Règles à moduler pour le recrutement de travailleurs étrangers

Au Québec, 42 professions font partie d'une liste... (Archives soudeur Alma soudure)

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Au Québec, 42 professions font partie d'une liste où les employeurs peuvent profiter d'un traitement simplifié afin d'embaucher des travailleurs étrangers. Au grand dam de certaines entreprises de la région de Québec, le métier de soudeur n'apparait pas sur la liste, ce qui leur cause des pertes de contrats

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(Québec) Le métier de soudeur n'apparaît pas à la liste des 42 professions admissibles à un traitement simplifié en vue de l'obtention d'un permis de travail au Canada.

Tout simplement parce qu'il y a suffisamment de soudeurs au Québec et au Canada, selon les normes établies par les gouvernements du Québec et du Canada.

Un constat qui interloque les entreprises de fabrication de la région de Québec qui, trop souvent, perdent des contrats, car elles peinent à trouver les bras et les cerveaux nécessaires à leur réalisation.

«C'est toujours extrêmement long avant que l'on réussisse à pourvoir les postes», témoigne Manon Viel, la directrice des ressources humaines de Métal Bernard, une entreprise de Saint-Lambert-de-Lauzon spécialisée dans la transformation du métal en feuille.

«Avant que l'on arrive à trouver la perle rare, on perd de la production, on perd des clients», ajoute celle qui serait la «plus heureuse au monde» si quatre ou cinq soudeurs se pointaient à son bureau demain matin.

Ses soudeurs, Métal Bernard les recrute rarement dans la région de Québec. Le bassin est à sec et les écoles en forment trop peu pour répondre à la demande. Le sous-traitant industriel finit par les trouver la plupart du temps à Montréal ou ailleurs en province.

«C'est toujours très difficile et très long», insiste Manon Viel.

Métal Bernard a été l'une des premières entreprises de fabrication au Québec à participer à des missions de recrutement international.

Elle a réussi à faire le plein de travailleurs étrangers. Le quota fixé par les autorités gouvernementales est atteint.

«Nous accompagnons nos travailleurs étrangers afin qu'ils puissent obtenir leur résidence permanente le plus rapidement possible. De cette façon, nous serons en mesure d'aller en recruter de nouveaux en France ou ailleurs», explique la directrice des ressources humaines de Métal Bernard, une entreprise qui fait travailler 150 personnes.

S'ajuster aux besoins

Sans doute que des employeurs comme Métal Bernard perdraient moins de production et moins de clients s'ils pouvaient bénéficier d'un traitement simplifié pour une demande d'obtention d'un permis de travail au Canada afin de pourvoir rapidement un poste de soudeur.

Cette voie rapide est possible, au Québec, pour 42 professions, notamment pour les techniciens en comptabilité, pour les développeurs de sites Web, pour les médecins spécialistes, pour les cuisiniers ou pour les électromécaniciens.

Il s'agit de métiers ou de professions pour lesquels il existe, selon les gouvernements, une pénurie sur les marchés québécois et canadien.

Une liste qui fait totalement abstraction des réalités régionales, déplore Line Lagacé, vice-présidente à la croissance des entreprises et à la prospection des investissements chez Québec International.

Elle rappelle que le défi de recrutement pour les employeurs de la région de Québec - où le taux de chômage affiche 4,2 %, le plus bas au Canada - n'est pas le même que celui de leurs homologues de Montréal (8,1 %) ou de la Belle Province dans son ensemble (7,5 %).

«Il se peut fort bien qu'un métier, comme celui de soudeur, soit en grande demande dans une région et qu'il ne le soit pas à l'échelle provinciale et nationale. Il faut tendre vers un meilleur arrimage entre les besoins spécifiques d'une région et les efforts qui sont faits en matière d'attraction des talents», soutient Mme Lagacé.

Labeaume fera pression

La semaine dernière, à l'occasion d'une mission économique à Bordeaux, le maire de Québec, Régis Labeaume, a insisté deux fois plutôt qu'une sur la nécessité que le fédéral assouplisse les règles en matière d'immigration pour faciliter l'embauche de travailleurs français par les entreprises de la région de Québec. Il a promis de mettre de la pression sur le gouvernement de Justin Trudeau.

En l'absence d'un traitement simplifié en vue de l'obtention d'un permis de travail, comme dans le cas d'un soudeur qu'il veut recruter à l'étranger, l'employeur doit faire la démonstration qu'aucun Canadien n'est disponible pour faire le travail et rendre compte de tous les efforts possibles et imaginables déployés pour dénicher la perle rare. Une démarche lourde et coûteuse pour les entreprises.

Line Lagacé fait remarquer qu'il est déjà assez difficile de convaincre les employeurs de monter à bord d'un avion pour aller chercher des travailleurs à l'étranger. «Pour plusieurs d'entre eux, il s'agit d'une grosse montagne à franchir. Ils redoutent les tracas administratifs. Essayons donc de leur faciliter la vie.»

Depuis 2008, Québec International a piloté une vingtaine de missions de recrutement à l'étranger. Près de 1500 travailleurs ont choisi de venir gagner leur vie dans la région. Le taux de rétention de ces travailleurs est de l'ordre de 90 %.

Des spécialistes introuvables dans la province

Près d'une trentaine d'entreprises d'ici se tournent vers la France

«Des analystes SAP, ça existe au Québec. Le problème, c'est qu'ils ont tous un emploi!»

La rareté de main-d'oeuvre disponible en informatique et dans les technologies de l'information et des communications (TIC) a poussé Meubles South Shore à participer, le mois dernier, aux Journées Québec à Paris.

Il s'agissait d'une toute première mission de recrutement à l'étranger pour le fabricant de meubles de Sainte-Croix qui compte 850 employés au Canada, aux États-Unis et au Mexique.

Près d'une trentaine d'entreprises québécoises étaient présentes à ce supermarché de l'emploi au cours duquel 600 postes étaient offerts aux candidats européens. Beaucoup de postes dans les TIC.

Parmi ces entreprises, 10 provenaient de la région de Québec. À Paris, elles ont eu un tête-à-tête avec 454 candidats. Près de 150d'entre eux ont été retenus pour une deuxième entrevue.

Près de 100 rencontres

Meubles South Shore s'est pointée aux Journées Québec avec deux postes de spécialiste du système d'exploitation SAP à pourvoir. L'entreprise recherchait des candidats possédant entre trois et cinq ans d'expérience.

En 48 heures, l'entreprise a pu rencontrer près d'une centaine de candidats. Certains avaient été présélectionnés, d'autres avaient spontanément décidé de rencontrer l'équipe de recruteurs.

«Nous sommes toujours en contact avec quelques sérieux candidats», indique Jean-Raphaël Aspirot, conseiller en ressources humaines et en développement de talent chez Meubles South Shore. «Si tout va bien, nous prévoyons faire une première embauche d'ici la fin de l'année.»

Bien qu'il n'avait pas d'attente particulière à son arrivée à Paris, M. Aspirot avoue qu'il a été «surpris» à la fois par la quantité et la qualité des candidats rencontrés.

«Il y avait des jeunes, mais aussi des candidats affichant quelques bonnes années d'expérience derrière la cravate. J'ai notamment été étonné de constater que de nombreux candidats avaient déjà un emploi dans leur pays. Venir travailler au Québec, pour eux, ça représente souvent un projet de vie qu'ils caressent depuis de nombreuses années. Ils sont prêts à tout laisser derrière eux.»

Jean-Raphaël Aspirot l'avoue : recruter à l'étranger comporte son lot de lourdeurs administratives. C'est le prix à payer pour trouver les ressources humaines nécessaires à une époque où le vieillissement de la population provoque une réduction des bassins de main-d'oeuvre.

«De fil en aiguille, on en arrive à comprendre comment ça marche. Toutefois, il faut apprendre à s'ajuster rapidement, car les règles d'immigration changent constamment», fait-il remarquer.

«Pour les postes que nous avions à pourvoir, nous avons été chanceux. Étant donné qu'il s'agit d'une profession en pénurie, selon les critères gouvernementaux, nous pouvons bénéficier du processus simplifié pour l'obtention du permis de travail. Ça réduit le nombre de démarches que nous devons faire.»

Paris accueillera la version automnale des Journées Québec les 19 et 20 novembre prochains.

Entre-temps, l'agence de développement économique Québec International tiendra, du 29 août au 2 septembre, une mission virtuelle de recrutement en Amérique latine.

Une dizaine d'employeurs sont inscrits. Près de 130 postes sont affichés. Des postes procurant un salaire annuel moyen d'un peu plus de 60 000 $ à ses détenteurs.

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