Conflit du bois d'oeuvre: Les Etchemins, zone sinistrée

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Le Canada et les États-Unis ont entamé une cinquième série de négociations sur le commerce de bois résineux en moins de 35 ans.

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(Québec) Préfet de la municipalité régionale de comté (MRC) des Etchemins et maire de Lac-Etchemin, Harold Gagnon a encore frais en mémoire la dernière série de négociations - celle de 2002-2006 - entre le Canada et les États-Unis sur le bois d'oeuvre.

«Nous avions perdu 1000 emplois. Oui, 1000 emplois! Pour une MRC d'un peu moins de 17 000 habitants, laissez-moi vous dire que ça donne un coup», décrit-il au Soleil.

«À Sainte-Aurélie, par exemple, il y avait cinq ou six usines de sciage. Aujourd'hui, il n'en reste plus que deux. Entre 400 et 500 emplois se sont envolés. Une catastrophe pour une communauté de moins de 900 habitants.»

Alors que le Canada et les États-Unis sont engagés dans une nouvelle série de négociations - la cinquième - en vue de la conclusion d'un nouvel accord sur le bois d'oeuvre, Harold Gagnon constate que tout le monde est assis au bout de sa chaise. Et s'attend au pire.

«Comment tout ça va finir? Personne ne le sait. Ce que je constate, par ailleurs, c'est que l'activité forestière tourne au ralenti. Les camions des transporteurs de bois sont dans les cours et ne bougent pas trop.»

«L'avenir n'est pas rose du tout, d'autant plus qu'il faut appréhender une nouvelle crise du bois d'oeuvre», constate Yanick Godbout, directeur et commissaire à l'exportation chez Développement PME Chaudière-Appalaches. «Dans la MRC des Etchemins, on raconte que les arbres meurent de vieillesse, car il n'y a pratiquement plus de coupe qui se fait!»

L'importance de la forêt

La forêt couvre la majeure partie (71 %) du territoire de la région de la Chaudière-Appalaches. Elle occupe 80 % de celui de la MRC des Etchemins.

Pas surprenant que la Chaudière-Appalaches soit la principale région de fabrication des produits du bois au Québec. Le secteur du bois dans cette région regroupe 244 établissements de première, de deuxième et de troisième transformation employant près de 4000 travailleurs et générant, en 2012, des revenus de plus de 950 millions $ de biens fabriqués. Du nombre, on recense une quarantaine de scieries. Moins d'une vingtaine d'entre elles compte plus de 25 employés.

«À la suite de la crise du bois d'oeuvre de 2002-2006 et des difficultés rencontrées par la suite par l'économie américaine, il y a beaucoup de fermetures de scieries», rend compte Lise Céré, directrice de Bois Chaudière-Appalaches, une organisation qui aide les entreprises manufacturières du secteur de la transformation du bois à devenir plus compétitives.

Nombreuses sont les scieries et les entreprises de première transformation qui vendent leur bois aux États-Unis. Rares sont celles, par ailleurs, qui exportent ailleurs qu'au pays de l'Oncle Sam.

Il y a Matériaux Blanchet (Saint-Pamphile) qui brasse des affaires en Asie, Usine Sartigan (Saint-Honoré-de-Shenley) en Europe et Produits forestiers DG (Saint-Côme-Linière) en Amérique du Sud.

«Il n'est pas évident de faire sa place sur les marchés extérieurs», fait remarquer Yanick Godbout. «Le bois, c'est gros, c'est lourd. Les coûts de transport sont élevés. Et des joueurs majeurs, comme la Russie, sont très présents, notamment du côté de l'Asie.»

Les scieries doivent alors faire des pieds et des mains pour vendre leur bois aux entreprises de deuxième et de troisième transformation, notamment aux fabricants de meubles.

«Des fabricants de meubles, il y en a de moins en moins», fait remarquer Lise Céré.

Un plan pour relancer l'économie

Alors que ses voisins dans la région de la Chaudière-Appalaches - pensons seulement à la Beauce et à Lévis - surfent sur la vague de la croissance, la MRC des Etchemins ne parvient pas à remettre son économie en marche.

«Nous sommes déterminés à diversifier notre économie, trop souvent malmenée par les misères de l'industrie forestière, et à redonner un élan à l'entrepreneuriat local», indique le préfet de la MRC des Etchemins et maire de Lac-Etchemin, Harold Gagnon.

Pour ce faire, la région mise sur trois axes de développement : la villégiature, le récréotourisme et le soutien à la création d'emplois en milieu industriel.

Liste d'épicerie

Lors de la dernière campagne électorale, les candidats libéraux et leur chef, Philippe Couillard, avaient demandé aux leaders socioéconomiques de la MRC des Etchemins de leur faire des propositions pour aider à la relance de la région.

Ils ont été pris au mot. Ils espèrent maintenant être entendus.

La MRC vient d'acheminer au gouvernement du Québec sa liste d'épicerie. 

On demande, entre autres, des assouplissements au zonage agricole et à la réglementation environnementale pour favoriser l'établissement de nouveaux résidents permanents et de villégiateurs.

«Nous proposons au gouvernement de nous désigner comme une sorte de MRC laboratoire pour permettre la réalisation de projets avant-gardistes qui sortent des normes traditionnelles», résume M. Gagnon. Pour financer des projets inscrits dans son plan de relance, la MRC demande un coup de pouce de 1,2 million $ pour une durée minimale de trois ans. 

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Le bois canadien traverse la frontière depuis l'époque de la Nouvelle-France.

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La mort, les impôts et une chicane sur le bois d'oeuvre

Parmi les fatalités de la vie, il y a la mort, les impôts et une bonne chicane avec les États-Unis sur le bois d'oeuvre!

Le bois canadien traverse la frontière depuis l'époque de la Nouvelle-France.

Après la Seconde Guerre mondiale (1939-1945), les exportations de bois de construction canadien chez nos voisins du sud grimpent en flèche.

Évidemment, ça ne fait pas le bonheur des producteurs américains qui accentuent alors les pressions sur Washington pour que l'Oncle Sam impose des mesures afin de restreindre l'accès du bois d'oeuvre canadien au vaste marché américain.

Pour les producteurs américains, leur survie à long terme est menacée. Des mesures protectionnistes s'imposent.

Une première ronde de négociation s'amorce en 1982-1983.

Il s'en suivra une deuxième en 1986. Puis une troisième en 1991-1996. Et une quatrième en 2001-2006.

Le dernier accord encadrant le commerce de bois résineux entre le Canada et les États-Unis a été signé en septembre 2006. Il devait prendre fin en octobre 2013, mais il a été prolongé jusqu'en octobre 2015.

«Dans le cadre de cet accord, il était prévu que le Canada impose des mesures en vue d'appliquer des taxes et des quotas sur ses exportations de bois d'oeuvre destinées aux États-Unis. En échange, les États-Unis s'étaient engagés à ne pas entamer d'enquêtes en vue d'imposer des droits antidumping ou compensateurs sur les exportations de bois d'oeuvre résineux du Canada pendant la durée de l'accord et durant les 12 mois suivants son échéance», résume le ministère québécois de l'Économie, de la Science et de l'Innovation sur son site Web.

Le Canada et les États-Unis ont donc entamé une cinquième série de négociations en moins de 35 ans.

Le Canada non conforme?

Toujours selon le ministère de l'Économie, de la Science et de l'Innovation, «les États-Unis prétextent que le Canada - tant le gouvernement fédéral que les gouvernements des provinces - subventionne les producteurs de bois d'oeuvre résineux, ce qui serait non conforme aux engagements internationaux pris par le Canada et conférerait, du même coup, la possibilité aux États-Unis d'instaurer des droits compensateurs sous forme de droits de douane. L'argumentaire américain tire son origine des différences entre les régimes forestiers en vigueur aux États-Unis et au Canada, endroit où la majorité des terres exploitées appartiennent au domaine public.»

En adoptant, en 2013, un régime forestier, le gouvernement du Québec estime avoir mis en place un «marché libre» des bois.

«Notre système d'enchère, ainsi que la transposition de ses résultats sur la valeur des garanties d'approvisionnement, fait en sorte que 100 % du bois provenant des terres publiques au Québec est alloué selon sa juste valeur au marché. Ceci invalide toute présomption de concurrence déloyale de la part des producteurs de bois d'oeuvre américains», déclarait, en juin dernier, l'ancien ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, Laurent Lessard.

Qu'est-ce que le bois d'oeuvre

Aussi appelé bois de construction, le bois d'oeuvre est utilisé principalement pour la construction de charpentes de maison. L'épinette, le pin et le thuya sont les principales essences transformées en bois d'oeuvre. Sorties de la forêt, les billes de bois sont transportées vers les usines de sciages où elles sont transformées en planches, en madriers ou en poutres. Source: Radio-Canada

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