Blanchiment d'argent: Desjardins vous surveille

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Chaque année, près de 1000 dossiers qui soulèvent des interrogations sur le blanchiment d'argent sont transmis par Desjardins au Centre d'analyse des opérations et déclarations financières du Canada (CANAFE).

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(Québec) Avez-vous déjà effectué une transaction «non habituelle», entre autres déposer un montant de plus de 5000 $ dans votre compte Desjardins? Si oui, le Mouvement a évalué le risque potentiel qu'il s'agisse de blanchiment d'argent ou d'argent pouvant servir au financement terroriste.

Depuis 2011, Desjardins a mis sur pied une unité, possédant des bureaux à Québec et à Montréal, qui compte aujourd'hui près 100 personnes afin d'évaluer les transactions «douteuses» de ses clients, mais également celles de ses employés. En plus de cette division, une centaine d'autres travailleurs répartis à travers les caisses de la province monte la garde pour enrayer les fraudes financières.

«Oui, il y a du blanchiment au Canada. Toutefois, au niveau des outils pour contrer les fraudes, on s'en tire bien si on se compare aux pays du G7 et G20», indique Éric Lachapelle, chef de conformité responsable de la lutte contre le blanchiment d'argent chez Desjardins.

Chaque année, «près de 1000 dossiers» qui soulèvent des interrogations sont transmis par Desjardins au Centre d'analyse des opérations et déclarations financières du Canada (CANAFE). Ce dernier est un organisme qui poursuit l'analyse et au besoin transmet les documents aux autorités concernées, notamment les policiers.

«Dès que tu as un motif raisonnable de soupçonner qu'une infraction désignée a lieu, un crime avec de l'argent, que ce soit du trafic d'être humain, de la drogue ou une fraude immobilière, tu dois la déclarer», explique M. Lachapelle, notant que tous les employés au sein du Mouvement sont formés pour identifier les transactions suspectes.

«Chaque mois, je reçois une liste de folios à risque. Je dois savoir ce qui se passe dans ces comptes-là», note pour sa part Denis Laforest, directeur général de la caisse située sur Marie-de-l'Incarnation. «Par exemple, au niveau des guichets automatiques autonomes, il faut se questionner, il pourrait y avoir du recyclage d'argent», ajoute-t-il.

En plus de la vigilance des employés, Desjardins possède également des outils à la fine pointe de la technologie pour détecter les anomalies parmi les transactions. Chaque client est catégorisé par un pointage. Plus la personne est à risque, plus elle est surveillée. «Tu es nommé à la commission Charbonneau, tu gagnes des points. Tu es dans les médias et tu es accusé de quelque chose, tu gagnes des points. Tu es plus à risque», dit M. Lachapelle.

Dans un rapport d'évaluation du Canada publié par le Groupe d'action financière (GAFI), baptisé Anti-Money Laundering and Counter-Terrorist Financing Measures, on peut lire que le CANAFE a reçu, pour 2014-2015, 92 531 dossiers à analyser. Ces documents proviennent entre autres des banques, des Credit Unions/Caisses populaires et des casinos. Il n'est toutefois pas possible de savoir combien de dossiers ont cheminé jusque sur le bureau des policiers.

Secteur immobilier

Selon l'analyse des chercheurs, le secteur de l'immobilier est un terrain de jeu populaire pour blanchir de l'argent au Canada. Les secteurs des oeuvres de charité ainsi que celui de l'assurance-vie sont également à risque.

«Les criminels, la base, c'est l'argent. C'est comment l'intégrer dans le système. Pour le faire, il faut se tourner vers les institutions financières ou les casinos. Tu peux aussi acheter des immeubles ou acheter des bijoux de luxe. Il y en a même qui utilisent les guichets», affirme M. Lachapelle, confiant devoir exclure des gens du Mouvement lorsqu'il y a trop de soupçons envers la personne.

«Pour le terroriste, l'objectif est d'envoyer de l'argent vers un groupe pour qu'un acte se produise. Il y en a beaucoup moins, mais il y en a», déplore le responsable. «Lorsque tu vois qu'une personne a envoyé de l'argent dans un pays en guerre, tu te questionnes. Dans son compte bancaire, lorsque tu vois que dans le mois précédent, il a acheté un billet d'avion, tu transmets le document, car il y a un drapeau rouge.»

Pour le Canada, le rapport du GAFI note entre autres que le rôle des avocats, des bijoutiers, des courtiers et des notaires devrait être plus important dans la lutte contre le blanchiment d'argent. Pour les avocats, la Cour suprême du Canada a déterminé que les transactions étaient protégées par le secret professionnel, faisant en sorte que les organismes ne peuvent pas étudier les dossiers.

«Le Canada doit également s'améliorer sur les règles de transparence des entreprises. Et les personnes plus vulnérables, à risque, notamment un premier ministre ou un maire, doivent être plus surveillées. Ils sont plus à risque de se faire corrompre», conclut M. Lachapelle, également coprésident du chapitre de Montréal de l'Association of Certified Anti-Money Laundering Specialist (ACAMS). Ce groupe tiendra d'ailleurs une première conférence sur le blanchiment d'argent dans la capitale, mercredi.

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