Marcel Bérubé, l'homme qui n'a pu sauver IKEA

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«Le commerce de Québec était le seul au Canada qui n'était pas rentable. Les ventes par client dépassaient à peine 100 $.» - Marcel Bérubé, alors directeur du magasin IKEA à Québec en 1996

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(Québec) «Quand je mettais les pieds dans un magasin, on me surnommait le closer. Mon boulot consistait à redresser la situation d'un commerce en difficulté et, si la chose était impossible, de mettre la clé sous la porte.»

Le closer, c'était Marcel Bérubé.

Figure bien connue dans le milieu des affaires dans la région de Québec, il est aujourd'hui président du Groupe Perspective, une firme spécialisée en recrutement de personnel.

Étudiant, il avait mis la main à la pâte pour les préparatifs entourant l'ouverture - le 10 mars 1982 - du magasin IKEA de Place Lebourgneuf.

À la fin de ses études, IKEA le recrute, et il devient l'un des plus jeunes gestionnaires au Canada du marchand de meubles suédois.

Lorsque le magasin de Québec commence à tirer la patte, IKEA lui confie la délicate mission de le replacer sur le chemin de la rentabilité. Et si ça ne marche pas, de le fermer.

Marcel Bérubé a consacré cinq ans de sa vie à tenter de redresser la situation du magasin de 100 000 pieds carrés de Place Lebourgneuf.

«Ce fut une mission impossible», confie-t-il au Soleil en signalant qu'il n'a pas fait que «fermer» des magasins au cours de sa carrière chez IKEA. Il en a redressé quelques-uns aussi. «Ma tâche consistait à faire ménage dans ce qui fonctionnait mal dans les magasins au Canada et aux États-Unis.»

Fermeture retardée

Le 8 mars 1996, l'annonce est faite aux 60 employés du magasin. Ils perdront leur gagne-pain dans un peu plus d'un mois, soit le 12 avril.

«Nous savions que les affaires allaient mal depuis quelques mois, voire quelques années», racontait au journaliste Pierre Martel du Soleil une représentante du syndicat des employés de IKEA. «Nous nous attendions à un scénario moins dramatique que celui de la fermeture.» Elle envisageait plutôt des mises à pied ou une réduction de la superficie du magasin.

L'établissement avait finalement fermé ses portes à la mi-juillet 1996. La direction du centre commercial Place Lebourgneuf avait obtenu une injonction du tribunal pour retarder la fermeture. Une entente avait finalement été conclue entre les deux parties.

«Il s'agissait de l'une des premières expériences de fermeture de magasin pour IKEA», se rappelle Marcel Bérubé. «Dans mes conversations avec Ingvar Kamprad [le fondateur de la chaîne de magasins IKEA], ce dernier insistait pour que nos employés soient bien traités jusqu'à la fin. Ce fut le cas, à mon avis.»

Faible achalandage

La décision d'ouvrir un magasin dans un centre commercial du quartier Lebourgneuf n'avait pas été la meilleure de l'histoire d'IKEA, convient Marcel Bérubé.

«À l'époque, les consommateurs de l'ouest de Sainte-Foy et de Cap-Rouge n'avaient pas l'habitude de se déplacer vers Lebourgneuf.»

Le faible achalandage a finalement causé la perte du magasin de Place Lebourgneuf.

C'était aussi à l'époque où IKEA n'avait pas encore adopté sa stratégie d'établir ses pénates que dans les marchés de plus de 800 000 habitants.

«Le commerce de Québec était le seul au Canada qui n'était pas rentable. Les ventes par client dépassaient à peine 100 $. Ce qui était nettement insuffisant pour assurer la survie du magasin», précise-t-il.

De plus, la décision du gouvernement du Québec de l'époque d'imposer une taxe de vente sur les meubles n'avait pas aidé les choses.

IKEA avait notamment été pris de court par la réplique de son concurrent, Ameublements Tanguay, qui avait réagi à la décision du gouvernement en lançant sa fameuse promotion «Achetez maintenant et payez dans un an».

«L'idée d'étaler les paiements était un coup de génie de la famille Tanguay. J'ai vainement tenté de convaincre la haute direction d'IKEA d'emboîter le pas.»

Si IKEA a mis 20 ans avant de revenir dans la capitale, c'est tout simplement parce que la chaîne a investi son énergie, au cours des dernières années, à développer ses affaires dans les gros marchés aux États-Unis.

«Le chiffre d'affaires d'IKEA chez nos voisins du sud a littéralement explosé. Certains magasins réalisent en deux semaines le chiffre d'affaires qu'un plus petit commerce va mettre un an à atteindre. Il est donc facile de comprendre pourquoi l'intérêt d'IKEA pour les plus petits marchés n'a pas été très vigoureux ces dernières années. Je constate qu'IKEA veut aujourd'hui reconquérir les plus petits marchés comme Québec ou Halifax.»

Finalement, l'ancien closer affirme qu'IKEA réalise un «bon coup» en s'installant à l'intersection de la rue Mendel et de l'avenue Blaise-Pascal, au sud des autoroutes 40 et 540.

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