Le succès par l'échec

Albert Dang-Vu de Mirego, Nicolas Chrétien de Crakmédia et Hugo... (Infographie Le Soleil)

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Albert Dang-Vu de Mirego, Nicolas Chrétien de Crakmédia et Hugo St-Laurent de SiliCycle

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(Québec) Brasser des affaires laisse souvent quelques ecchymoses. Pour réussir, on doit panser les blessures et savoir se relever. Quatre entrepreneurs de Québec ont raconté un défi auquel ils ont dû faire face, mercredi, lors du Forum international de Québec sur la croissance des entreprises, au Centre des congrès.

  • Entreprise: SiliCycle
  • Cofondateur: Hugo St-Laurent
  • Employés: 70

2009. SiliCycle embauche une vingtaine d'employés. L'entreprise anticipe une augmentation de ses parts de marché aux États-Unis. Une période qui s'est avérée l'une des plus difficiles épreuves qu'a vécues la PME.

Initialement, deux plans d'affaires étaient sur la table. S'attaquer aux marchés internationaux ou concentrer ses efforts aux États-Unis. Les actionnaires dirigeants approuvent la deuxième option. Ils étaient alors loin de se douter que le secteur de l'industrie pharmaceutique allait connaître une période plus sombre.

Le cofondateur de SiliCycle, Hugo St-Laurent, indique qu'il s'agit de la seule fois où la compagnie a enregistré une décroissance des ventes depuis sa fondation en 1995. 

L'impact s'est toutefois vite fait sentir. Dès 2010, l'entreprise a dû remercier une vingtaine de travailleurs. «Nous avions embauché des gens [...] dans notre nouvelle usine [à Québec] qui avait coûté très cher [9 millions $]. La liquidité était basse», raconte l'homme d'affaires. «Mais les circonstances hors de notre contrôle ont fait qu'on a eu une décroissance de 20 % aux États-Unis.»

En 2010 et 2011, le chiffre d'affaires de la compagnie fait du surplace. C'est en 2012, après une hausse de 5 %, que la direction retrouve le sourire. Pour récupérer sa santé financière, SiliCycle décide alors de miser sur sa deuxième option, se tourner vers les marchés étrangers, principalement l'Inde, la Chine et l'Europe. 

«Ça fait maintenant deux ans en ligne qu'on double nos ventes en Europe, se réjouit M. St-Laurent. On dit souvent que l'expérience est la somme des bêtises.»

Aujourd'hui, SiliCycle, qui se spécialise dans la commercialisation de gels de silice et d'outils de recherche utilisés entre autres dans l'industrie pharmaceutique, a le vent dans les voiles. L'entreprise travaille actuellement sur trois nouvelles divisions : Total Océan, Mirapakon, In Silica. D'ailleurs, pour Total Océan, SiliCycle prévoit ouvrir prochainement une usine aux Îles-de-la-Madeleine. Cela devrait créer une dizaine d'emplois.

  • Entreprise: Mirego
  • Cofondateur: Albert Dang-Vu
  • Employés: 81

Trois camarades. Trois partenaires d'affaires. Simon Audet, Albert Dang-Vu et Martin Gagnon ont décidé de lancer l'entreprise Mirego en 2007. L'aventure n'a toutefois pas toujours été facile.

Depuis la naissance de Mirego, les finances de la compagnie reçoivent annuellement un bon bilan. Le chiffre d'affaires a d'ailleurs grimpé de 150 % au cours des deux dernières années.

De trois employés, l'entreprise qui développe des applications mobiles en compte aujourd'hui 81, principalement basés à Montréal et à Québec.

Pour en arriver là, le trio a dû faire face à bien des embûches, notamment apprendre à vivre avec la relation ami et actionnaire. Et cette dernière n'a pas toujours été simple...

«Nous sommes des amis, mais les gens n'ont pas toujours la même ambition. C'est une réalité», indique au Soleil M. Dang-Vu, qui a connu ses complices chez Copernic. «Deux personnes sur trois travaillent 90 heures semaine et voyagent tout le temps. Ils ne réussissent pas à voir leur famille. Pendant ce temps, l'autre actionnaire travaille fort, mais il est à la maison chaque soir», poursuit-il. «Cela a créé de la friction.»

Comme un couple

M. Dang-Vu compare cette situation à un couple. «On a tellement la broue dans le toupet qu'on se parle plus, mais la communication est pourtant très importante dans une compagnie. [...] Ils [les entrepreneurs] ont souvent peur de parler des conflits entre actionnaires. C'est un sujet un peu tabou, mais il y en a», dit-il, croyant tout de même qu'il est possible d'être à la fois ami et partenaire d'affaires.

Le climat plus froid chez Mirego a duré environ trois ans. Après une bonne discussion, les trois hommes d'affaires ont finalement réglé leurs différends.

«Ç'a été un moment difficile. On voulait plus se parler. On a mal géré la situation. On aurait dû s'asseoir au lieu d'être émotif», note avec du recul M. Dang-Vu.

Aujourd'hui, Mirego compte six actionnaires. Et ce conflit est chose du passé. «On s'amuse maintenant ensemble. [...] C'est important de prendre le temps de se parler. Il faut s'assurer qu'on se dirige dans la même direction. C'est facile de se perdre lorsqu'une compagnie connaît une croissance», conclut M. Dang-Vu, qui estime que son entreprise a grandi dans cette mésaventure.

Mirego prévoit prochainement tripler la superficie de ses bureaux à Montréal, de 3500 à 10 000 pieds carrés. Elle étudie également la possibilité d'acquérir une compagnie dans le même secteur d'affaires.

  • Entreprise: Crakmédia
  • Cofondateur: Nicolas Chrétien
  • Employés: 110

Le parcours de Crakmédia n'a pas toujours été de tout repos pour le cofondateur, Nicolas Chrétien. 

En 2013, alors que l'entreprise spécialisée dans la gestion et la monétisation du trafic Web voyait son chiffre d'affaires croître à 40 millions $, une rencontre avec un responsable chez Essociate - une compagnie américaine - a donné bien des maux de tête aux actionnaires de l'entreprise québécoise.

Essociate accuse alors Crakmédia de vol. Elle dépose en avril 2014 une poursuite en Californie. L'entreprise américaine estimait posséder l'exclusivité, grâce à un brevet, du concept de prendre plusieurs marchands et les regrouper sur une même plateforme Internet pour pouvoir offrir leurs produits, comme c'est le cas sur Amazon.

«Souvent, cela coûte beaucoup plus cher de se battre que de trouver une entente hors cour, indique M. Chrétien. Ça coûte cher en temps, en argent et en réputation. C'est en moyenne entre 1 et 5 millions $ pour se défendre en cas de brevet.»

Offres refusées

Avant d'entreprendre la poursuite, le responsable chez Essociate présente quelques offres à M. Chrétien. Notamment, il lui demande un million de dollars et 1 % sur toutes les transactions. Ce qui représente des dizaines de millions de dollars, raconte au Soleil l'homme d'affaires, dont la compagnie s'est associée durant les procédures judiciaires avec l'entreprise américaine Clickbooth, qui était également devant les tribunaux contre Essociate. «J'ai dit non [aux offres]», poursuit-il, ajoutant que cela n'a pas été le cas pour une vingtaine de compagnies qui ont préféré sortir le chéquier.

Après une victoire en première instance en janvier 2015, la Cour d'appel a de nouveau donné raison en mars à Crakmédia.

La facture pour Crakmédia : 500 000 $. «Mais cela a valu le coup. J'ai récupéré mon intégrité, assure M. Chrétien. Ç'a été beaucoup de stress. À un certain moment, mes partenaires ont poussé pour que je paye, mais je n'aurais pas bien vécu avec ça.»

En mars 2016, le juge James V. Selna a invalidé le brevet d'Essociate. La morale de cette histoire : il ne faut jamais baisser les bras, conseille M. Chrétien. «Aujourd'hui, ils ne peuvent plus utiliser leur brevet contre d'autres compagnies. [...] Et Crakmédia est maintenant reconnue comme une compagnie qui se tient debout et qui s'est battue au nom du reste de l'industrie.»

Fondée en 2006, Crakmédia vise d'ici 2020 doubler son chiffre d'affaires pour atteindre le plateau des 100 millions $. En 2017, l'entreprise prévoit s'installer en Europe de l'Ouest.

  • Entreprise: PetalMD
  • Président: Patrice Gilbert
  • Employés: 70

«Dans notre industrie, il ne faut pas avoir peur de l'échec, il faut essayer des choses!» Comme plusieurs autres entrepreneurs, le président de PetalMD, Patrice Gilbert, a déjà été obligé d'abandonner des projets qui lui semblaient pourtant au départ une bonne idée. 

«Oui, il faut essayer, mais c'est également important d'avoir le courage de dire que cela ne marche pas lorsque les résultats ne sont pas au rendez-vous», indique au Soleil l'homme d'affaires. «La culture chez nous, c'est try fast, fail fast. Je veux entendre parler des échecs, car après tout le monde a compris ce qui s'est passé. Il ne faut pas avoir peur des échecs pour innover», poursuit-il.

Dernièrement, PetalMD a dû rebrousser chemin avec l'un de ses produits offerts dans la gestion de la formation médicale continue. «Cela ne s'est pas avéré l'idée qu'on pensait», dit-il. «Nous l'avons abandonné pour mettre nos efforts sur d'autres choses. Il faut comprendre qu'une entreprise a toujours une certaine capacité en ressources humaines, financières et matérielles. Si on n'abandonne jamais rien, à un certain moment, on ne fait plus rien», ajoute-t-il, d'où «l'importance de toujours se questionner».

PetalMD a dû faire une croix sur un produit, mais cette aventure s'est tout de même avérée très salutaire pour la compagnie québécoise qui a agrandi son réseau de contacts, estime M. Gilbert. «Les échecs nous amènent à aller plus loin; à apprendre des choses.»

Au cours des dernières années, PetalMD, qui vu le jour en 2009, s'est montrée très agressive sur le marché comme acquéreuse. La compagnie, qui dirige une plateforme Web qui offre une suite d'outils aux professionnels de la santé comme la gestion des horaires et l'accès à une messagerie sécurisée, a notamment mis la main le mois dernier sur Workoptics, basée à Toronto. Cette dernière oeuvre dans le même domaine que PetalMD, elle propose une solution de gestion d'horaires pour le personnel médical en Ontario et en Alberta.

Et en novembre dernier, PetalMD a fait l'acquisition de la compagnie montréalaise Medago. Cette dernière permet notamment de transmettre des prescriptions téléphoniques sur téléphone cellulaire.

Actuellement, plus de 30 000 professionnels de la santé utilisent les produits de PetalMD.

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