Du «Viagra féminin» fabriqué à Québec

Le docteur Fernand Labrie, président et directeur général... (Le Soleil, Yan Doublet)

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Le docteur Fernand Labrie, président et directeur général d'EndoCeutics, promet de mettre Québec sur la carte.

Le Soleil, Yan Doublet

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(Québec) Une décennie et 265 millions $ plus tard, le Dr Fernand Labrie peut réaliser un vieux rêve. Créer à Québec une compagnie pharmaceutique qui fera, bien sûr, de la recherche scientifique, mais aussi de la fabrication et de la commercialisation à grande échelle de médicaments. En donnant le feu vert à la vente de l'Intrarosa - communément appelé le «Viagra féminin» - au sud de la frontière, la U.S. Food and Drug Administration met la capitale sur la carte mondiale de l'industrie pharmaceutique.

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Cette «grande nouvelle» est tombée le 17 novembre. 

L'agence fédérale américaine approuvait l'utilisation de l'Intrarosa, connu à son origine sous le nom de Vaginorm, pour traiter l'atrophie vaginale et la dysfonction sexuelle chez les femmes postménopausées.

EndoCeutics, la compagnie fondée par le Dr Fernand Labrie, n'a pas l'intention d'attendre le feu vert des autorités réglementaires canadiennes et européennes - ce qui, par ailleurs, ne devrait pas tarder - pour commercialiser l'Intrarosa aux États-Unis.

«Nous sommes pressés. Nous menons des travaux depuis 2007. Nous avons investi 265 millions $. Au chapitre des revenus, nous n'avons pas encore touché un seul sou noir», explique le Dr Labrie en précisant que le financement des travaux de recherche et des essais cliniques avait été assuré par EndoCeutics grâce aux profits réalisés à partir des ventes sur le médicament découvert par lui et son équipe, il y a quelques années, pour traiter le cancer de la prostate. 

La multinationale Bayer qui s'était associée en 2010 avec EndoCeutics pour le développement clinique et la commercialisation de l'Intrarosa n'est plus dans le décor depuis déjà un certain temps. «L'Intrarosa, c'est notre affaire. De A à Z.»

Puisque le temps presse, la fabrication des ovules et des applicateurs se fera d'abord dans des usines américaines et mexicaines. EndoCeutics a aussi l'oeil sur une usine située quelque part dans la Belle Province - impossible d'en savoir plus pour l'instant - pour accélérer la cadence de production au cours de la prochaine année.

Toutefois, c'est à Québec que l'usine principale d'EndoCeutics aura pignon sur rue. 

«Nous regardons déjà des terrains. Nous avons commencé à dessiner les plans. Ça devrait commencer à bouger du côté de Québec au cours de la prochaine année», assure Fernand Labrie. Il se donne deux ans avant de procéder à l'inauguration de l'usine numéro un d'EndoCeutics dans la capitale.

«De Québec, nous sommes en mesure de tout faire. La recherche, la production et la commercialisation bien que, dans ce dernier cas, nous allons devoir obtenir un peu d'aide pour percer le marché américain. Nous devrions annoncer l'identité de notre partenaire avant les Fêtes.»

Quant au nombre d'employés d'EndoCeutics, il pourrait atteindre «peut-être 200, peut-être 500 ou peut-être 1000» dans deux ou trois ans, selon le pdg. Actuellement, une cinquantaine de personnes gagnent leur croûte chez EndoCeutics.

Pas d'effets secondaires

La particularité de l'Intrarosa repose sur le fait que l'on remplace les traitements à base d'estrogènes par la molécule DHEA - la déhydroépiandrostérone - pour traiter l'atrophie vaginale et la dysfonction sexuelle qui causent, entre autres, la sécheresse vaginale et la douleur lors de l'activité sexuelle.

«Après la ménopause, il n'y a plus d'estrogènes. Jusqu'à tout récemment, la communauté scientifique croyait qu'il s'agissait de la cause de l'atrophie vaginale et de la dysfonction sexuelle. La cause, nous le prouvons, se retrouve plutôt du côté de la DHEA. À la ménopause, elle baisse à 65 %, puis continue de diminuer au fil et à mesure que le temps passe», explique le docteur Labrie en signalant que la découverte de son équipe démontrait qu'à partir de la ménopause, la DHEA devient la seule source d'hormones sexuelles chez la femme.

«Aux États-Unis, il y a actuellement 32 millions de femmes qui souffrent d'atrophie vaginale. Seulement un million d'entre elles reçoivent des traitements à base d'estrogènes. C'est peu, car elles sont nombreuses à craindre les effets secondaires des traitements à base d'estrogènes.»

Dans le cas de l'Intrarosa, la FDA n'a pas identifié d'effets secondaires auprès de 406 femmes postménopausées âgées de 40 à 80 ans qui ont participé aux derniers essais cliniques.

L'Intrarosa n'est pas un comprimé, mais un ovule contenant 6,5 milligrammes de DHEA qui est déposé dans le vagin à l'aide d'un applicateur en plastique. Il doit être administré tous les jours.

«Viagra féminin»

Le Dr Labrie ne peut s'empêcher de sourire lorsque les médias présentent sa découverte comme le «viagra féminin».

«Ce n'est pas tout à fait ça», s'empresse-t-il de corriger. 

«Bien sûr qu'avec l'âge, le désir et l'excitation sexuelle, ça diminue beaucoup. L'Intrarosa corrige le problème d'atrophie vaginale. Le viagra, lui, apporte une correction de façon temporaire.  Il ne corrige pas le problème (de dysfonction érectile). Seulement une aide passagère. Pour une heure ou deux.»

Par ailleurs, au cours des dernières années, le Dr Fernand Labrie, l'Université Laval et le Centre hospitalier universitaire de Québec (CHU) ont croisé le fer devant les tribunaux au sujet du versement des redevances de l'Intrarosa. Au printemps dernier, la Cour suprême du Canada obligeait le pdg d'EndoCeutics à partager les redevances de son produit avec les deux institutions. 

«Nos discussions se poursuivent», s'est limité à dire le chercheur à ce sujet.

Au tour des bouffées de chaleur!

Après l'atrophie vaginale et la dysfonction sexuelle, EndoCeutics s'attaque aux bouffées de chaleur chez les femmes ménopausées.

Sa réponse : un nouveau médicament nommé Femivia.

Ce traitement par voie orale pourrait être commercialisé dans trois ans. 

Le produit fait actuellement l'objet d'essais cliniques de phase 3, soit la dernière étape d'un long processus d'homologation.

Comme dans le cas de l'atrophie vaginale, la molécule déhydroépiandrostérone (DHEA) vole à la rescousse des femmes. Dans Femivia, la DHEA est combinée à l'Acolbifene, un médicament destiné à prévenir et à traiter l'ostéoporose ainsi que le cancer du sein et de l'endomètre.

«Les femmes qui éprouvent des problèmes au moment de la ménopause sont celles qui présentent un niveau plus bas de DHEA dans leur organisme», indiquait le docteur Labrie au cours d'un entretien avec Le Soleil en 2012.

«Pour venir à bout des bouffées de chaleur, les médecins prescrivaient traditionnellement des estrogènes. À la suite de la publication, en 2002, de travaux de recherche démontrant que l'hormonothérapie faisait augmenter les risques du cancer du sein ou de problèmes cardiaques, les femmes ont massivement abandonné la thérapie par remplacement hormonal.»

Selon une étude effectuée pendant 17 ans auprès de 3300 femmes ménopausées entre 1996 et publiée en 2013 dans la revue américaine Jama Internal Medicine, la durée moyenne d'expression des symptômes des bouffées de chaleur est d'environ sept ans.

«Tout près de 60 % des femmes auront, à un moment donné de leur vie, des bouffées de chaleur importantes, signalait le Dr Labrie. Si ce symptôme fréquent de la ménopause finit par disparaître au bout de quelques années, il affecte la qualité de vie des femmes.» 

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