Taxis: une rencontre avec Couillard ou «ça va être le bordel»

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(Québec) Le front commun des chauffeurs de taxi du Québec demande une rencontre d'urgence au premier ministre Philippe Couillard pour lui proposer une sortie à la crise qui secoue l'industrie, surtout depuis que le gouvernement a autorisé Uber à réaliser un projet-pilote d'un an. Si rien ne change, les chauffeurs promettent que ça «sera le bordel au Québec».

Une manifestation organisée à la dernière minute a rassemblé une centaine de chauffeurs mercredi devant l'Assemblée nationale, dont une trentaine de Montréal, venue par solidarité. La veille, un juge rejetait une seconde fois en deux semaines une injonction déposée par l'industrie, visant à faire cesser les activités d'Uber. La Cour n'a pas retenu la notion de dommages irréparables que subiraient les chauffeurs avec le déploiement du projet-pilote.

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Des chauffeurs de taxi de Québec et Montréal manifestent devant l'Assemblée nationale pour démontrer leur opposition à Uber, mercredi.

Le Soleil, Pascal Ratthé

«On nous a demandé d'être civilisés, d'être respectueux envers l'État. Ça va faire le niaisage, lance Benoît Jugand, représentant du front commun, associé aux Métallos. Les gens sont en colère. Ils sont écoeurés de la situation. On a une crise sociale. Ça va être le bordel au Québec, s'il ne comprend pas raison», ajoute-t-il, tranchant.

Plus que jamais, les chauffeurs ont l'impression de s'être fait berner par le gouvernement libéral. «Un premier ministre (des transports) est passé en disant qu'Uber était illégal et qu'il devait se conformer. C'est bizarre, ce ministre (Robert Poëti) est parti. Le ministre Daoust a dit qu'il y aurait un système à une seule vitesse. Ho! Il est disparu. Et là, on a le ministre Lessard qui dit qu'il va se conformer à ce qui est édicté dans la loi. Par la suite, on apprend qu'il a négocié par la porte d'en arrière avec Uber.»

Chaque fois, le front commun affirme s'être fait dire par ces ministres que c'est la volonté du premier ministre de permettre à Uber de faire du transport de personnes, d'où la volonté de rencontrer M. Couillard. «Le PM s'est toujours caché. S'il est capable de rencontrer Uber à portes closes, il est capable de rencontrer l'industrie du taxi», insiste M. Jugand.

Abdallah Homsy, du regroupement des intermédiaires du taxi de Québec (RITQ) et M. Jugand se sont rendus au bureau du premier ministre pour lui remettre une demande de rencontre. «Nous comptons lui faire nos propositions de vive voix», explique M. Homsy, qui ne veut pas en dévoiler davantage. Les chauffeurs reprochent notamment au gouvernement d'autoriser le fonctionnement d'Uber, sans que ses chauffeurs détiennent des permis d'exploitation, ni ne possèdent un permis valide de transport de personnes.

Pour le front commun, qui représente 22 000 chauffeurs, une sortie de crise permettrait «d'éviter les confrontations qui s'annoncent». Une manifestation nationale, dont l'heure et l'endroit n'ont pas été dévoilés, doit se tenir mercredi prochain.

Couillard intransigeant

Devant cette demande des chauffeurs de taxi, le premier ministre Philippe Couillard s'est montré intransigeant. «Si c'est pour parler de l'avenir de l'industrie du taxi, je veux bien. Par contre, si c'est pour parler du projet pilote et nous demander de ne pas le faire, ça vaut pas vraiment la peine, on va faire le projet pilote. C'est important de le faire», a-t-il exprimé en marge d'un point de presse à Lévis en fin de journée mercredi.

Selon le premier ministre, le gouvernement «a pensé» aux chauffeurs de taxi dans son projet pilote avec Uber, en ayant des exigences élevées à l'endroit de la multinationale, comme des permis, des assurances et des redevances.

«Je demande aux chauffeurs de taxi d'avoir une attitude plus positive. Je comprends leur inquiétude, mais cette inquiétude-là, on l'a bien partagée, on en a tenu compte. Maintenant, c'est un mouvement qui doit se faire, qui va se faire et j'espère que ça va être fait avec la participation de tout le monde.» Avec Patricia Cloutier

Uber: aucune date prévue pour l'entrée en vigueur du projet pilote

Même si le projet pilote qui encadre les activités d'Uber a été rendu public il y a 20 jours, aucune date n'a encore été établie pour son entrée en vigueur.

Le 9 septembre, le ministre des Transports, Laurent Lessard, a rendu publique l'entente préliminaire qui prévoit les conditions à l'intérieur desquelles Uber pourra fonctionner légalement. Ce jour-là, le cabinet du ministre a soutenu qu'elle s'appliquerait à partir du 29 septembre pour respecter les 20 jours de publication prévus à la nouvelle Loi sur le transport rémunéré de personnes.

Selon cette version, des chauffeurs d'Uber pourraient transporter des clients jeudi sans être embêtés par des agents de Contrôle routier Québec.

Mercredi, le même cabinet a plutôt expliqué qu'un «arrêté ministériel» - une décision du ministre - précisant davantage l'entente intervenue avec Uber devra d'abord être publié dans la Gazette officielle du Québec. Il faudra ensuite attendre 15 jours avant que le projet pilote n'entre en vigueur. Aucune date n'est encore avancée pour la publication de l'arrêté ministériel.

Depuis Toronto, où le ministre a participé mercredi à une réunion avec ses homologues canadiens, l'attaché de presse Mathieu Gaudreault a réitéré l'intention de Québec d'aller de l'avant avec le projet pilote.

Demande de permis

Il faudra pour cela qu'Uber possède son permis d'intermédiaire de taxi. La multinationale n'a toujours pas déposé de demande officielle, a confirmé mercredi la Commission des transports du Québec. Environ trois mois seront nécessaires pour passer au travers du processus d'examen, qui comprend une consultation publique.

La porte-parole péquiste en matière de transports, Martine Ouellet, a dénoncé la «trahison» du Parti libéral envers des chauffeurs de taxi «désespérés» et à «bout de patience». «Ils ont respecté les lois, ce sont d'honnêtes travailleurs, et là, ils subissent une concurrence illégale et maintenant déloyale en raison de l'entente qui n'a pas de bon sens qui a été signée par Philippe Couillard», a déclaré Mme Ouellet, qui s'est mêlée aux chauffeurs de taxi manifestant devant l'Assemblée nationale à l'heure du midi.

De son côté, le solidaire Amir Khadir croit que le gouvernement cherche la «confrontation» avec les chauffeurs de taxi. «Il est temps pour le ministre Lessard de changer son fusil d'épaule, a dit M. Khadir. Il montrerait enfin qu'il a un peu de jugement sur les questions d'intégrité.»

En attendant l'arrêté ministériel, les contrôleurs routiers continueront de traquer les transporteurs illégaux «comme avant», a confirmé le porte-parole de Contrôle routier Québec, Éric Santerre. Depuis l'entrée en vigueur de la nouvelle loi, huit chauffeurs d'Uber ont vu leur voiture saisie et leur permis de conduire suspendu à Québec, en plus d'écoper d'amendes salées. À l'échelle du Québec, en dehors de Montréal, il y en a eu une vingtaine. Simon Boivin et Annie Morin

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