Debiopharm investira «plusieurs dizaines de millions de dollars» à Québec

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Les membres de l'équipe de direction de GenePOC, Marie-Josée Paré, Sébastien Chapdelaine, Patrice Allibert et Jean L. Côté. Étaient absents Dany Leblanc et Herbert Torfs.

Le Soleil, Érick Labbé

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(Québec) Le groupe biopharmaceutique suisse Debiopharm investira «plusieurs dizaines de millions de dollars» pour accélérer le développement et la commercialisation mondiale du microlaboratoire portatif québécois développé par GenePoc qui permait d'identifier en l'espace d'une heure une maladie infectieuse chez un patient.

Cet investissement permettra la création de plusieurs nouveaux emplois chez GenePOC, une entreprise ayant pignon sur rue dans le Parc technologique du Québec métropolitain.

«En janvier 2015, nous n'étions que quatre employés. Aujourd'hui, nous sommes 55. Nous devrions être 75 à la fin de l'année et une centaine à la fin de 2017», a affirmé au Soleil le pdg de GenePOC, Patrice Allibert.

«Pour Debiopharm, nous représentons une pépite d'or. Un filon que la multinationale ne voulait pas abandonner», a précisé M. Allibert.

GenePOC possède déjà une unité de production dans la capitale. Debiopharm en ajoutera une autre à Martigny, dans son coin de pays, pour approvisionner principalement le marché européen.

Le Centre de recherche en infectiologie de l'Université Laval demeurera un partenaire indispensable dans les étapes de prédéveloppement des tests diagnostiques.

Actionnaire majoritaire

Exerçant ses activités dans le domaine de la mise au point et de la fabrication de médicaments anticancéreux, Debiopharm a fait son apparition dans le décor de GenePOC en janvier 2015.

Avec Emerillon Capital, un fonds de capital de risque soutenu par Desjardins et le Groupe Crédit Mutuel, Debiopharm misait alors sur GenePOC et son système de diagnostic moléculaire permettant de détecter les maladies infectieuses sur les lieux de soins (point of care) en une heure plutôt qu'entre 24 et 48 heures comme c'est généralement le cas.

À la mi-juillet, Debiopharm annonçait qu'elle devenait dorénavant majoritaire dans l'actionnariat de GenePOC, une société fondée en 2007 par le docteur Michel G. Bergeron du Centre de recherche en infectiologie de l'Université Laval.

Mardi, le groupe biopharmaceutique basé à Lausanne annonçait, dans le cadre d'une diversification de ses activités, son investissement de «plusieurs dizaines de millions de dollars» pour prendre le contrôle de GenePOC.

Dans un communiqué, le coprésident de Debiopharm, Thierry Mauvernay, signale «que la prise en charge [d'un patient] ne doit pas seulement être thérapeutique, mais globale. Pour cette raison, en plus des antibiotiques que nous développons, nous souhaitons offrir des diagnostics d'interventions rapides et un monitoring assurant le coût des traitements.»

D'abord l'Europe

Le nouvel actionnaire principal de GenePOC n'entend pas s'endormir sur ses lauriers.

La commercialisation du laboratoire d'analyse médicale portatif débutera en Europe dès cet automne.

Au printemps prochain, une fois que les autorités réglementaires de ces pays auront accordé leur bénédiction, les États-Unis et le Canada entreront dans la danse. Viendra ensuite l'Asie.

Les premiers tests de diagnostic moléculaire permettront de détecter les streptocoques du groupe B chez les femmes enceintes afin de prévenir les méningites chez les nouveau-nés et d'identifier le Clostridium difficile.

«Nous allons ajouter un test tous les six mois, notamment pour détecter les bactéries multirésistantes aux antibiotiques, la grippe, etc.», a souligné Patrice Allibert.

Les marchés visés sont les laboratoires des divers départements de soins dans les hôpitaux, les laboratoires «satellites» qui offrent des services aux établissements, les groupes de médecine familiale (GMF) et les pharmacies chez nos voisins du sud.

L'allure d'une machine à café

L'appareil développé par GenePOC ressemble étrangement à une machine à café.

Son fonctionnement est simple. Comme une machine à café...

Le personnel médical n'a qu'à prélever un échantillon de sang ou de salive et le placer dans l'une des microcartouches d'un disque compact contenant des produits réactifs. Ce dernier est ensuite introduit dans une centrifugeuse qui transmettra un résultat dans l'heure suivante.

Le but est d'obtenir un diagnostic plus éclairé, d'éviter de proposer des traitements inadéquats aux patients et de réaliser des économies.

«À supposer qu'il y ait une suspicion de laryngite chez un patient. Le test confirmera rapidement s'il y a laryngite ou pas. Est-elle virale ou bactérienne? Si elle est virale, des comprimés d'Advil suffiront. Si elle est bactérienne, le médecin prescrira des antibiotiques», a expliqué Patrice Allibert. 

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GenePOC a développé un système de diagnostic moléculaire permettant de détecter les maladies infectieuses sur les lieux de soins en une heure plutôt qu'entre 24 et 48 heures comme c'est généralement le cas.

Le Soleil, Erik Labbé

Des investisseurs canadiens et québécois «frileux»

Patrice Allibert a usé ses souliers en faisant du porte-à-porte auprès des grands fonds d'investissement au Québec et au Canada pour tenter de dénicher du financement afin de propulser GenePOC sur les chemins de la commercialisation internationale.

Sa quête a été vaine. Un coup d'épée dans l'eau.

«Ce fut pire qu'une traversée du désert», rend compte le pdg de GenePOC en entrevue au Soleil.

L'investisseur tant espéré - le groupe biopharmaceutique Debiopharm - est plutôt venu des rives du lac Léman, en Suisse.

Patrice Allibert ne cache pas sa «frustration».

«Les financiers ne cessaient de nous dire que nous n'étions pas encore suffisamment près du stade de la commercialisation de notre plateforme portable de tests infectieux pour voler à notre aide. Moi, je ne cessais de leur répéter : ça ne sera pas le jour où nous serons sur le marché que l'on aura besoin de vous autres. C'est tout de suite», raconte-t-il.

«Les financiers à Montréal ou à Toronto me proposaient même de prendre rendez-vous avec eux dès le lendemain de la commercialisation de notre produit ! On vous aidera, me promettait-on.»

Pour M. Allibert, l'attitude des marchés québécois et canadien est «incompatible» avec le concept d'innovation. «L'innovation et la prise de risque de la part des fonds d'investissement, ça doit aller de pair. Je me dois de constater que les marchés financiers sont frileux.»

Le pdg de GenePOC souligne que Debiopharm aurait même accepté d'accueillir un partenaire québécois ou canadien dans l'actionnariat de la société de Québec.

Les milieux financiers d'ici n'ont pas bougé.

Les succès entrepreneuriaux du fondateur de GenePOC, le docteur Michel G. Bergeron, n'ont pas semblé peser lourd dans la balance non plus.

À la fin des années 90, l'ancien directeur du Centre de recherche en infectiologie de l'Université Laval fondait Infectio Diagnostic, une entreprise qui avait mis au point une technologie permettant de réaliser des tests diagnostiques sur les lieux de soins. C'est l'ancêtre de GenePOC.

En 2006, l'entreprise du Dr Bergeron était vendue à Becton Dickinson pour la somme de 300 millions $. À Québec, la multinationale fait travailler plus de 300 personnes aujourd'hui à son centre de fabrication.

De l'aide pour lancer l'entreprise, GenePOC en a eu depuis ses premiers pas en 2007.

Elle est venue, entre autres, des goussets de Génome Québec, de Génome Canada, du Conseil national des recherches du Canada, de Développement économique Canada et du défunt Centre québécois de valorisation des technologies.

Ces organismes avaient fait leur part. C'était au tour des grands fonds d'investissement de prendre le relais.

Aujourd'hui, GenePOC appartient à une biopharmaceutique suisse.

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