Les entrepreneurs sociaux, des gens d'affaires comme les autres

La directrice générale de Moisson Beauce, Nicole Jacques... (Le Soleil, Erick Labbé)

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La directrice générale de Moisson Beauce, Nicole Jacques

Le Soleil, Erick Labbé

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(Québec) Avant de devenir la directrice générale de Moisson Beauce, il y a huit ans, Nicole Jacques était propriétaire d'une entreprise avec son conjoint.

«Aujourd'hui, j'ai le sentiment que je contribue un peu plus à changer le monde, à faire une différence dans la collectivité», répond-elle lorsque Le Soleil lui demande de faire une comparaison entre son travail à la tête d'une entreprise privée et celui de directrice générale d'une banque alimentaire.

Au Québec, le réseau des banques alimentaires est constitué d'un chapelet d'organismes régionaux qui s'occupent de la distribution des denrées en plus d'offrir des services d'aide alimentaire à la population.

Soutenues par 16 000 bénévoles, ces organisations répondent chaque mois à 1,7 million de demandes d'aide alimentaire.

Au coeur de ce réseau, il y a 19 membres Moisson.

Il s'agit de banques alimentaires régionales qui jouent le rôle de centres de tri et qui redistribuent des denrées récupérées principalement dans les supermarchés.

Chacune des Moissons est une PME; à but non lucratif, évidemment.

Ces entreprises sociales gèrent des employés et des bénévoles. Elles possèdent des flottes de camions et des entrepôts. Elles mènent des campagnes de financement. Elles rendent des comptes à des administrateurs et aux gouvernements.

«En tenant compte de la valeur de la marchandise qui transige dans nos entrepôts, notre chiffre d'affaires tourne aux alentours de 5 millions $ par année», fait remarquer Nicole Jacques. En 2014, Moisson Beauce a récolté plus de 3,4 millions $ en denrées alimentaires. L'organisme compte sur une équipe d'une dizaine d'employés.

Dans la capitale, Moisson Québec a redistribué, l'an dernier, plus de trois millions de kilos de denrées, ce qui représente une valeur marchande de plus de 18 millions $.

Rencontre avec Marc Dutil

Depuis sa création, il y a cinq ans, l'École d'entrepreneurship de Beauce (EEB) a reçu plus de 500 entrepreneurs dans ses murs. Ils ont séjourné à St-Georges pour y recevoir un enseignement sans pareil offert par les dirigeants des entreprises les plus prolifiques au Québec.

Parmi les «entrepreneurs athlètes» de l'EEB, rares sont les entrepreneurs sociaux.

Les organismes à but non lucratif ne disposent pas des ressources financières nécessaires pour libérer leur principal dirigeant pendant plusieurs semaines afin qu'il participe à l'un des programmes de formation de l'EEB. À titre d'exemple, les coûts du programme Élite sont de 56 000 $ et comprennent 12 «entraînements entrepreneuriaux» de cinq à six jours répartis sur deux ans.

«Un jour, je croise Marc Dutil [le fondateur de l'EEB et président et chef de la direction du groupe Canam] et je lui souligne qu'il faudrait bien que l'EEB fasse quelque chose pour mieux outiller les entrepreneurs sociaux», raconte Nicole Jacques.

«Il me suggère d'aller rencontrer la gang de l'EEB pour concevoir un programme de formation sur mesure pour eux.»

En moins de deux, ce programme d'une durée de huit jours est bâti. Il comprend un bootcamp [camp d'entraînement], des journées d'intégration et d'apprentissage et des sessions de 24 heures avec des entrepreneurs et des leaders chevronnés [Marc Dutil, Roméo Dallaire et Serge Beauchemin, entre autres] pour approfondir des thèmes comme les ressources humaines, la logistique entourant le transport de marchandises, etc.

Il restait à trouver les 167 000 $ pour financer la première cohorte du parcours Entrepreneurs sociaux de l'EEB.

Le coup de pouce est venu de la Fondation Marcelle et Jean Coutu.

«J'ai rencontré la directrice générale de la fondation, Marie-Josée Coutu, pour obtenir un peu de financement, mais surtout d'autres contacts pour recueillir des fonds. Elle me dit de ne pas chercher plus loin, car elle allait ramasser la facture. J'étais en état de choc. Dans les banques alimentaires, on s'énerve quand un donateur nous offre 1000 $!» fait remarquer Nicole Jacques.

Effet de contamination

Les enseignements ont été nombreux pour la vingtaine d'entrepreneurs sociaux participants.

«Nous avons notamment appris à ne pas nous gêner lorsque nous recueillons des fonds et surtout à chiffrer nos demandes auprès des donateurs», explique la directrice générale de Moisson Beauce.

La formation a aussi porté sur l'atteinte du difficile équilibre entre la vie personnelle, les responsabilités familiales, le travail et la communauté environnante.

«Il faut apprendre à dire non à des projets qui nous sont présentés de crainte de rompre cet équilibre. Dans les organismes communautaires, nous avons toujours le réflexe de sauter sur toutes les occasions qui passent tellement nos ressources sont limitées et que les besoins sont grands. Il faut savoir protéger son équilibre mental et celui des membres de son équipe.»

À l'occasion de diverses activités, les entrepreneurs sociaux ont partagé leurs expériences avec les autres dirigeants d'entreprise présents à l'EEB.

«Ils nous ont fait sentir que nous étions, nous aussi, des entrepreneurs et que nous apportions quelque chose à la communauté. Par nos témoignages, nous avons aussi réussi à contaminer les autres entrepreneurs à l'importance de se serrer les coudes pour aider les moins favorisés de nos communautés.»

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