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Garde côtière à Québec: la manne en temps supplémentaire

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C'est notamment en raison de la fusion du centre de Montréal avec celui de Québec et de celui de Rivière-au-Renard avec Les Escoumins, laissant des postes vacants aux deux endroits, que les heures supplémentaires ont connu une forte augmentation il y a deux ans.

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(Québec) Peu nombreux et difficiles à recruter dans la province, les officiers de communication maritime québécois ont effectué un nombre record d'heures supplémentaires au cours des dernières années. La Garde côtière canadienne prétend que le problème est ponctuel, mais un ancien responsable du syndicat parle d'une situation chronique qui avantage l'employeur et ses travailleurs, heureux de bonifier leur chèque de paie de plusieurs milliers de dollars chaque année.

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La vingtaine d'employés de la Garde côtière à Québec chargés de surveiller le trafic maritime sur le fleuve Saint-Laurent se sont partagé 2,2 millions $ en heures supplémentaires au cours des cinq dernières années. 

Pour l'ensemble des centres de Services de communication et de trafic maritimes (SCTM) de la province, c'est 4,7 millions $ qu'Ottawa a versés en heures supplémentaires à ses officiers de communication maritime québécois. 

Ces derniers sont les yeux et les oreilles du fleuve : ils écoutent 24 heures sur 24 la fréquence des radios maritimes, sont les premiers informés lorsqu'une nouvelle embarcation de plaisance prend le large, connaissent la position exacte des navires et répondent aux appels de détresse.

En moyenne, les officiers de Québec ont chacun bénéficié d'un peu plus de 20 000 $ annuellement en heures supplémentaires. L'année 2013 a été la moins payante pour cette classe d'employés fédéraux basés dans la capitale nationale, alors qu'ils n'ont empoché que 9600 $, contre 37 300 $ en 2015, l'année la plus lucrative de toutes.

C'est notamment en raison de la fusion du centre de Montréal avec celui de Québec et de celui de Rivière-au-Renard avec Les Escoumins que les heures supplémentaires ont connu une forte augmentation il y a deux ans, explique la porte-parole de la Garde côtière, Pascale Fortin. Jusqu'en 2014, il y avait quatre centres SCTM dans la province. Mais en investissant dans une technologie de pointe permettant à des antennes plantées le long du cours d'eau de capter des signaux à des milles nautiques, le gouvernement conservateur a jugé que certains centres n'étaient plus nécessaires. Dans la province, il en a fermé deux. 

Cette rationalisation a laissé des postes vacants à Québec puisque seulement quatre employés de Montréal ont emménagé à l'autre bout de la 20. Idem avec la fusion de la centrale de Rivière-au-Renard avec celle des Escoumins en 2015 qui a laissé des sièges vides. Les officiers délocalisés ont dû être formés à leur nouvel emplacement et tous les officiers ont également eu à se familiariser avec les nouveaux systèmes plus modernes entraînant beaucoup de travail en surplus, fait valoir Mme Fortin. 

Recrutement long et coûteux

Avant l'année des fusions, le SCTM de Québec avait deux ou trois postes vacants. Mais depuis avril 2014, la situation est critique : des 34 postes disponibles, seulement une vingtaine sont comblés. 

Aux Escoumins, le scénario est similaire puisque depuis juin 2015, il manque au moins quatre employés sur les 23 postes disponibles.

«Comme les centres SCTM offrent des services essentiels à la navigation tous les jours, 24 heures sur 24, un nombre minimum d'officiers est requis à chaque centre en tout temps. À cette fin, certains employés doivent effectuer du temps supplémentaire pour assurer la sécurité des navigateurs», affirme Mme Fortin. 

La Garde côtière assure qu'elle poursuit ses efforts de recrutement en cours depuis 2012 et que le dossier est prioritaire. Mais le processus est long puisque les officiers doivent être d'abord formés pendant près d'un an. Ceci inclut une formation de six mois au Collège de la Garde côtière à Sydney en Nouvelle-Écosse suivie d'une période de 3 à 12 mois dans un centre SCTM en compagnie d'un officier senior. Le tout coûte entre 60 000 $ et 75 000 $ par nouvel employé. 

Jusqu'à il y a une dizaine d'années, le recrutement des officiers en communication maritime s'effectuait par région. Le processus est devenu national «question d'efficacité et d'uniformité», explique la porte-parole de la Garde côtière. «Ce changement a été positif et a eu pour effet d'améliorer le recrutement», poursuit-elle. 

Mais de l'avis de l'ancien président du syndicat des officiers maritimes désormais à la retraite, Martin Grégoire, c'est tout le contraire qui s'est produit. «Cela a eu pour effet d'allonger le processus», déplore-t-il. Un autre problème est le bilinguisme des candidats québécois puisque beaucoup d'entre eux n'ont pas le niveau requis en anglais pour être en mesure de communiquer dans le langage technique d'usage avec les embarcations dont les pilotes s'expriment dans la langue de Shakespeare.

Payant pour les employés et le gouvernement

La Garde côtière canadienne assure que les centres de Services de communication et de trafic maritimes (SCTM) du Québec devraient connaître «plus de stabilité sur le plan des ressources humaines» au cours des prochaines années, ce qui lui permettrait de faire diminuer le nombre d'heures supplémentaires de ses officiers. 

Mais selon l'avis de l'ancien président du syndicat qui a représenté les officiers de communication maritime de la région pendant 15 ans, Martin Grégoire, la problématique est la même depuis 40 ans. La raison est évidente selon lui : «Ça coûte moins cher pour le gouvernement de payer du temps supplémentaire que d'engager du personnel.» 

Un simple calcul semble appuyer ses propos. Former les 12 employés manquant à Québec en 2016 aurait coûté entre 720 000 $ et 900 000 $, tandis que la facture des heures supplémentaires payées à la station pour cette même année totalise un peu moins de 640 000 $. 

M. Grégoire rappelle aussi que l'emploi vient avec son lot d'avantages sociaux qui s'additionnent aux salaires des officiers de communication maritime payés en moyenne 30 $ de l'heure. Leurs heures supplémentaires sont facturées quant à elles avec une majoration de 75 %. 

Selon M. Grégoire, Ottawa n'a donc pas intérêt à régler le problème chronique qui fait par ailleurs l'affaire de nombre d'officiers dont le chèque de paye est drôlement plus intéressant. Ceux-ci ont longtemps été considérés comme les champions des heures supplémentaires chez les fonctionnaires fédéraux au pays. 

D'ailleurs, personne en poste actuellement au syndicat n'a voulu discuter de la situation avec Le Soleil. Un de ses représentants à l'échelle nationale a même menacé l'auteur de ces lignes au téléphone affirmant que les chiffres, obtenus en vertu de la Loi d'accès à l'information et contre-vérifiés par la Garde côtière, étaient erronés. 

Dangereux 

Bien que cela permette à certains employés de s'enrichir, Martin Grégoire a tenté pendant tout son mandat de réduire le nombre d'heures supplémentaires puisqu'il a vu les ravages que pouvait causer le surmenage. Les quarts de travail, de jour et de nuit, sont longs et lorsque les congés se font rares, la santé et les relations familiales écopent selon lui. «Trop de surtemps épuise les officiers», conclut celui qui va même jusqu'à dire que la sécurité des embarcations sur le fleuve peut être menacée.

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