurément, au cours des prochaines années, modifier et relocaliser certaines de nos bâtisses pour faciliter l'accès aux gens. 

Q Les rituels funéraires ont-ils changé au fil du temps? En 2014, une défunte à La Nouvelle-Orléans avait été exposée à une table avec un paquet de cigarettes, de la bière et du whiskey. Il y a également eu le boxeur Christopher Rivera à Porto Rico, qui a été exposé debout dans ce qui semble être un ring de boxe.

R Ce sont des exceptions, nous n'avons pas ça ici. Les rites ont toutefois beaucoup changé. À partir des années 60, nous avons vu une diminution de la pratique religieuse au Québec. Il y a eu l'augmentation de la crémation. Également, le fait d'être exposé ne répondait plus aux besoins de tous. Aujourd'hui, on sent que les gens veulent faire tout au même endroit et dans un laps de temps plus serré. Il y a également de plus en plus de mausolées communautaires. Le nombre de préarrangements funéraires a aussi grimpé. Au début des années 80, seulement 4 % des gens avaient entrepris des démarches. Aujourd'hui, c'est 50 %.

Q Que pensez-vous des constats de décès à distance, ce qui force les maisons funéraires à se charger du transport des corps?

R Il y a eu un cas dernièrement du côté de Lévis. [NDLR: la dame est demeurée quatre heures sur le sol avant d'être transportée par des employés de la maison Lépine Cloutier]. C'est cela que ça donne. Ce sont des coupes gouvernementales.




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