Le pot, vendu à la SAQ ou au privé?

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Pour l'heure, le marché québécois du cannabis récréatif, ne tenant pas compte de la marijuana servant à des fins médicales, est évalué à environ 1,3 milliard $.

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(Québec) Le marché du cannabis récréatif sera «plus lucratif et mieux encadré» entre les mains de la Société des alcools du Québec (SAQ) que celles du secteur privé, tranche une étude de l'Institut de recherche et d'informations socioéconomiques (IRIS).

Selon un rapport de recherche de l'IRIS, la commercialisation du cannabis par des entreprises privées, entre autres via un réseau de dépanneurs ou de magasins spécialisés, «pourrait générer une valeur ajoutée de 844,9 millions $ et créer 912 emplois», comparativement à «867 millions $ et 982 emplois» si le marché était pris en charge par la SAQ. «De plus, les revenus liés à l'impôt des particuliers, aux taxes à la consommation et à la parafiscalité seraient plus élevés, et ce, de 10,1 millions $, si on passait par la SAQ plutôt que par le privé», poursuit le chercheur Bertrand Schepper, coauteur de l'étude. 

Le rapport d'une trentaine de pages note également que si la société d'État devenait l'unique gestionnaire du produit, cela permettrait d'augmenter de 457 millions $ ses redevances au gouvernement après la première année complète suivant la légalisation. Sur 10 ans, ce sont 8,8 milliards $ qui s'ajouteraient dans les coffres de l'État. 

Depuis plusieurs mois, le débat entourant la légalisation du cannabis à travers le pays s'est intensifié alors que le fédéral planche actuellement sur un projet de loi visant à légaliser la marijuana. Un groupe de travail présidé par l'ancienne ministre Anne McLellan a notamment été formé pour étudier la question. Leur rapport de 120 pages a été déposé à Ottawa, mardi (voir page 5). 

Parmi ses nombreuses recommandations, le comité ne privilégie pas la vente par la SAQ - contrairement à l'IRIS -, mais stipule, tout comme le premier ministre canadien Justin Trudeau l'avait mentionné, que les provinces et les territoires devraient avoir comme tâche de réglementer la distribution et la commercialisation du produit.

Pour l'heure, le marché québécois du cannabis récréatif - ne tenant pas compte de la marijuana servant à des fins médicales - est évalué à environ 1,3 milliard $. «Dans 10 ans, suivant une légalisation, sa valeur pourrait grimper à 3,2 milliards $», estiment les chercheurs Philippe Hurteau et Bertrand Schepper, ajoutant qu'environ 3,7 millions de Québécois ont consommé du cannabis au moins une fois dans leur vie et que 991 632 d'entre eux l'ont fait au cours de la dernière année. «La prohibition du cannabis n'empêche pas une consommation massive de ce produit», poursuivent-ils.

Les deux chercheurs de l'IRIS, qui est un institut de recherche sans but lucratif «indépendant» et «progressiste», sont également d'avis que la SAQ offrirait un meilleur encadrement pour la vente de la marijuana que le secteur privé. 

«La SAQ est mieux équipée pour résister aux pressions des acteurs actuellement présents sur le marché noir. Elle offre également un encadrement plus sécuritaire en ce qui a trait à la vente d'un produit qui pose des risques sur le plan de la santé publique», stipule Philippe Hurteau, qui recommande au gouvernement de Philippe Couillard, si le fédéral va de l'avant avec le projet de loi, que la SAQ prenne en charge le marché du cannabis récréatif. «Après une décennie, qui assurerait que le marché noir soit presque entièrement éradiqué, le gouvernement pourrait décider de maintenir la distribution entre les mains de la SAQ ou de libéraliser progressivement le marché», suggère-t-il.

Aucun plan d'action

Du côté de la SAQ, aucun plan d'action n'a encore été élaboré pour la commercialisation du cannabis. La société d'État précise se concentrer sur son mandat qui est de faire le commerce des boissons alcooliques. 

«Il en revient au gouvernement de décider des orientations dans ce dossier. Si la volonté est d'amener la SAQ à jouer un rôle dans la commercialisation du cannabis, elle s'ajustera à cette nouvelle réalité comme elle a su le faire à d'autres occasions dans le passé», confie le porte-parole, Renaud Dugas.

Pour le ministre québécois des Finances, Carlos Leitão, le débat entourant le choix des modalités de distribution du pot est prématuré. «Dans ce dossier, il faut faire les choses dans l'ordre. Dans un premier temps, le gouvernement fédéral devra légiférer afin de légaliser la marijuana et en clarifier son encadrement. C'est un dossier complexe et un processus qui pourrait prendre un certain temps», relate au Soleil Audrey Cloutier, attachée de presse du ministre.

Par ailleurs, la porte-parole indique que le gouvernement a pris connaissance des recommandations du rapport fédéral et préfère attendre la présentation du projet de loi avant de se prononcer sur la façon dont Québec choisira d'encadrer le commerce et la distribution.

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