Hervé Pomerleau raconte son entreprise dans une biographie

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«Pour réussir, il faut être juste et équitable avec tout le monde», estime Hervé Pomerleau.

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(Québec) «On était en route pour signer le contrat d'achat d'une petite maison à Longueuil. On évaluait encore les deux côtés de la médaille. Laurette m'a fait un long exposé sur la réalité d'élever des enfants en ville avec tous les aléas que cela comporte. Je lui dis : "Tu décides, et j'accepterai ce que tu penses le mieux pour nous tous." Laurette me dit alors : "On reste en Beauce!''»

Pour Hervé Pomerleau, fondateur de la compagnie de construction du même nom, ce trajet en voiture en 1964 a été le début d'une longue aventure. «J'ai toujours considéré que Laurette avait pris la décision la plus importante de l'histoire de la compagnie», peut-on lire dans sa biographie, Hervé Pomerleau, bâtisseur du Québec moderne.

Fils d'agriculteur, M. Pomerleau a amorcé sa carrière comme beaucoup de jeunes garçons dans sa région en aidant ses parents dans les tâches quotidiennes. Il obtient à 11 ans à l'école du rang Saint-Guillaume son diplôme de 7e année. En plus de travailler sur la terre familiale, il épaule son paternel, Joseph, considéré comme un «patenteur», dans la construction de fermes. Le printemps, il travaille également dans l'érablière.

Durant son adolescence, il déniche plusieurs petits boulots, dont certains se sont révélés très payants pour l'époque. À l'été 1948, à seulement 15 ans, il part pour le Maine, aux États-Unis, pour récolter des pommes de terre. Une tâche qui lui permettra d'empocher 1150 $ après cinq semaines. À 16 ans, il s'engage comme bûcheron. 

«Je voulais travailler. J'étais jeune, il fallait prendre ce qui passait», se remémore le Beauceron, joint en Floride.

M. Pomerleau n'a toutefois pas l'intention de faire carrière dans ces métiers. Il est attiré davantage par la menuiserie. Il offre alors à 19 ans ses services à la compagnie Kennebec Construction, spécialisée entre autres dans les travaux de voirie et de construction de bâtiments.

De fil en aiguille, il peaufine ses connaissances dans différents chantiers et grimpe les échelons. Le jeune Pomerleau prend de l'assurance. Il passe de menuisier à contremaître à surintendant, à 26 ans.

Comme beaucoup d'autres entreprises, la compagnie où travaillait l'homme décide de s'installer à Montréal pour profiter des contrats en lien avec l'Exposition universelle de 1967. Après mûre réflexion avec Laurette, il décide de ne pas suivre son patron et de rester à Saint-Georges...

Naissance de l'entreprise

Son employeur ayant quitté la région, M. Pomerleau se fait offrir de terminer certains chantiers où il était surintendant. Il continue à prendre de l'expérience et se forge un nom dans le domaine. C'est alors que lui vient l'idée de démarrer sa propre entreprise.

Appuyé par sa conjointe, il convertit une partie du sous-sol de sa maison en bureau et se met à la recherche de contrats. Le 5 juillet 1966, Hervé Pomerleau, avec un budget de 25 000 $, procède à l'incorporation de sa compagnie.

La première année, il décroche plusieurs contrats dans la région, notamment la construction d'écoles, d'hôtels-motels et de centres culturels. Le chiffre d'affaires s'élève à 245 000 $.

Le vent dans les voiles

À sa deuxième année d'activité, Pomerleau réalise 19 projets, puis 23 en 1968 et 33 en 1969. L'entreprise a le vent dans les voiles. La jeune compagnie oeuvre dans les secteurs résidentiel, commercial et institutionnel. Elle construit également des centraux téléphoniques et des résidences pour personnes âgées.

Dans les années 70, l'homme d'affaires choisit de miser sur des projets plus complexes. Il travaille entre autres sur la construction de l'hôpital de la base militaire de Valcartier, de centres administratifs régionaux pour Hydro-Québec et de plusieurs centres commerciaux. 

Pour pallier l'une des faiblesses qu'il constatait dans ses chantiers, M. Pomerleau décide d'agrandir sa famille. Et fonde en 1971 une nouvelle compagnie, Ciment et Tuiles de Beauce, spécialisée dans le béton poli, la céramique, le marbre et le terrazzo. En 1977, pour diminuer son nombre de sous--traitants, il met sur pied Ébénisterie Beaubois, spécialisée dans l'ameublement sur mesure. Il investit également dans la compagnie Béton Bolduc, de Sainte-Marie. Celle-ci devait faire faillite.

Multipliant les chantiers, Pomerleau devient, dans les années 80, le plus important entrepreneur au Québec et ouvre un premier bureau à Montréal. En 1986, la compagnie, qui compte 750 travailleurs, jongle avec un chiffre d'affaires de 165,5 millions $.

Des hôtels aux centrales

Au cours des autres décennies, dans son portfolio, l'entreprise ajoute notamment l'hôtellerie, la construction de centrales hydroélectriques et de casinos. Elle rénove et devient propriétaire du Château Bonne Entente, à Québec, et fait construire Le Georgesville, un hôtel et un centre des congrès en Beauce. Elle fait en outre une percée en Floride.

L 'entreprise Hervé Pomerleau touche à divers secteurs... (Photothèque Le Soleil) - image 2.0

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L 'entreprise Hervé Pomerleau touche à divers secteurs de la construction, dont les casinos, comme celui de Lac-Leamy.

Photothèque Le Soleil

L'un de ses plus importants projets a été la construction du 1000, de la Gauchetière, à Montréal. Il s'agissait d'une tour de 51 étages évaluée à 250 millions $. Elle a été inaugurée en 1992.

U n des plus importants projets du groupe... (Photothèque Le Soleil) - image 3.0

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U n des plus importants projets du groupe Pomerleau a été la construction de la tour de 51 étages du 1000, de la Gauchetière, à Montréal.

Photothèque Le Soleil

Malgré toutes ses expansions, M. Pomerleau a toujours tenu à conserver le siège social de sa compagnie à Saint-Georges, en Beauce. Aujourd'hui, ce sont ses enfants qui ont pris la relève et dirigent la société, soit Pierre, Francis, Élaine et Gaby. Pomerleau emploie jusqu'à 4000 personnes à ses 9 bureaux régionaux et dans plus de 125 chantiers à travers le pays. En 2015, son chiffre d'affaires a été de 1,5 milliard $.

«Pour réussir, il faut être juste et équitable avec tout le monde. C'est ce que nous avons toujours fait avec les années et cela a marché. Je n'ai pas eu de formation universitaire, mais j'ai eu une formation de la vie», indique M. Pomerleau, qui s'est toujours impliqué dans sa communauté. Il a d'ailleurs été de ceux qui ont bataillé pour le prolongement de l'autoroute 73. Maintenant, il faut poursuivre les démarches pour qu'elle se prolonge jusqu'aux États-Unis, conclut l'homme de 84 ans.

PIERRE C. POULIN. Hervé Pomerleau,  bâtisseur du Québec moderne, Les éditions GID, 2016, 416 p.

À «Pointe-aux-Troubles»

Cherchant à prendre de l'expansion, Hervé Pomerleau souhaite étendre en 1975 ses tentacules jusqu'à Montréal. Il soumissionne avec succès sur un projet de 216 logements à Pointe-aux-Trembles. Le développement comprenait une tour de neuf étages, quatre bâtiments de quatre étages et sept maisons de ville. C'est qui ça, Hervé Pomerleau? se demandaient ses compétiteurs. La première expérience dans la métropole n'est toutefois pas de tout repos. Plusieurs vols et méfaits ont lieu sur le chantier. Un bon matin, des ouvriers constatent que l'ancrage de l'une des grues est retiré et qu'un autre est déboulonné. Ils communiquent alors avec les policiers. L'endroit est rebaptisé «Pointe-aux-Troubles» par les travailleurs. Le propriétaire du développement a poursuivi la compagnie de Beauce. «HP inc. est sortie de cette histoire gagnante sur tous les plans», peut-on lire dans le livre Hervé Pomerleau, bâtisseur du Québec moderne.  

 

Le sauvetage

L'un des défis importants qu'a relevés la compagnie Pomerleau est la construction de l'édifice La Laurentienne, dans les années 80, une tour de bureaux de 32 étages, à Montréal. Aujourd'hui connu sous le nom de 1100 René-Lévesque, il s'agissait alors du premier gratte-ciel à être construit par la compagnie beauceronne. L'imposant chantier, qui touchait à trois rues, a donné quelques maux de tête à Hervé Pomerleau. Durant les travaux, «deux pieds de béton» s'étaient entre autres retrouvés dans le sous-sol d'une église anglicane voisine. Le liquide s'était faufilé par un tuyau inutilisé. Par ailleurs, un sous-traitant de Pomerleau, le Groupe Cayouette Superseal, a frôlé la faillite durant les travaux. Il était responsable de l'installation des murs-rideaux qui couvraient l'édifice. Afin que le projet garde le cap et se termine dans les délais prévus, M. Pomerleau avait déplié les billets verts pour acquérir la compagnie en difficulté. Cette dernière a subi par la suite une importante restructuration et a été rebaptisée Hyalin international.

La frousse

Depuis les premiers pas de la compagnie, Hervé Pomerleau cherche à percer les marchés étrangers. Dans les années 90, il atteint son objectif et lance la filiale Pomerleau International. Il ouvre un bureau à Ottawa. La compétition est toutefois féroce dans la province. Il s'agit d'une période plus difficile. Les contrats sont plus rares, et les entreprises sont plus nombreuses à soumissionner. Afin de se démarquer, l'homme d'affaires participe à des missions économiques à l'étranger. En 1994, il s'envole pour le Cambodge. Deux projets retiennent l'attention de l'entrepreneur, dont l'un d'Hydro-Québec. Il voyage également en Russie et au Moyen-Orient. Lors de l'une de ses missions commerciales, M. Pomerleau a eu une surprise de taille. «Du Liban, on partait vers Damas, en Syrie; c'est la seule fois où l'on s'est fait arrêter. Hé, bateau! Il y en a qui avaient la frousse, la mitrailleuse pointée dans la figure comme ça.» Arrêté, le groupe a été interrogé sur les raisons de sa présence. Trois heures plus tard, après une vérification des passeports, il a pu reprendre la route. À la fin des années 90, n'ayant pas les bénéfices désirés à l'international et devant le danger de travailler à l'étranger, Pomerleau choisit de recentrer ses activités sur le Québec et le Canada.

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