Attentat à Québec: un oeil au beurre noir pour la capitale?

Une fidèle priant devant le Centre culturel islamique... (Le Soleil, Erick Labbé)

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Une fidèle priant devant le Centre culturel islamique de Québec à Sainte-Foy, lundi.

Le Soleil, Erick Labbé

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(Québec) «On s'en va recruter, les 8 et 9 février, de nouveaux talents parmi la population immigrante de Montréal. Il va falloir que je prépare une phrase ou deux pour bien expliquer à mes interlocuteurs que ce qui s'est passé au Centre culturel islamique de Québec, c'est un cas isolé. La violence, ce n'est pas une chose que l'on accepte, que l'on tolère à Québec.»

Nicolas Clusiault est actionnaire et directeur des ressources humaines pour Momentum Technologies. 

La firme de services-conseils dans le secteur des technologies de l'information ressemble un peu à l'Organisation des Nations Unies. Parmi ses 150 employés dans la capitale, près de 70 % d'entre eux sont des immigrants. «Nous avons des représentants de 27 nationalités différentes», informe M. Clusiault en entrevue au Soleil.

Dimanche soir, dans les heures qui ont suivi la fusillade, l'équipe de direction de Momentum Technologies a tenu un premier caucus. L'un des actionnaires, Mohamed Guetat, est Tunisien.

Lundi matin, elle a réuni tous les gestionnaires pour faire le point. Certains d'entre eux sont activement impliqués dans la communauté musulmane de la capitale. 

«Nous avons envoyé un courriel à tous nos employés pour leur rappeler que la valeur la plus importante de l'entreprise est le respect de l'autre et que nous étions à la disposition des collègues qui pourraient avoir besoin d'aide», indique M. Clusiault.

«J'ai vu passer plusieurs courriels de solidarité provenant de nos employés nés ici au Québec disant désapprouver totalement ce qui s'était passé à la mosquée. Ils rappelaient avec justesse que plusieurs de leurs collègues venus de l'étranger avaient choisi d'établir leurs pénates à Québec pour fuir la violence.»

Réputation entachée?

Pour la plupart des firmes de services-conseils en informatique, le recrutement international est la bouée de sauvetage à la pénurie de main-d'oeuvre chronique dans le secteur des technologies de l'information au Québec.

La nouvelle de la tragédie survenue dimanche soir au Centre culturel islamique de Québec a rapidement fait le tour du monde.

L'événement risque-t-il d'entacher la réputation de la ville de Québec auprès des chercheurs d'emploi de l'Europe et de l'Amérique latine, les deux principaux territoires visés par les missions de recrutement pilotées par l'organisme de promotion économique régional, Québec International?

«C'est sûr qu'il va falloir redoubler d'ardeur et rassurer les gens, surtout que l'image de marque que nous véhiculons de Québec à l'étranger est celle d'une ville paisible où les familles peuvent vivre en toute sécurité», commente Nicolas Clusiault.

C'est aussi un argument de vente du maire de la ville de Québec, Régis Labeaume, lorsqu'il vante les mérites de la capitale.

«Est-ce que l'on risque de perdre quelques bons candidats à cause du triste événement survenu au Centre culturel islamique? Sûrement et possiblement oui», affirme-t-il en soulignant que les employeurs d'ici devront faire valoir que Québec n'est pas une ville violente et raciste.

«Je fais confiance à l'intelligence des gens», dit celui qui constate que la mentalité des gens de Québec avait changé au cours des dernières années. «À une époque pas si lointaine, certains de nos clients refusaient carrément d'accorder des mandats à quelqu'un qui ne s'appelait pas Tremblay!»

Appel à la solidarité

Pour le président et chef de la direction de la Chambre de commerce et d'industrie de Québec, la fusillade risque d'apporter une difficulté de plus pour les employeurs qui recrutent à l'étranger. «Ça représente un enjeu de plus», affirme Alain Aubut.

«L'histoire nous montre qu'il est difficile d'attirer des immigrants à Québec. Ils passent par Montréal pour s'en aller à Toronto ou à Vancouver. C'est clair que nous avons du travail à faire.»

Jamais dans ses pires cauchemars, Alain Aubut n'aurait pensé assisté à tel drame dans la capitale.

En attendant de connaître ce qui a pu inciter le suspect, Alexandre Bissonnette, à commettre son geste meurtrier, il lance un appel à la solidarité de tous, notamment des gens d'affaires. «Dans une situation comme celle que nous vivons aujourd'hui, il faut se serrer les coudes. Il faut continuer à démontrer que Québec est une ville sécuritaire et que ses habitants forment une communauté hospitalière, et ouverte sur le monde.»

Alors que des membres de son personnel planchent sur la prochaine mission de recrutement à Paris - qui se tiendra au début du mois de juin -, la direction de Québec International préférait, lundi, ne pas s'étendre sur l'impact de la fusillade sur la capacité de Québec de continuer d'attirer les meilleurs talents étrangers.

«Nous accueillons la diversité parce que nous savons qu'elle nous fait grandir et qu'elle nous propulse vers l'avant», a indiqué le pdg de l'organisme, Carl Viel. «Les événements de dimanche sont d'autant plus incompréhensibles. Ils nous rappellent douloureusement que la haine, la violence et l'intolérance doivent être combattues partout et sous toutes ses formes.»

Laisser tomber la poussière

Quel impact aura la fusillade au Centre culturel islamique de Québec sur la clientèle touristique dans la capitale?

«Laissons d'abord tomber la poussière», insistent l'Office du tourisme de Québec, le Carnaval de Québec et le Festival d'été de Québec (FEQ).

Office du tourisme de Québec

«Nous sommes préoccupés, c'est clair», affirme le directeur de l'Office du tourisme, André Roy.

«Nous allons nous asseoir dans quelques jours avec le maire de Québec, Régis Labeaume, et nous verrons à ce moment-là s'il faut modifier notre stratégie de marketing.»

Selon lui, Québec peut s'enorgueillir d'être une destination très sécuritaire.

«Cette réputation ne disparaîtra pas, demain matin, à cause d'un incident isolé, aussi grave soit-il», estime André Roy.

Carnaval de Québec

«Il va falloir écouter ce qui se dit à l'extérieur de nos frontières et rajuster le tir s'il le faut», souligne Mélanie Raymond, directrice générale du Carnaval de Québec. L'événement hivernal se tient jusqu'au 12 février.

Pour l'instant, il n'est pas question d'accroître les mesures de sécurité sur les différents sites.

«Depuis dimanche soir, nous sommes en contact avec les policiers et le Bureau des grands événements de la Ville de Québec. Nous suivons la situation de près.»

Festival d'été de Québec

«Il faut bien prendre la mesure des choses», commente Luci Tremblay, la directrice des communications du Festival d'été de Québec. «Il ne faut pas faire peur aux gens non plus dans la réaction que nous aurons lorsque la poussière sera retombée.»

Elle rappelle que les artistes et leur équipe de sécurité qui se pointent au FEQ sont toujours «étonnés» par le fait «qu'il n'y a pas 12 000 policiers sur le terrain pendant les spectacles, que les gens sont pacifiques et que ces derniers déambulent paisiblement dans les rues de Québec en chantant une fois le concert terminé».

«Nous allons voir comment vont aller les choses au cours des prochains jours. Nous travaillons en collaboration avec l'Office du tourisme. Nous verrons alors s'il faut changer nos messages à la population», signale Luci Tremblay en mentionnant que le FEQ prendra aussi le pouls de ses relationnistes en poste à Toronto, aux États-Unis et en France.




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