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Plus de crédit pour les détaillants de la SAQ

Serge Léveillé, propriétaire d'un Petro-Canada à Saint-Henri, a... (Le Soleil, Pascal Ratthé)

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Serge Léveillé, propriétaire d'un Petro-Canada à Saint-Henri, a contacté des responsables à la Société des alcools du Québec pour demander de reporter de quelques mois le moment où la société d'État refusera d'accepter les cartes de crédit des détaillants.

Le Soleil, Pascal Ratthé

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(Québec) À partir du 9 janvier, les 440 agences SAQ à travers la province ne pourront plus régler leur commande d'alcool à la société d'État par carte de crédit, a appris Le Soleil. La Société des alcools du Québec (SAQ) se défend en disant vouloir couper dans les frais d'utilisation des cartes de crédit.

Le 1er novembre dernier, la SAQ a fait parvenir par courriel une lettre aux détaillants propriétaires d'une épicerie ou d'un dépanneur exploitant une agence SAQ indiquant : «Nous retirerons la carte de crédit des modes de paiement offerts à tous nos partenaires d'affaires. Seuls les modes de paiement suivant seront acceptés : comptant et débit, chèque daté du jour de la prise de possession de la commande, par Internet en date du jour avec preuve de paiement en mains et par virement bancaire en date du jour, avec preuve de paiement de votre institution bancaire», peut-on lire dans la missive. 

La SAQ concède dans son mémo que cette nouvelle disposition entraînera, pour les détaillants concernés, des ajustements au cours des prochains mois. «Soyez assuré de notre collaboration durant cette période de transition.»

Pour l'Association des marchands dépanneurs et épiciers du Québec (AMDEQ), cette décision d'affaires aura de lourdes conséquences sur certains détaillants. Le propriétaire d'un Petro-Canada à Saint-Henri-de-Lévis, Serge Léveillé, a d'ailleurs contacté des responsables à la SAQ pour dénoncer la situation. Il demande entre autres de reporter la date de quelques mois afin de trouver «une autre solution».

«Ils ont décidé, sans nous parler, qu'on ne pouvait plus utiliser les cartes de crédit pour nos commandes. J'achète en moyenne 20 000 $ d'alcool par semaine. Et durant les périodes fortes, comme le temps des Fêtes, c'est 35 000 $», affirme l'homme d'affaires, dont l'inventaire en bouteilles de vin et de fort est évalué à environ 60 000 $. «Maintenant, on nous demande de payer en argent, nous avons un problème majeur. Je réalise environ 25 % [des achats] pour mon commerce avec ma carte. L'avantage en payant avec ma carte de crédit, c'est que je pouvais faire mes paiements aux deux semaines. Cela me permettait de vendre une partie de mon stock avant de rembourser», explique celui qui brasse des affaires avec la société d'État depuis un peu plus de deux ans. 

M. Léveillé estime que l'impact se fera également sentir chez le consommateur. «Certains commerçants n'ont pas les moyens de payer 20 000 $ en argent par semaine. Ils vont faire le choix d'avoir moins de produits sur leurs tablettes. Moi, j'ai environ 3000 bouteilles et c'est certains que je ne serai pas capable d'en garder autant», confie-t-il, notant qu'une dizaine d'autres commerçants de la région l'ont contacté pour lui faire part de leurs inquiétudes.

Carte Inspire

«La SAQ donne des millions de dollars au gouvernement et nous, il nous étouffe. Nos clients ne peuvent même pas utiliser la carte fidélité. La SAQ ne veut pas. Il faudrait qu'elle travaille plus avec nous, pour qu'on prenne la même direction. Il faudrait s'asseoir et discuter», poursuit-il. Rappelons que la carte Inspire permet aux clients de la SAQ d'accumuler des points pour obtenir des rabais dans les succursales.

Depuis le début de l'année, les ventes de l'agence SAQ du Petro-Canada représentent environ 700 000 $. Par mois, en payant ses factures avec sa carte de crédit, M. Léveillé indique recevoir une ristourne de 1500 $. «C'est de l'argent qui m'aide à faire mes paiements pour mon bâtiment. C'est un autre montant que je perds», déplore-t-il, assurant ne jamais avoir été en défaut de paiement.

Taux des cartes

Du côté de l'AMDEQ, le directeur général Yves Servais a fait parvenir une lettre, dont Le Soleil a obtenu copie, au ministre des Finances, Carlos Leitão. Il demande entre autres si la récente décision de la SAQ d'interdire l'utilisation des cartes de crédit serait reliée à la croisade menée par l'AMDEQ depuis des années auprès du gouvernement fédéral pour obtenir une baisse significative des taux d'utilisation des cartes de crédit Visa et MasterCard. Afin d'obtenir des réponses, le directeur général réclame une rencontre avec un membre du cabinet. 

«La modification des paiements est une problématique pour les détaillants. C'est dérangeant, car ce sont des montants assez élevés. En payant par carte de crédit, cela lui offrait un petit coussin financier», affirme M. Servais. «La SAQ décide de modifier sa façon de faire à cause des frais reliés aux cartes de crédit. C'est une problématique et c'est ce que l'on dit au gouvernement depuis un bon moment. Il faut réglementer les taux», poursuit-il.

Actuellement, les frais imposés par les compagnies de crédit aux commerçants varient entre 1,5 % et 3 %.

Pour la SAQ, cette décision s'inscrit dans un plan d'optimisation des finances débuté il y a quelques années. Elle assure que cette mesure n'est pas reliée aux mauvais payeurs. «On s'est rendu compte que dans l'industrie agroalimentaire, ce ne sont pas tous les joueurs qui acceptent les paiements par carte de crédit. On a alors pris la décision de standardiser nos pratiques pour s'harmoniser à ce qui se fait dans l'industrie», explique le porte-parole de la société d'État, Renaud Dugas, précisant que cette mesure va engendrer des économies «substantielles» pour la SAQ.

Afin de donner un coup pouce aux détaillants, la société d'État indique offrir la possibilité de paiements différés lors des périodes plus achalandées, soit notamment durant les Fêtes, à Pâques ou l'été. 

Et dans un avenir rapproché, les clients pourraient-ils être également contraints de payer par débit ou en argent dans les succursales? «On n'en est pas là. Ce n'est pas dans les plans», conclut le porte-parole.

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