La Wallonie bloque l'accord de libre-échange

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Philippe Siuberski
La Presse Canadienne
Bruxelles

Malgré les pressions internationales, la région francophone de Wallonie a mis vendredi son veto à la signature par la Belgique du controversé traité de libre-échange entre l'UE et le Canada (CETA), réclamant des garanties supplémentaires avant la mise en oeuvre de l'accord.

Le Parlement de la Wallonie, l'une des sept assemblées législatives de Belgique dont l'aval est indispensable à la ratification du traité négocié pendant sept ans par l'UE, a adopté à une large majorité une résolution demandant à son ministre-président, le socialiste Paul Magnette, de ne pas autoriser la Belgique à signer l'accord avec le Canada.

«Je ne donnerai pas les pleins pouvoirs au gouvernement fédéral et la Belgique ne signera pas le CETA le 18 octobre», date d'une réunion des ministres de l'UE à Luxembourg où le traité devait en principe être adopté par les 28 États membres, a martelé M. Magnette.

«Je ne prends pas ceci comme un enterrement, mais comme une demande de rouvrir des négociations, en souhaitant qu'elle puisse être entendue par les dirigeants européens», a toutefois nuancé l'élu socialiste, qui a multiplié les contacts ces derniers jours, notamment avec le président français François Hollande et le chef de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker.

«Oui à l'approfondissement des échanges commerciaux avec le Canada [...], mais non au texte qu'on nous propose sous cette forme», a lancé la députée socialiste Olga Zrihen lors du débat, par moments houleux, devant le Parlement régional à Namur (sud).

«Cuba de l'Europe»

«Nous sommes une part du pouvoir européen», a souligné Mme Zrihen au nom de la majorité de centre-gauche qui dirige la Wallonie, une région de quelque quatre millions d'habitants, dont l'industrie souffre depuis des années des effets de la mondialisation, comme l'a encore prouvé l'annonce récente de la fermeture de la grande usine de Charleroi (sud) du fabricant américain d'engins de chantier Caterpillar.

«Vous n'avez pas le sens de l'État, vous prenez en otage la Belgique et l'Europe», l'a tancée sa collègue libérale Virginie Defrang-Firket, estimant que la région, après ce vote, allait devenir le «Cuba de l'Europe».

Jeudi, la Nouvelle alliance flamande (N-VA, nationaliste), plus grand parti de Flandre, a accusé la «République soviétique de Wallonie» de mettre en péril les intérêts commerciaux de la Flandre.

Et le chef de la diplomatie belge, Didier Reynders, a pointé le risque d'isolement de la Belgique. «Cela m'embête pour l'avenir de l'Europe, pourquoi ajouter une crise en plus?», s'est-il interrogé.

Rendez-vous à l'Élysée

Paul Magnette a répliqué en disant préférer un «isolement diplomatique» à une coupure avec la société civile wallonne, dont des pans entiers (syndicats, ONG, agriculteurs...) s'opposent au traité négocié par la Commission au nom des 500 millions d'Européens et par Ottawa pour les 35 millions de Canadiens, de crainte qu'il affaiblisse les services publics ou sonne l'arrêt de mort de l'agriculture wallonne déjà en crise.

Laissant toutefois la porte entrouverte à un accord de dernière minute, M. Magnette n'a pas réclamé une réouverture des négociations sur l'ensemble du traité.

Mais il a insisté pour que la récente «déclaration interprétative» qui l'accompagne, destinée à rassurer les sceptiques, soit dotée du «même poids juridique» que le CETA lui-même.

«Mardi, on aura un conseil [des ministres de l'UE] et d'ici là, il y a un processus qui est en cours», a prudemment affirmé après le vote un porte-parole de la Commission européenne, preuve que les lignes pourraient encore bouger.

Mais la patience du Canada a ses limites. «Si dans une semaine ou deux, l'Europe est incapable de signer une entente commerciale progressiste avec un pays comme le Canada, avec qui l'Europe pense-t-elle faire affaire dans les années à venir?», a prévenu jeudi son premier ministre, Justin Trudeau.

Le moment est venu «pour l'Europe de décider à quoi sert l'Union européenne», a estimé le responsable canadien, attendu à Bruxelles le 27 octobre pour la signature finale du CETA.

Pierre Pettigrew se rend à Paris pour rencontrer... (AP, John Marshall Mantel) - image 2.0

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Pierre Pettigrew se rend à Paris pour rencontrer des représentants de la Wallonie après que le parlement régional eut voté plus tôt vendredi pour rejeter l'entente.

AP, John Marshall Mantel

Pierre Pettigrew en renfort

Le Canada a chargé son envoyé pour l'accord économique et commercial global entre le Canada et l'Union européenne (UE) de la mission de rencontrer les dirigeants de la région belge de la Wallonie, qui a voté pour rejeter l'entente commerciale.

Pierre Pettigrew, un ancien ministre libéral fédéral du Commerce international et des Affaires étrangères, récemment nommé par le gouvernement actuel, se rend à Paris pour rencontrer des représentants de la Wallonie après que le parlement régional eut voté plus tôt vendredi pour rejeter l'entente.

Le premier ministre Justin Trudeau se dit certain que l'accord commercial deviendra réalité.«Je suis confiant qu'il y a suffisamment de pays européens forts comme la France, comme nous l'avons vu hier [jeudi], l'Allemagne, qui est pleinement à bord et aussi d'autres, que cette entente va passer», a déclaré M. Trudeau à Medecine Hat, en Alberta, où il fait campagne pour une élection complémentaire. Un porte-parole de la ministre du Commerce international Chrystia Freeland a dit que le Canada continue de travailler avec ses partenaires européens pour que l'entente soit signée.

«Nous continuons de dire qu'il s'agit d'une entente excellente pour le Canada et l'UE qui va livrer des résultats positifs et des occasions réelles pour les citoyens du Canada et les citoyens de l'UE», a dit le porte-parole Alex Lawrence en entrevue.

Rencontre la semaine prochaine

Les ministres européens du Commerce doivent se rencontrer la semaine prochaine pour considérer l'accord.

La semaine suivante, M. Trudeau rencontrera ses homologues européens à l'occasion d'un sommet à Bruxelles où on prévoit que les deux côtés signent l'accord.

Le premier ministre a déclaré vendredi que son gouvernement a fait beaucoup d'efforts pour améliorer l'entente.

«Nous avons démontré que nous sommes un pays progressiste qui a réussi à concocter l'une des ententes commerciales les plus progressistes jamais proposées au monde.

«Il s'agit en fait d'une nouvelle norme de référence pour ce genre d'entente commerciale qui va démontrer qu'elles sont bonnes pour les citoyens et les petites entreprises, pas juste pour les grandes entreprises et la situation financière du pays.»

Jeudi, M. Trudeau avait eu des mots durs pour l'Europe alors que le barrage wallon se pointait à l'horizon.

Il avait dit que cela serait une «honte» si l'entente ne pouvait être signée.

M. Lawrence a fait écho à ces propos vendredi après le vote en Wallonie.

«Comme le Canada l'a dit, il s'agit d'une entente progressiste. Et si l'Europe est incapable de signer une entente progressiste avec un pays comme le Canada, cela va envoyer un message clair et très regrettable.»

Le Canada et l'UE se sont engagés à signer l'accord cette année et à le ratifier l'an prochain.

La ministre canadienne du Commerce international, Chrystia Freeland, a déclaré qu'il s'agit d'une entente «en or» qui offrira au Canada un meilleur accès à un marché de plus de 400 millions de consommateurs.

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